Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
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L’acte est le même, mais la manière de juger diffère si fort, pour tant de raisons, suivant les terres et les mœurs que le Juif errant par exemple ne doit jamais savoir s’il à fait quelque chose de bien ou de mal, s’il mérite un encouragement ou un châtiment.
Je me rappelle avoir lu un jour le récit d’un crime épouvantable, d’un crime contre nature, commis en Italie, et cette pensée me vint, en parcourant les affreux détails : ce forfait est bien italien, il est bien le produit que l’hérédité d’une race peut faire naître.
Un criminel anglais, un criminel français, tout aussi féroces, mais différents, celui-ci avec un scepticisme insolent, celui-là avec un cynisme sombre, n’auraient point eu cette sorte de fanatisme superstitieux, cette cruauté convaincue.
J’allais de Gênes à Marseille, seul dans mon wagon. C’était au printemps, il faisait chaud. Les souffles délicieux des orangers, des citronniers et des roses dont toute cette côte est couverte, entraient par les portières baissées, endormeurs et grisants.
Deux dames, descendues à Bordighera, avaient laissé sur la banquette un vieux journal déchiré, un journal italien, daté du mois d’août 1882.
Je le pris, par hasard, et j’y jetai les yeux. Et voici ce que je trouvai au compte rendu des tribunaux :
Aux environs de San Remo vivait une veuve avec son unique enfant. La femme était âgée pas riche, et aimait son petit comme la seule chose qu’elle eût au monde.
Il tomba malade, d’une maladie inconnue que les médecins ne déterminèrent pas. Il s’affaiblissait, devenait plus pâle de jour en jour, et plus faible. Il se mourait.
Enfin, il fut condamné, jugé perdu sans espoir. La mère, folle de douleur, avait appelé tous les guérisseurs du pays, prié toutes les madones, porté des chapelets à toutes les chapelles.
Enfin, elle alla trouver une sorte de sorcier, un vieil homme redouté qui jetait des sorts pratiquait la magie et la médecine, rendait aux gens tous les services cachés que poursuit la loi, et qui possédait, dit-on, des secrets merveilleux.
Elle le supplia de venir, lui promettant s’il guérissait son pauvre enfant, de lui donner tout ce qu’il exigerait d’elle, tout, même sa vie, prodiguant les protestations exaltées, si faciles aux heures d’affolement, et naturelles d’ailleurs à l’aimable peuple italien, qui use en toute occasion des adjectifs qualificatifs les plus expressifs.
Le sorcier la suivit. Et, soit qu’il eût été plus clairvoyant que les médecins, soit que le hasard l’eût servi, l’enfant guérit, grâce à ses soins ou, peut-être, malgré ses soins.
Quand elle le vit de nouveau debout, marchant, courant et gai comme autrefois, la mère, délirante de joie, retourna chez le sauveur : « Je viens tenir ma promesse, dit-elle ; qu’est-ce que vous voulez que je vous donne ? »
Il exigea tout ce qu’elle possédait, tout. Champ, jardin, maison, mobilier, argent, tout, sans rien excepter que les hardes que la femme et son petit garçon portaient sur eux.
Elle demeura atterrée devant cette prétention imprévue et féroce.
« Mais je ne puis pas vous donner tout ! Je suis vieille, je ne peux pas travailler. Lui, il est trop jeune pour rien faire encore. Alors il nous faudrait mendier ! »
Elle le supplia, lui montra que c’était la mort pour eux : pour elle affaiblie, pour l’enfant encore à peine guéri ! Qu’elle ne pouvait pas l’emmener comme ça sur les routes, en tendant la main, sans un toit pour la nuit, sans une chaise pour s’asseoir, sans une table pour manger.
Elle offrit la moitié de son bien, les trois quarts, se réservant seulement de quoi vivre pendant quelques ans, jusqu’à ce que le petit fût grand.
L’homme, obstiné, inflexible, refusa et la chassa en la menaçant de sa vengeance prochaine — « qui lui ferait pleurer du sang », disait-il.
Elle rentra chez elle épouvantée.
Quelques jours plus tard, on lui rapporta son enfant agonisant, tordu par d’affreuses douleurs. II mourut après avoir balbutié que le sorcier, l’ayant rencontré dans la rue, lui avait fait manger des dragées.
