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Catherine Il suffit d'un Amour Tome 2

Электронная книга - «Catherine Il suffit d'un Amour Tome 2». Краткое содержание книги:

Catherine Legoix, fille d'un orfèvre parisien au temps de la guerre de Cent Ans, est la victime d'une passion sans espoir pour Arnaud de Montsalvy, membre très en vue de l'aristocratie Armagnac, alors qu'elle est elle-même une favorite du Duc de Bourgogne, Philippe Le Bon. Il a arrangé son mariage avec son riche Trésorier, Garin de Brazey et toutes les forces en ces temps troublés dans lesquels ils vivent : la haine, la guerre, la vengeance; poussent à réunir Catherine et Philippe tandis qu'elles l'éloignent d'Arnaud.
Mais Catherine met au défit le gouffre qui sépare les Armagnacs des Bourguignons, menée par son amour aveugle, elle voyage sur les routes de la France et de Bourgogne : de Dijon à Bruges, puis en cette ville assiégée d d'Orleans, où Arnaud de Montsalvy fait parti des troupes qui la défendent. Là son chemin croise celui de la Pucelle, Jeanne d'Arc; et plus tard elle rencontre un ennemi d' enfance, le prétendu Boucher de Rouen...
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Mais Barnabé était mort, Paris était loin et la cité vers laquelle Catherine voguait était une ville aux abois, affamée et désespérée dont elle ne pouvait guère attendre que la mort, ou pire même : la plus affreuse désillusion. Pour la première fois, elle se demanda ce que serait l'accueil d'Arnaud et si même il la reconnaîtrait ! Tant de jours s'étaient écoulés depuis leur rencontre sous les murs d'Arras !

Catherine s'efforça, alors, de chasser les pensées morbides, nées sans doute de sa trop grande fatigue et de la tension nerveuse qu'elle s'était imposée.

Elle voulait, intensément, goûter cet instant de paix, la descente de ce beau fleuve aux herbes grises, aux sables jaunes... Vers la fin de l'après-midi, apparurent les tours blanches et les poivrières bleues d'un grand château dont les pieds baignaient dans l'eau de larges douves dépendant du fleuve.

Catherine demanda ce qu'était ce beau domaine.

— Sully ! répondit le batelier. Il appartient au sire de La Trémoille, le favori de Charles VII...

Et, pour bien montrer l'estime que lui inspirait le maître du château, l'homme cracha dans l'eau d'un air dégoûté. Catherine ne répondit pas. Elle avait déjà eu l'occasion de rencontrer Georges de La Trémoille, ce Bourguignon transfuge qui était devenu le plus cher conseiller et le mauvais génie du roi de Bourges. Il lui inspirait quelque chose d'assez analogue au dégoût manifesté par son guide, mais elle n'en dit rien. D'ailleurs la barque obliquait vers la rive pour accoster.

— Nous nous arrêtons ? fit-elle, surprise, en se détournant à demi.

— J'ai à faire à Sully, répondit l'homme. Descends...

Elle se leva pour monter sur le plat bord. A cet instant précis, elle reçut un coup violent sur la tête et s'effondra la tête la première, sans connaissance...

Lorsque Catherine reprit conscience, le jour en était à ses derniers feux.

L'ombre montait de l'est tandis que, vers l'occident, il ne restait qu'une faible lueur pâle sur laquelle, de l'autre côté de la Loire, se détachaient les tours pointues de Sully. Elle se redressa sur un bras, vit qu'elle était étendue dans l'herbe, sur la berge et qu'elle était absolument seule. Il n'y avait plus de bateau en vue, plus de batelier, rien qu'un vol de courlis qui partit en flèche à quelques toises d'elle. Il lui fallut quelques instants pour réaliser parce que sa tête lui faisait affreusement mal. En y portant la main, elle toucha une grosse bosse très sensible. Le batelier l'avait assommée, sans doute pour la voler. Et, de fait, le peu qu'elle possédait encore avait disparu : les deux dernières pièces d'argent, la dague et enfin le grand manteau qui l'avait si bien protégée des nuits froides et de la pluie. Un profond découragement l'abattit un moment. C'était à croire que tout se liguait pour l'empêcher de rejoindre Arnaud. Les obstacles s'accumulaient sur sa route comme pour lui interdire le passage. Mais ce ne fut qu'une brève défaillance. Aristocrate d'occasion et d'éducation, Catherine avait l'indomptable vitalité d'une gamine de Paris habituée à se colleter, front contre front, avec les pires difficultés. Elle fit un effort pour se lever ; s'accrocha aux branches basses d'un saule pour garder son équilibre. Quand la terre s'arrêta de tourner autour d'elle, elle prit une profonde respiration, remonta sur son cou le bord de son surcot de laine troué et quitta la berge pour rejoindre le chemin qui suivait le fleuve. Elle savait qu'il n'y avait plus qu'à se laisser guider par le cours et aussi, que la grande abbaye de Saint-Benoît n'était plus qu'à deux lieues. Là, on lui donnerait asile et réconfort. Sa journée en bateau et la bonne nuit précédente lui avaient rendu des forces et, n'eût été la douleur de sa tête, elle se fût trouvée presque bien. Elle hâta si bien le pas qu'une heure plus tard, elle voyait se dresser devant elle les vastes bâtiments du monastère et leur majestueuse entrée : une énorme tour- porche romane, carrée, puissante et belle comme une forteresse, grave et jaillissante comme une prière. Un peu de lumière brillait entre les massifs piliers, faisant vivre les personnages et les fleurs des admirables chapiteaux. Catherine vit que nombre de pèlerins dormaient là, les uns à côté des autres, tassés pour mieux se tenir chaud. La voyant apparaître, une vieille femme lui fit signe de s'approcher et se poussa-pour lui faire place :

