La Rose d'York [fr]
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Хромой из Варшавы #2
- Год: 1995
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «La Rose d'York [fr]». Краткое содержание книги:
– Et vous ? Il ne vous invitait jamais ?
– Si, mais je l’accompagnais plus volontiers quand il était seul ou avec un autre homme.
– Pourquoi cela ?
– Lady Ferrals ne m’aimait guère et, de mon côté, je lui rendais cette... inimitié. Il le savait.
– Il le savait... et cependant l’idée ne lui était pas venue de se séparer de vous ?
Un éclair de colère brilla dans les yeux du jeune homme.
– Pourquoi l’aurait-il fait ? Je l’ai connu bien avant qu’il n’épouse la comtesse Solmanska. Nous étions... assez proches et, d’autre part, mon travail lui convenait. Je crois pouvoir affirmer qu’il avait toute confiance en moi.
– Je n’en doute pas un instant, mais est-ce que cet antagonisme entre son épouse et vous ne le contrariait pas ?
– Il m’est arrivé de penser qu’il s’en amusait. « Vous êtes tout simplement jaloux, mon petit John, disait-il parfois, mais cela vous passera avec le temps... »
– Et... c’était vrai ?
– Que j’étais jaloux ? Oui, monsieur. J’ai toujours considéré ce mariage comme une erreur parce qu’il le perturbait. Même dans les affaires. Le cerveau de sir Eric n’était plus cette belle mécanique fonctionnant à la perfection qui faisait l’admiration de tous, même de ses concurrents. J’en prends pour preuve qu’il buvait... davantage.
– Et cela vous inquiétait ?
– Un peu, je l’avoue. J’étais et je demeure très attaché à sir Eric parce que je lui dois beaucoup.
– Est-ce la raison pour laquelle, dès que Scotland Yard est apparu sur les lieux du meurtre, vous n’avez pas hésité à en charger lady Ferrals ?
– En partie, oui, mais ce n’est pas la seule raison. Depuis quelques semaines, lady Ferrals avait convaincu son époux de prendre l’un de ses compatriotes comme valet.
– De chambre ?
– Non. Un valet simplement : nous en avons quatre sous les ordres du maître d’hôtel. Il servait à table, entre autres...
– Il vous a sans doute déplu ? Mais, je vous en prie, poursuivez !
– A première vue, il n’y avait aucune raison pour qu’il me déplaise : il accomplissait son service avec soin et discrétion ; sa tenue était sans reproches et il parlait parfaitement notre langue. Peut-être n’aurais-je conçu aucun soupçon si le hasard ne m’avait mis en face d’une réalité déplaisante. Ce soir-là, sir Eric dînait chez le Lord-Maire et je m’étais rendu au théâtre. Lady Ferrals était seule à la maison... du moins je le croyais car, en rentrant sur le tard et en évitant de faire du bruit, j’ai vu ce Stanislas...
– Un instant. Comment s’appelait-il au juste ?
– Il avait été engagé sous le nom de Stanislas Razocki mais j’ai appris par la suite que ce n’était pas son vrai nom. Il s’appelle...
– Ladislas Wosinski, dit l’avocat de la Couronne après consultation d’une de ses notes. Poursuivez, s’il vous plaît !
– Qu’il s’appelle comme il veut, c’est de peu d’importance. Ce qui en a, c’est que je l’aie vu se glisser hors de la chambre de lady Ferrals en compagnie de lady Ferrals elle-même dans une tenue inconvenante pour quiconque. À plus forte raison pour un valet...
– Vous savez bien que pour une grande dame, un valet n’est pas un homme, fit sir John avec un demi-sourire.
– Au baiser passionné qu’ils ont échangé, je peux vous assurer qu’elle le considérait tout à fait comme un homme. Il y a mieux encore...
Le brouhaha qui secoua la salle lui coupa la parole et le juge frappa sur son bureau.
– Nous ne sommes pas au théâtre. Je prie la salle de faire silence. Veuillez continuer, monsieur Sutton. Qu’avez-vous de mieux à nous apprendre ?
