Les Pardaillan - Livre VII - Le Fils De Pardaillan - Volume I
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre VII - Le Fils De Pardaillan - Volume I». Краткое содержание книги:
– Sur le salut de mon âme, interrompit Colline Colle avec une sincérité qu’il n’était pas possible de suspecter, je jure que je n’en ai pas pris d’autres!…
– Je vous crois… De même que j’espère, pour vous, que vous n’avez pas lu les autres papiers semblables à celui-ci.
– Comment aurais-je pu les lire?… puisqu’ils sont écrits dans une langue que je ne connais pas.
– C’est juste! dit gravement Goulard.
Rassurée encore une fois, Colline Colle guigna du coin de l’œil le papier. Elle n’oubliait pas que ce maudit papier avait failli causer sa damnation et elle se demandait avec terreur s’il allait rester là. Aussi, prenant son courage à deux mains, elle demanda timidement:
– Mon père!… Et ce papier de l’enfer?…
– Il faut le brûler, dit péremptoirement le moine.
Colline Colle eut un recul épouvanté et, joignant les mains, elle insinua:
– Ne vous semble-t-il pas qu’un prêtre seul peut, sans danger pour son salut, risquer une opération si délicate?
– Soit, condescendit généreusement le moine, je le brûlerai donc moi-même. Et pour plus de sûreté, je ferai la chose dans une église, avec toute la pompe usitée en pareil cas.
La matrone se confondit en actions de grâces. Après quoi, toujours sous l’empire de sa terreur, elle sollicita humblement l’absolution.
– Je vous la donne volontiers, fit Parfait Goulard, très digne. Cependant, il est de mon devoir de vous avertir: si vous vous avisez de fouiller encore dans les papiers de votre locataire, vous serez damnée sans rémission. Rien ne pourra vous sauver, maintenant surtout que vous savez ce que vous êtes exposée à trouver dans ces papiers.
La vieille protesta de ses bonnes intentions avec d’autant plus de force qu’elle savait que la cassette avait été emportée par Jehan le Brave. Petit détail qu’elle avait omis de signaler, parce qu’il n’avait rien à voir avec sa confession. Il convient même de dire qu’à présent qu’elle savait ce que valaient ces papiers qu’elle avait tant regretté de ne pouvoir lire, elle était bien aise de les savoir loin de son toit.
Cependant, le moine qui avait son idée, lui aussi, continuait avec force:
– Pareillement vous serez damnée si vous prononcez les noms de ces diablesses et de ces démons.
Et sur un ton qui la fit frémir:
– Savez-vous pas, malheureuse imprudente, qu’en prononçant leurs noms, vous risquez de les voir surgir devant vous?… Et s’ils vous saisissent et vous veulent entraîner avec eux, croyez-vous que vous serez de force à leur résister?… Si vous tenez à votre salut, le mieux est d’oublier cette histoire qui sent le fagot.
– J’oublierai, mon père, je vous jure! affirma sincèrement Colline Colle qui admettait très bien tout ce que lui disait là le moine.
Mais l’absolution qu’il lui donnait ainsi ne lui inspirait pas confiance. Elle voulait une absolution dans toutes les règles, de même qu’elle avait accompli scrupuleusement toutes les formules préliminaires à la confession. Elle le voulait d’autant plus qu’elle avait été plus effrayée et qu’elle s’était vue plus près de sa perte. En conséquence, elle insista.
Parfait Goulard se garda bien de la contrarier pour si peu et lui donna une absolution en bonne et due forme. Après quoi, il se hâta de sortir pour aller brûler le pacte d’enfer qu’il ne tenait pas, on le conçoit, à garder trop longtemps sur lui.
Quant à Colline Colle, elle fut longue à se remettre de la terrible secousse qu’elle venait d’éprouver. Mais comme elle avait son absolution bien en règle, elle se rassura peu à peu. D’autre part, comme elle ne voulait pas courir le risque d’être damnée à nouveau, elle raya de sa pensée cette histoire de trésor qui avait failli causer sa perte.
