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Les Misérables Tome V - Jean Valjean

Электронная книга - «Les Misérables Tome V - Jean Valjean». Краткое содержание книги:

Soulevé, le peuple de Paris est symbolisé par les combattants de la barricade. Jean Valjean s'est vu confier la garde de l'inspecteur Javert, arrêté par les insurgés. Il feint de l'exécuter mais le libère, puis sauve Marius blessé en passant par les égouts…
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– Tandis qu’à présent je suis soulagé!

Il se remit à marcher et alla à l’autre bout du salon. À l’instant où il se retourna, il s’aperçut que Marius le regardait marcher. Alors il lui dit avec un accent inexprimable:

– Je traîne un peu la jambe. Vous comprenez maintenant pourquoi.

Puis il acheva de se tourner vers Marius:

– Et maintenant, monsieur, figurez-vous ceci: Je n’ai rien dit, je suis resté monsieur Fauchelevent, j’ai pris ma place chez vous, je suis des vôtres, je suis dans ma chambre, je viens déjeuner le matin, en pantoufles, les soirs nous allons au spectacle tous les trois, j’accompagne madame Pontmercy aux Tuileries et à la place Royale, nous sommes ensemble, vous me croyez votre semblable; un beau jour, je suis là, vous êtes là, nous causons, nous rions, tout à coup vous entendez une voix crier ce nom: Jean Valjean! et voilà que cette main épouvantable, la police, sort de l’ombre et m’arrache mon masque brusquement!

Il se tut encore; Marius s’était levé avec un frémissement. Jean Valjean reprit:

– Qu’en dites-vous?

Le silence de Marius répondait.

Jean Valjean continua:

– Vous voyez bien que j’ai raison de ne pas me taire. Tenez, soyez heureux, soyez dans le ciel, soyez l’ange d’un ange, soyez dans le soleil, et contentez-vous-en, et ne vous inquiétez pas de la manière dont un pauvre damné s’y prend pour s’ouvrir la poitrine et faire son devoir; vous avez un misérable homme devant vous, monsieur.

Marius traversa lentement le salon, et quand il fut près de Jean Valjean, lui tendit la main.

Mais Marius dut aller prendre cette main qui ne se présentait point, Jean Valjean se laissa faire, et il sembla à Marius qu’il étreignait une main de marbre.

– Mon grand-père a des amis, dit Marius; je vous aurai votre grâce.

– C’est inutile, répondit Jean Valjean. On me croit mort, cela suffit. Les morts ne sont pas soumis à la surveillance. Ils sont censés pourrir tranquillement. La mort, c’est la même chose que la grâce.

Et, dégageant sa main que Marius tenait, il ajouta avec une sorte de dignité inexorable:

– D’ailleurs, faire mon devoir, voilà l’ami auquel j’ai recours; et je n’ai besoin que d’une grâce, celle de ma conscience.

En ce moment, à l’autre extrémité du salon, la porte s’entrouvrit doucement et dans l’entre-bâillement la tête de Cosette apparut. On n’apercevait que son doux visage, elle était admirablement décoiffée, elle avait les paupières encore gonflées de sommeil. Elle fit le mouvement d’un oiseau qui passe sa tête hors du nid, regarda d’abord son mari, puis Jean Valjean, et leur cria en riant, on croyait voir un sourire au fond d’une rose:

– Parions que vous parlez politique! Comme c’est bête, au lieu d’être avec moi!

Jean Valjean tressaillit.

– Cosette!… balbutia Marius. – Et il s’arrêta. On eût dit deux coupables.

Cosette, radieuse, continuait de les regarder tour à tour tous les deux. Il y avait dans ses yeux comme des échappées de paradis.

– Je vous prends en flagrant délit, dit Cosette. Je viens d’entendre à travers la porte mon père Fauchelevent qui disait: – La conscience… – Faire son devoir… – C’est de la politique, ça. Je ne veux pas. On ne doit pas parler politique dès le lendemain. Ce n’est pas juste.

– Tu te trompes, Cosette, répondit Marius. Nous parlons affaires. Nous parlons du meilleur placement à trouver pour tes six cent mille francs…

– Ce n’est pas tout ça, interrompit Cosette. Je viens. Veut-on de moi ici?

Et, passant résolûment la porte, elle entra dans le salon. Elle était vêtue d’un large peignoir blanc à mille plis et à grandes manches qui, partant du cou, lui tombait jusqu’aux pieds. Il y a, dans les ciels d’or des vieux tableaux gothiques, de ces charmants sacs à mettre un ange.

Elle se contempla de la tête aux pieds dans une grande glace, puis s’écria avec une explosion d’extase ineffable:

– Il y avait une fois un roi et une reine. Oh! comme je suis contente!

Cela dit, elle fit la révérence à Marius et à Jean Valjean.

– Voilà, dit-elle, je vais m’installer près de vous sur un fauteuil, on déjeune dans une demi-heure, vous direz tout ce que vous voudrez, je sais bien qu’il faut que les hommes parlent, je serai bien sage.

Marius lui prit le bras, et lui dit amoureusement:

– Nous parlons affaires.

– À propos, répondit Cosette, j’ai ouvert ma fenêtre, il vient d’arriver un tas de pierrots dans le jardin. Des oiseaux, pas des masques. C’est aujourd’hui mercredi des cendres; mais pas pour les oiseaux.

– Je te dis que nous parlons affaires, va, ma petite Cosette, laisse-nous un moment. Nous parlons chiffres. Cela t’ennuierait.

– Tu as mis ce matin une charmante cravate, Marius. Vous êtes fort coquet, monseigneur. Non, cela ne m’ennuiera pas.

– Je t’assure que cela t’ennuiera.

– Non. Puisque c’est vous. Je ne vous comprendrai pas, mais je vous écouterai. Quand on entend les voix qu’on aime, on n’a pas besoin de comprendre les mots qu’elles disent. Être là ensemble, c’est tout ce que je veux. Je reste avec vous, bah!

– Tu es ma Cosette bien-aimée! Impossible.

– Impossible!

– Oui.

– C’est bon, reprit Cosette. Je vous aurais dit des nouvelles. Je vous aurais dit que mon grand-père dort encore, que votre tante est à la messe, que la cheminée de la chambre de mon père Fauchelevent fume, que Nicolette a fait venir le ramoneur, que Toussaint et Nicolette se sont déjà disputées, que Nicolette se moque du bégayement de Toussaint. Eh bien, vous ne saurez rien! Ah! c’est impossible? Moi aussi, à mon tour, vous verrez, monsieur, je dirai: c’est impossible. Qui est-ce qui sera attrapé? Je t’en prie, mon petit Marius, laisse-moi ici avec vous deux.

– Je te jure qu’il faut que nous soyons seuls.

– Eh bien, est-ce que je suis quelqu’un?

Jean Valjean ne prononçait pas une parole. Cosette se tourna vers lui:

– D’abord, père, vous, je veux que vous veniez m’embrasser. Qu’est-ce que vous faites là à ne rien dire au lieu de prendre mon parti? qui est-ce qui m’a donné un père comme ça? Vous voyez bien que je suis très malheureuse en ménage. Mon mari me bat. Allons, embrassez-moi tout de suite.

Jean Valjean s’approcha.

Cosette se retourna vers Marius.

– Vous, je vous fais la grimace.

Puis elle tendit son front à Jean Valjean.

Jean Valjean fit un pas vers elle.

Cosette recula.

– Père, vous êtes pâle. Est-ce que votre bras vous fait mal?

– Il est guéri, dit Jean Valjean.

– Est-ce que vous avez mal dormi?

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