L’homme fut arrêté. Il avoua son crime avec assurance, avec orgueil.
« 0ui, dit-il, je l’ai empoisonné. Il m’appartenait puisque je l’avais sauvé. Que peut-on me reprocher ?
La mère n’a pas tenu sa promesse : alors j’ai défait ce que j’avais fait, je lui ai repris la vie de son enfant qu’elle me devait. C’était mon droit. »
On tenta de lui faire comprendre quelle action horrible, monstrueuse, il avait commise.
II demeura inébranlable dans son raisonnement.
« L’enfant m’appartenait, puisque je l’avais sauvé. »
Le tribunal ayant remis à huitaine son arrêt, je n’ai point su le jugement.
Une cause pareille, en France, serait devenue une cause célèbre, comme celle de La Pommerais ou de Mme Lafarge. En Italie, elle est passée inaperçue. Chez nous, cet homme aurait été sans doute condamné à mort. Là-bas, il a peut-être été condamné à un an de prison comme la vitrioleuse ou le mari à détente de ce mois-ci.
14 avril 1884
MALADES ET MÉDECINS
Singulier mystère que le souvenir ; On va devant soi, par les rues, sous le premier soleil de mai, et tout à coup, comme si des portes depuis longtemps fermées s’ouvraient dans la mémoire, des choses oubliées vous reviennent. Elles passent, suivies par d’autres, vous font revivre des heures passées, des heures lointaines.
Pourquoi ces retours brusques vers l’autrefois ; Qui sait ; Une odeur qui flotte, une sensation si légère qu’on ne l’a point notée, mais qu’un de nos organes reconnaît, un frisson, un même effet de soleil qui frappe l’œil, un bruit peut-être, un rien qui nous effleura en une circonstance ancienne et qu’on retrouve, suffit à nous faire revoir tout à coup un pays, des gens, des événements disparus de notre pensée.
Pourquoi un souffle d’air chargé d’odeurs, de feuilles sous les marronniers des Champs-Elysées, évoque-t-il soudain une route, une grand’route, le long d’une montagne, en Auvergne ;
A gauche, entre deux sommets, apparaît le cône majestueux et pesant du Puy-de-Dôme. Autour de ce lourd géant, plus loin ou plus près, un peuple de pics se dressent. Beaucoup d’entre eux semblent tronqués qui jadis crachaient de la flamme et de la fumée. Volcans éteints, dont les cratères morts sont devenus des lacs.
A droite, le chemin domine une plaine infinie peuplée de villages et de villes, riche et boisée, la Limagne. Plus on s’élève, plus on voit loin jusqu’à d’autres sommets, là-bas, les montagnes du Forez. Tout cet horizon démesuré est voilé d’une vapeur laiteuse, douce et claire. Les lointains d’Auvergne ont une grâce infinie dans leur brume transparente.
La route est bordée de noyers énormes qui la mettent presque toujours à l’abri du soleil. Les pentes des monts sont couvertes de châtaigniers en fleurs dont les grappes, plus pâles que les feuilles, semblent grises dans la verdure sombre.
De temps en temps, sur une pointe de la montagne apparaît un manoir en ruines. Cette terre fut hérissée de châteaux forts. Tous se ressemblent d’ailleurs.
Au-dessus d’un vaste bâtiment carré, festonné de créneaux, s’élève une tour. Les murs n’ont pas de fenêtres, rien que des trous presque invisibles. On dirait que ces forteresses ont poussé sur les hauteurs comme des champignons de montagne. Elles sont construites en pierre grise qui n’est autre chose que de la lave.
Et tout le long des chemins, on rencontre des attelages de vaches traînant des dômes de foin. Les deux bêtes vont d’un pas lent dans les descentes et les montées rapides, tirant ou retenant la charge énorme. Un homme marche devant et règle leurs pas avec une longue baguette dont il les touche par moments. Jamais il ne frappe. Il semble surtout les guider par les mouvements du bâton, à la façon d’un chef d’orchestre. Il a le geste grave qui commande aux bêtes, et il se retourne souvent pour indiquer ses volontés. On ne voit jamais de chevaux, sauf aux diligences ou aux voitures de louage ; et la poussière des routes, quand il fait chaud et qu’elle s’envole sous les rafales, porte en elle une odeur sucrée qui rappelle un peu la vanille et qui fait songer aux étables.