Enfin, comme c’était une femme de tête, en même temps qu’elle renonçait à une affaire devenue impossible, elle s’empressait de revenir à une autre qui pouvait, si elle était bien conduite, rapporter un honnête profit, sans compromettre son salut. C’est-à-dire qu’elle se mit à ressasser dans sa tête comment elle pourrait, par l’intermédiaire de Carcagne (qu’elle appelait le bon jeune homme) découvrir Concini (le seigneur masqué). Après quoi, il lui serait facile, elle l’espérait du moins, d’arracher une bonne somme à La Varenne, en lui dévoilant le nom du ravisseur de Bertille, avec lequel il irait s’arranger.
Mais comme le succès de cette affaire reposait uniquement sur Carcagne, dont elle ignorait le nom, il était clair qu’elle ne pourrait la mener à bien que si elle découvrait d’abord Carcagne. Il était non moins clair qu’elle ne trouverait pas celui-ci… à moins qu’il ne vînt la voir, comme elle l’avait engagé à le faire.
Le résultat de ces réflexions fut qu’elle alla se camper debout, tête inclinée et mains jointes, devant une statue de la Vierge placée sur sa cheminée, et là, avec ferveur et conviction, elle prononça à haute voix l’oraison suivante:
– Vierge sainte et bonne, faites que ce bon jeune homme vienne me voir et que par lui je retrouve le seigneur qui a enlevé ma locataire!… Vous êtes trop raisonnable et trop juste, madame la Vierge, pour ne pas comprendre que j’ai bien droit à ce petit dédommagement, en compensation du trésor que je viens de perdre!
XXII
Dès qu’il se fut éloigné de la maison de dame Colline Colle, le premier soin de Parfait Goulard fut de lire ce document qu’il venait d’arracher à sa crédulité et sur lequel il n’avait fait que jeter un coup d’œil.
Le document était écrit en latin. Ceci n’était pas pour le gêner. On sait que son ignorance était affectée.
Il faut croire que les indications qu’il contenait avaient une valeur réelle, car en le lisant les petits yeux du moine pétillaient de joie.
Sa lecture achevée, il s’en fut droit au couvent des capucins, et, quelques instants plus tard, il pénétrait dans cette même chambre où nous l’avons déjà vu se faufiler dans la matinée de ce jour.
Claude Acquaviva s’y trouvait encore en tête-à-tête avec le père Joseph qui paraissait décidément être son disciple préféré. En voyant entrer l’agent secret, le capucin interrogea discrètement des yeux Acquaviva qui lui fit signe de demeurer.
– Eh bien! mon fils, dit le vieillard avec cette douceur dont il se départissait rarement, avez-vous déjà mené à bien la mission que je vous avais confiée ce matin?
– Oui, monseigneur. Et les heureuses nouvelles que j’apporte ont une importance capitale… Sans quoi, je n’eusse pas commis l’imprudence de me présenter ici deux fois dans la même journée, au risque d’éveiller la curiosité des dignes pères capucins.
Acquaviva approuva de la tête et dit simplement:
– Parlez, mon fils.
Parfait Goulard, avec une concision remarquable, sans omettre un détail, rapporta fidèlement tout ce qu’il avait appris concernant Bertille de Saugis.
Quand il eut terminé, Acquaviva demeura un moment songeur:
– Ainsi, fit-il au bout d’un instant, cette enfant est la fille du roi!… Il parut hésiter une seconde et trancha d’un ton bref:
– Peu importe, après tout. Elle devient gênante, il faut qu’elle disparaisse momentanément.
– Nous savons où la trouver, fit remarquer Goulard, je reste convaincu que c’est elle que Jehan le Brave conduisait ce matin chez le duc d’Andilly. J’ajoute, monseigneur, que la nécessité de faire disparaître – au moins pendant quelque temps – cette jeune fille vous apparaîtra plus impérieuse encore, quand j’aurai achevé mon rapport.