– Ceci, mylord : quatre jours avant la mort de sir Eric j’ai entendu lady Ferrals dire à cet homme : « Si tu veux que je t’aide, il faut d’abord que je sois libre. Aide-moi, toi le premier... »
– Il est certain que c’est étrange, dit sir John, mais plus étrange encore que lady Ferrals se soit exprimée en anglais. Sa langue maternelle eût été plus sûre.
– Peut-être et j’avoue en avoir été surpris moi-même, pourtant les choses se sont passées ainsi. À partir de ce moment, j’ai eu la conviction que quelque chose menaçait sir Eric, mais sachant quel amour insensé il portait à cette femme j’ai choisi de ne pas l’avertir. J’espérais parvenir à lui ouvrir les yeux sans être obligé de parler. Quand je l’ai vu tomber, je n’ai pas douté un seul instant : les deux amants venaient de le tuer devant moi.
– Pourquoi ? Parce que vous aviez vu lady Ferrals donner un médicament à son mari ?
– Bien entendu...
– C’était faire preuve de peu d’intelligence, il suffisait de faire analyser le sachet...
– Seulement on ne l’a pas retrouvé. Quelque main diligente a dû le jeter au feu allumé dans la cheminée. Sans doute celle de ce valet polonais qui, d’ailleurs, s’est enfui avant l’arrivée de la police.
– J’entends bien, j’entends bien. Pourtant, si l’on demeure dans l’incertitude touchant le contenu du sachet, la présence de poison a été détectée dans les glaçons de l’armoire frigorifique installée par sir Eric dans son bureau. Une... fantaisie qu’il s’était offerte et dont il gardait toujours la clef afin d’être seul à bénéficier d’une glace dont il était sûr qu’elle était faite d’eau pure...
– Je sais. J’étais présent lorsqu’on a découvert ce nouvel indice. Il faut croire que quelqu’un avait pu se procurer cette clef ou en faire exécuter une semblable.
– Quelqu’un ? À qui pensez-vous ? À lady Ferrals ?
– Elle ou son complice. De toute manière, si elle commandé. Elle est une meurtrière, j’en suis persuadé.
– C’est ce que nous devrons établir et, dans ce but, j’aimerais que la Cour entende à présent...
Sir Desmond bondit hors de son siège.
– Un instant, sir John ! Si vous en avez fini avec ce témoin c’est à moi qu’il appartient. Ou bien prétendez-vous m’ôter le droit de contre-interrogatoire ?
– Nullement, mais... Le juge intervint alors.
– Pas de mais, sir John ! Ou bien comptez-vous remettre en cause les us et coutumes de ce tribunal ? Le témoin est à vous, sir Desmond !
– Merci, mylord ! Monsieur Sutton, vous avez admis tout à l’heure que vous étiez jaloux. Était-ce uniquement de l’influence prise par lady Ferrals sur son époux et que vous jugiez néfaste, ou bien s’y ajoutait-il un sentiment plus trouble ?
– Lorsqu’on déteste une personne, il est difficile de démêler ce qui est trouble de ce qui ne l’est pas...
– N’ergotons pas, si vous le voulez bien ! Lady Ferrals est très jeune. Elle a, si je compte bien, trois ans de moins que vous. En outre il est inutile, je crois, de souligner sa beauté : même dans cette Cour elle est évidente pour tous. Etes-vous bien sûr de n’être pas amoureux d’elle, auquel cas votre jalousie prendrait une tout autre couleur ?
– Non. Je ne l’ai jamais aimée, mais je reconnais volontiers l’avoir désirée...
– ... au point de vous être comporté envers elle comme un soudard avec une fille publique, l’entraînant dans des coins sombres pour essayer de la violenter...
– Ça ne tient pas debout, monsieur ! Si coins sombres il y a dans la maison de sir Eric, ils sont beaucoup trop exposés aux regards pour y entreprendre un viol. J’imagine que c’est une entreprise difficile... et plutôt bruyante si l’on ne bâillonne pas l’intéressée...
– J’admets que vous n’avez sans doute pas eu le loisir d’aller jusque-là. Lady Ferrals s’est plainte qu’à plusieurs reprises vous ayez tenté de la caresser, de l’embrasser...
– Je l’admets. Pourquoi me serais-je gêné, ajouta le jeune homme avec insolence, dès l’instant où elle accordait de telles privautés à un domestique ?