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La saison des mutants [The Mutant Season - fr]

Электронная книга - «La saison des mutants [The Mutant Season - fr]». Краткое содержание книги:

Télékinésie, précognition, télépathie... Etranges et merveilleuses, leurs facultés déroutantes font peur autant qu’elle fascinent. Eux, ce sont les mutants : des humains « différents » dont les talents très particuliers se sont progressivement développés depuis la fin du XXe siècle. En apparence, rien ne les distingue des autres, les « normaux », si ce n’est la curieuse et inexplicable pigmentation dorée de leurs iris…
Aujourd’hui, en ce début de troisième millénaire, la cohabitation, jusqu’à présent pacifique, demeure précaire. L’existence des mutants, très minoritaires et tout juste tolérés par l’humanité ordinaire, est à la merci de la moindre provocation, du plus petit dérapage. Or voilà qu’un politicien sans scrupules entreprend de transformer l’intolérance en guerre ouverte. La « saison des mutants » va-t-elle s’achever dans un bain de sang ?
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Andie prit Jeffers par le bras et suivit les autres invités dans la salle à manger brillamment éclairée. Des chaises étaient disposées le long des murs, et la grande table du centre était couverte de fleurs exotiques et de mets délicats. C’était la femme de Halden, Zenora, la grande femme en violet, qui s’était chargée des réjouissances. Andie se rappela la manière dont elle avait protesté contre la présence d’une normale lors de cette autre réunion de mutants, celle qui avait suivi la mort de Jacobsen. Comment allait-elle réagir en découvrant qu’Andie était invitée au mariage ?

Un peu gênée, elle tira sur la veste de son tailleur de fonction. Les mutants portaient tous des robes aux couleurs chatoyantes. Les coiffures des femmes étaient parées de fleurs et de lumières scintillantes. Andie se sentait comme un roitelet au milieu d’une volée d’oiseaux exotiques.

Jeffers lui avait expliqué que les mariages mutants étaient l’occasion d’une immense fête. La tradition considérait comme des motifs de réjouissances la perpétuation de l’esprit de clan, et celle de l’espèce, conséquence normale du mariage. Andie était une étrangère au milieu de cette fête. Elle resta aux côtés de Jeffers tandis qu’il félicitait les nouveaux mariés, saluait les vieux amis, faisait le tour de l’assemblée. Halden revint à pas pesants. Il avait troqué sa robe de cérémonie contre une chemise et un pantalon.

— Alors, sénateur. Vous vous occupez déjà de l’élection de novembre, j’imagine ?

— Naturellement. Et avec votre soutien, Halden, je crois que nous réussirons.

Le Gardien du Livre pressa l’épaule de Jeffers.

— Vous nous avez donné de grands espoirs, Stephen, apporté du baume dans une saison de douleurs.

— J’en suis heureux.

Zenora s’approcha.

— Sénateur Jeffers, nous sommes fiers de vous. J’ai entendu dire que vous alliez proposer l’abrogation du Principe d’Équité ?

Jeffers la gratifia d’un sourire.

— Nous sommes fermement résolus à y parvenir. Dès que l’élection aura eu lieu. (Il se retourna et passa un bras autour des épaules d’Andie.) Je vous présente Andréa Greenberg. Vous vous souvenez sans doute d’elle ; c’était du temps de Jacobsen.

— Oh, oui, je m’en souviens, dit Zenora en la saluant froidement. Soyez la bienvenue.

L’accueil de Halden fut plus chaleureux. Il lui tapota la main gentiment.

— Ça me fait plaisir de vous revoir, madame Greenberg.

— Je vous en prie, appelez-moi Andie.

— Bien sûr.

— Je suis surprise que vous ne soyez pas avec Skerry, fit remarquer Zenora d’un ton aigre.

— Skerry ? répéta Jeffers, perplexe.

— Veuillez nous excuser, intervint Halden. Nous avons été ravis de vous voir, Andie. J’espère que nous aurons l’occasion de bavarder tout à l’heure.

Il attrapa sa femme par le bras et la conduisit à l’écart, hors de portée des oreilles.

— De quoi parlait-elle ? demanda Jeffers.

Andie haussa les épaules.

— Va savoir, répondit-elle en levant son verre vide. Je crois que je vais en prendre un autre.

— Parfait. Je vais dire quelques mots au jeune marié.

Jeffers s’éloigna. Andie était à mi-chemin du bar lorsqu’elle perçut l’éclat d’une flûte de champagne qui flottait dans sa direction, en suspension dans les airs.

