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Le général [The Call of Earth - fr]

Электронная книга - «Le général [The Call of Earth - fr]». Краткое содержание книги:

On le surnomme Mouj. C’est le plus grand général qui ait jamais mené les troupes de l’imperator Goryani au combat. Lorsqu’il apprend que Basilica, la cité des femmes, la ville éternelle, est agitée par les soubresauts de la guerre civile, son génie militaire lui fait immédiatement entrevoir le parti qu’il peut tirer de la situation. Mais le stratège ne sait pas encore qu’il s’apprête à livrer son plus difficile combat !
Basilica cristallise l’attention de Surâme, l’ordinateur-dieu qui n’a pas l’intention d’abandonner la ville sans se battre. Entre la machine et le général, c’est un jeu de dupe qui s’engage, dans lequel Nafaï et sa famille risquent de n’être que de simples pions…
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À l’instant où il refusait, Nafai vit les soldats se raidir, prêts à l’embrocher. Mais quel que fût le signal qu’ils attendaient, il ne vint pas.

Au contraire, Mouj sourit de nouveau. « Un faible aurait promis de ne rien dire et aurait tout raconté. Un couard aurait promis de ne rien dire et n’aurait rien dit. Mais tu n’es ni faible ni couard.

— Le général a trop bonne opinion de moi.

— Ce serait dommage que je doive te tuer.

— Ce serait dommage de mourir. » La désinvolture de sa propre réponse laissa Nafai abasourdi.

« Tu es sincèrement persuadé que Surâme te protégera, dit Mouj.

— Surâme m’a déjà sauvé la vie aujourd’hui », répondit Nafai.

Puis il se détourna et sortit dans le couloir, un soldat devant lui, un autre derrière.

« Attends », dit Mouj.

Nafai s’arrêta, se retourna. Mouj s’approcha de lui à grands pas. « Je t’accompagne. »

Ce n’était pas prévu. Nafai le sentit dans la façon nerveuse qu’eurent les soldats de passer leur poids d’un pied sur l’autre, sans pourtant s’adresser le moindre regard. Cela ne faisait pas partie du plan.

Tiens donc ! se dit Nafai. Je n’ai peut-être pas atteint le but que j’avais espéré, je n’ai peut-être pas convaincu Mouj de venir avec nous sur Terre, mais quelque chose a changé. Parce que je suis venu, la situation n’est plus la même.

J’espère que ça signifie qu’elle s’améliore.

Surâme répondit dans sa tête : Moi aussi.

7

Les Filles

Le rêve de la dame

Rasa dormit mal après les mariages. En bonne pédagogue basilicaine, elle avait gardé pour elle ses inquiétudes, mais elle avait mal supporté de donner sa chère Dolya si fragile à ce jeune homme qu’elle détestait, Mebbekew, le fils de Wetchik. Oh, certes, c’était un beau garçon charmant – Rasa était parfaitement consciente de sa séduction – et dans des circonstances normales, il lui aurait été bien égal de le donner à Dolya comme premier mari, car Dolya n’était pas sotte et aurait sûrement refusé de reconduire le contrat de Meb au bout de la première année. Mais dans le désert il ne serait pas question de renouvellement. Où que ce voyage les emmenât – sur Terre, selon l’improbable théorie de Nafai, ou ailleurs sur Harmonie –, l’attitude désinvolte des Basilicains envers le mariage n’y aurait plus cours, et Rasa avait eu beau en prévenir les jeunes gens à plusieurs reprises, Meb et Dolya, pour leur part, n’avaient pas prêté la moindre attention à ses avertissements.

Naturellement, Rasa se doutait bien que Meb n’avait pas l’intention de quitter Basilica. Être l’époux de Dol lui donnait à présent le droit d’y demeurer ; il avait sa citoyenneté et entendait bien rire au nez de qui voudrait lui faire quitter la cité. Sans les soldats gorayni postés devant la maison, Meb aurait déjà vidé les lieux avec Dolya pour se cacher en attendant que tout le monde ait quitté la ville en renonçant à jamais le revoir. Seule, donc, l’assignation à résidence de Rasa obligeait Meb à se tenir tranquille ; eh bien, qu’il en soit ainsi ! Surâme arrangeait la situation comme bon lui semblait, et ce n’était sûrement pas Mebbekew qui irait la contrarier.