— La maison-Dieu est pleine à craquer, lui confia-t-elle, tant nous sommes nombreux à venir implorer Monseigneur Saint Benoît pour la délivrance de la bonne ville d'Orléans ! Mais ici, on n'a point trop froid !

Viens près de moi, on se tiendra chaud...

Catherine obéit, plia les genoux et se laissa tomber auprès de la vieille qui partagea généreusement avec elle son manteau rapiécé.

— Tu viens de loin ? demanda-t-elle curieuse.

— Des marches de Bourgogne, répondit Catherine qui n'osait pas se déclarer bourguignonne.

— Tu es jeunette pour les grandes routes ! Et tu viens prier toi aussi au tombeau du grand Saint ?

— Je vais à Orléans ! fit Catherine durement, espérant ainsi que la vieille, vexée, la laisserait tranquille. Mais, tout au contraire, elle vit tout à coup les yeux pâles de la vieille briller comme des étoiles. Elle se pencha vers elle et murmura :

— Ah... tu n'es pas la seule ! Toi aussi tu veux assister au miracle ?

— Le miracle ?

— Allons ! fit la vieille avec un clignement d'yeux entendu et un léger coup de coude, ne fais pas celle qui ne comprend pas ! Toutes les petites gens du val de Loire savent qu'Orléans sera délivré par une envoyée de Dieu, une pucelle venue de Lorraine, jusqu'à Chinon où est notre gentil sire.

Elle lui a dit qu'avec l'aide du Seigneur elle bouterait l'Anglais hors de France et elle lèverait le siège d'Orléans.

— C'est un conte pour les petits enfants ! fit Catherine avec un sourire indulgent.

Du coup la vieille devint rouge jusqu'à son bonnet.

Un conte ? Aussi vrai que je m'appelle Bertille la dentellière, c'est la vraie vérité du Bon Dieu. Il y en a ici même qui l'ont vue, Jehanne la pucelle, quand elle s'en est venue à Chinon avec six hommes d'armes. Elle portait habit de garçon mais elle est toute jeunette, et belle comme un ange du Seigneur et, dans ses yeux, il y a tout le ciel avec toute sa lumière. La preuve même que, dans Orléans, les capitaines l'espèrent déjà et que Monseigneur le Bâtard a dit à ses bonnes gens qu'il leur fallait avoir bon courage, que Dieu leur enverrait des vivres et du secours... Paraît que le roi l'a envoyée à Poitiers, la Pucelle, pour que les évêques et les clercs du royaume la voient et lui rendent justice. Mais bientôt elle entrera dans Orléans... Je sais bien, moi, que si je n'étais pas si vieille, j'irais tout droit dans la ville investie pour la voir. Seulement mes pauvres jambes ne me porteraient même pas jusque-là et je mourrais en route. Alors, j'aime mieux rester ici, à prier pour ses armes, à l'ange du royaume !...

C'est ainsi que Catherine entendit pour la première fois parler de Jehanne d'Arc. Elle n'en éprouva aucun émerveillement, encore que cette pensée la tînt éveillée une grande partie de la nuit. De l'irritation, bien plutôt, et un flot amer de jalousie pour cette fille «jeune et belle » que « les capitaines espèrent déjà », les capitaines dont Arnaud faisait partie. Est-ce que cette Lorraine qui allait lui apparaître avec l'auréole d'une envoyée de Dieu jointe à celle de sa beauté, dans toute la gloire des armes pour lesquelles il vivait exclusivement, n'attirerait pas à elle le regard et le cœur d'Arnaud de Montsalvy ? Il fallait qu'elle- même se hâtât, il fallait qu'elle arrivât avant cette femme dangereuse et, tout au fond de son cœur angoissé, Catherine se mit à détester la Guerrière.

Le lendemain matin, elle accepta le pain que les moines noirs distribuaient aux pèlerins puis, tandis que les autres s'engouffraient dans la grande église, elle s'esquiva et gagna la route sans être vue. La vieille Bertille lui avait dit qu'il y avait encore tout près de neuf lieues jusqu'à la capitale du duché d'Orléans, neuf lieues... une éternité !

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