Ne restez pas plantée là, ma belle. Allez-y, prenez-la.

Médusée, Andie faillit lâcher le verre qu’elle tenait à la main. Avec précaution elle saisit le pied délicat de la flûte en lévitation.

Permettez que je vous débarrasse de votre verre vide.

Le verre en question lui fut ôté des doigts et atterrit sur le bar.

Andie embrassa la pièce du regard, essayant de localiser la source du contact télépathique.

— Quoi de neuf ? fit une voix de ténor léger dans son dos.

— Skerry ! s’exclama Andie en se retournant brusquement et en renversant un peu de champagne.

— Pour vous servir.

Le jeune homme s’inclina bien bas. Des éclairs argentés fusèrent sur son costume bleu.

Andie lui sourit. Pourtant, le visage barbu devant elle était sombre.

— Je ne pensais pas vous trouver ici, dit-elle.

— J’aimerais vous parler.

Andie le suivit à travers le salon jusqu’à une petite bibliothèque. Skerry referma la porte et se laissa tomber dans un fauteuil. Andie trouva un tabouret et s’y assit, ravie de pouvoir soulager ses pieds douloureux.

— Ainsi, vous travaillez pour l’éminent sénateur ? commença Skerry.

— Oui. Quel mal y a-t-il à ça ?

— Si je savais que vous m’écoutiez, j’essaierais bien de vous l’expliquer.

Il renifla l’œillet vert fixé par un ruban au revers de sa veste. Andie posa d’un geste brusque sa flûte sur la table.

— J’en ai vraiment assez de vos mystérieuses insinuations et de vos allusions indirectes, déclara-t-elle. Vous m’avez balancé votre cartouche au Brésil, puis vous m’avez fait porter le chapeau à la réunion du Conseil des Mutants. Pourquoi devrais-je vous écouter maintenant ?

— Parce que je sais certaines choses que vous ignorez. Et je vous le dis tout net : vous vous trompez lourdement.

— Et moi, je pense que vous êtes jaloux de Stephen, répliqua-t-elle. Vous étiez contre sa nomination – Dieu sait pourquoi. Mais vous avez raison sur un point. Je ne vous écouterai pas. C’est un homme remarquable. Un héros. Il a ramené l’espoir parmi nous tous qui croyions que cet espoir était mort avec Jacobsen.

Skerry hocha la tête d’un air sarcastique.

— Oh oui, c’est l’être le plus magnifique sur lequel les mutants aient pu fonder leurs espoirs depuis longtemps.

— Je l’aime. Je veux travailler avec lui et l’aider.

— Ne confondez pas amour et adoration, mon petit.

Andie se leva, les mains sur les hanches.

— Que savez-vous de l’amour ? demanda-t-elle d’un ton véhément.

— J’en sais assez pour vouloir aider quelqu’un qui le mérite.

Deux pas lui suffirent pour se retrouver à côté d’elle ; il la regarda intensément.

— Vous savez, dit-il, vous me plaisez vraiment.

Il lui prit le visage dans les mains. Andie sentit son cœur s’emballer. Elle tenta de s’arracher à son étreinte.

— Skerry. Ne faites pas ça.

— Laissez-vous aller. Je ne vais pas vous faire mal. Je veux vous aider. À présent, fermez les yeux. Fermez-les.

Contre sa volonté, Andie serra très fort les paupières.

— Très bien. Penchez-vous en arrière. Ne vous inquiétez pas, je vous tiens.

Elle sentit qu’il lui passait le bras autour des épaules.

— Là, bravo !

Il avait posé une main sur son front ; sa paume était fraîche.

— Comptez à rebours à partir de cent, Andie.

— Comment ? Ne soyez pas ridicule…

— Faites ce que je vous dis.

— Quatre-vingt-dix-neuf, quatre-vingt-dix-huit…

— Mentalement.

Elle s’exécuta. La pression de sa paume s’intensifia.

Soudain, elle éprouva comme un vide dans sa tête. Des étoiles bleues dansaient derrière ses paupières. Un grondement lui emplit les oreilles.

QUATRE-VINGT-DIX-SEPT, QUATRE-VINGT-SEIZE, QUATRE-VINGT-QUINZE…

Cent autres personnes, une armée de voix, chantaient avec elle. Elle se sentait comme hypnotisée. Assourdie. Toute pensée était devenue quasiment impossible. Et puis, le chœur diminua de volume, les ondes sonores refluèrent lentement, hors du seuil auditif, vers le silence.

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