Meb et Dolya, Elya et Edhya… Bah, ce n’était pas la première fois que certaines de ses nièces faisaient de mauvais mariages. N’avait-elle pas vu ses propres filles se tromper pareillement ? Enfin, à dire le vrai, c’est Kokor qui s’était mal mariée ; si Obring faisait montre de plus de moralité que Mebbekew, c’était uniquement parce qu’il était trop stupide et trop timoré pour exploiter les femmes sur la même échelle que lui. Sevet, elle, s’était plutôt bien mariée, et le comportement de Vas au cours de ces derniers jours avait très favorablement impressionné Rasa. C’était quelqu’un de bien, et peut-être, maintenant qu’elle était privée de voix, Sevet userait-elle de sa souffrance pour s’améliorer elle aussi. On avait vu plus étonnant.

Mais si le sommeil fuyait Rasa après les cérémonies, c’était à cause du mariage de son fils Nafai et de sa nièce préférée. Luet était trop jeune, et Nafai aussi. Pouvaient-ils se trouver ainsi projetés à l’âge adulte, alors que leur enfance était loin d’être achevée ? On les avait dépouillés de quelque chose de précieux ; et leur attitude pleine de douceur et de docilité, leur façon de s’efforcer de tomber amoureux l’un de l’autre, tout cela ne faisait que briser un peu plus le cœur de Rasa.

Surâme, que de responsabilités tu portes ! Tous ces sacrifices en valent-ils la peine ? Mon fils Nafai n’a que quatorze ans, mais à cause de toi, il a sur les mains le sang d’un homme, et voici que Luet et lui partagent la couche nuptiale alors qu’ils ne devraient en être qu’à se regarder timidement en se demandant s’ils tomberont amoureux un jour.

Rasa se tournait et se retournait sur son lit. Dans la nuit chaude et noire, les étoiles brillaient, mais la lune était pâle et les lampadaires diffusaient une piètre lumière dans la ville soumise au couvre-feu. Rasa ne distinguait presque rien dans sa chambre, mais ne se décidait pourtant pas à allumer ; apercevant sa lumière, une domestique s’imaginerait qu’elle avait besoin de quelque chose et entrerait discrètement se renseigner. J’ai besoin d’être seule, se dit-elle, et elle resta dans le noir.

Que manigances-tu, Surâme ? Je suis en état d’arrestation, personne ne peut entrer chez moi ni en sortir. Mouj m’a coupée du reste du monde, si bien que j’ignore absolument à qui me fier et de qui me méfier à Basilica, et que je dois attendre ici de voir se développer ses menées et les tiennes. Qu’est-ce qui triomphera, les infâmes complots de Mouj ou les tiens, Surâme ?

Que nous veux-tu ? Et surtout, que vas-tu faire à ma famille, à ceux que j’aime ? Je consens à certaines choses, même en rechignant : je consens au mariage de Nyef et de Lutya. En ce qui concerne Issib et Hushidh, quand le temps viendra, si Shuya est d’accord, je serai satisfaite, car j’ai toujours rêvé qu’Issib trouve un jour une femme aimante dont le regard ne s’arrête pas à sa fragilité et qui découvre l’homme qu’il est, l’époux qu’il pourrait faire. Qui saurait y parvenir mieux que ma précieuse déchiffreuse, ma discrète, mon avisée Shuya ?

Mais ce voyage dans le désert ! Nous n’y sommes pas préparés, et je ne vois pas comment nous le ferions ici, dans cette maison. Qu’as-tu prévu à ce sujet, dans tes plans ? Ne commencerais-tu pas, par hasard, à te sentir un peu dépassée par les événements ? As-tu vraiment bien tout calculé ? Une expédition de ce genre demande un minimum de planification, voyons ! Wetchik et ses garçons ont pu sans hésitation s’en aller vivre au désert parce qu’ils possédaient tout l’équipement nécessaire et qu’ils savaient se débrouiller avec des chameaux et des tentes. J’espère que tu n’en attends pas autant de mes filles et de moi-même !

Puis, un peu honteuse d’avoir dit son fait aussi crûment à Surâme, Rasa poursuivit par une supplique beaucoup plus humble. Laisse-moi dormir, implora-t-elle en trempant le bout de ses doigts dans la coupe à prière posée près de son lit. Donne-moi du repos cette nuit, et si ce n’est pas trop te demander, une vision de ce que tu nous réserves. Puis elle baisa le bout de ses doigts mouillés d’eau de prière.

D’autres paroles lui traversèrent alors l’esprit, comme un ajout de dernière minute à sa prière. Pendant que tu me parleras de tes plans, Surâme, n’aie pas peur de me demander conseil ; j’ai quelque expérience de cette cité, j’aime et je comprends ses habitants mieux que toi, et tu ne t’es pas montrée trop efficace jusqu’ici ; c’est du moins l’impression que j’ai.

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