Maupassant
- Автор: Де Мопассан Ги
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Editions Neuchateloises
- ISBN: ASIN: B005HFL90I
- Жанр: Другая драматургия
Электронная книга - «Maupassant». Краткое содержание книги:
Au-delà d’une simple compilation, « Maupassant : Œuvres complètes » constitue également un formidable outil de recherche, facile et agréable à utiliser pour quiconque s’intéresse à l’œuvre de Guy de Maupassant. Pour le simple lecteur, il est une source de plaisir et de curiosité quasiment inépuisable.
• Edition complétée d’une étude de l’éditeur.
• Edition enrichie de notes explicatives interactives.
La marquise disait :
— Je suis un peu inquiète ! Cette petite folle s’est endormie en laissant sa lumière sur sa table. Je vais envoyer Clémence pour l’éteindre et pour fermer la fenêtre de son balcon qui est restée grande ouverte.
Et bientôt la femme de chambre heurta la porte en appelant :
— Mademoiselle, Mademoiselle !
Après un silence, elle reprit :
— Mademoiselle, Mme la marquise vous prie d’éteindre votre bougie et de fermer votre fenêtre.
Clémence attendit encore un peu, puis frappa plus fort en criant :
— Mademoiselle, Mademoiselle !
Comme Yvette ne répondait pas, la domestique s’en alla et dit à la marquise :
— Mademoiselle est endormie sans doute ; son verrou est poussé et je ne peux pas la réveiller.
Mme Obardi murmura :
— Elle ne va pourtant pas rester comme ça ?
Tous alors, sur le conseil de Servigny, se réunirent sous la fenêtre de la jeune fille, et hurlèrent en chœur :
— Hip ! — hip ! — hurra ! — mam’zelle Yvette !
Leur clameur s’éleva dans la nuit calme, s’envola sous la lune dans l’air transparent, s’en alla sur le pays dormant ; et ils l’entendirent s’éloigner ainsi que fait le bruit d’un train qui fuit.
Comme Yvette ne répondit pas, la marquise prononça :
— Pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé ; je commence à avoir peur.
Alors, Servigny, cueillant les roses rouges du gros rosier poussé le long du mur et les boutons pas encore éclos, se mit à les lancer dans la chambre par la fenêtre.
Au premier qu’elle reçut, Yvette tressauta, faillit crier. D’autres tombaient sur sa robe, d’autres dans ses cheveux, d’autres, passant par-dessus sa tête, allaient jusqu’au lit, le couvraient d’une pluie de fleurs.
La marquise cria encore une fois, d’une voix étranglée :
— Voyons, Yvette, réponds-nous.
Alors, Servigny déclara :
— Vraiment, ça n’est pas naturel, je vais grimper par le balcon.
Mais le chevalier s’indigna.
— Permettez, permettez, c’est là une grosse faveur, je réclame ; c’est un trop bon moyen… et un trop bon moment pour obtenir un rendez-vous !
Tous les autres, qui croyaient à une farce de la jeune fille, s’écriaient :
— Nous protestons. C’est un coup monté. Montera pas, montera pas.
Mais la marquise, émue, répétait :
— Il faut pourtant qu’on aille voir.
Le prince déclara, avec un geste dramatique :
— Elle favorise le duc, nous sommes trahis.
— Jouons à pile ou face qui montera, demanda le chevalier.
Et il tira de sa poche une pièce d’or de cent francs.
Il commença avec le prince :
— Pile, dit-il.
Ce fut face.
Le prince jeta la pièce à son tour, en disant à Saval :
— Prononcez, Monsieur.
Saval prononça :
— Face.
Ce fut pile.
Le prince ensuite posa la même question à tous les autres. Tous perdirent.
Servigny, qui restait seul en face de lui, déclara de son air insolent :
— Parbleu, il triche !
Le Russe mit la main sur son cœur et tendit la pièce d’or à son rival, en disant :
— Jouez vous-même, mon cher duc.
Servigny la prit et la lança en criant :
— Face !
Ce fut pile.
Il salua et indiquant de la main le pilier du balcon :
— Montez, mon prince.
Mais le prince regardait autour de lui d’un air inquiet.
— Que cherchez-vous ? demanda le chevalier.
— Mais… je… je voudrais bien… une échelle.
Un rire général éclata. Et Saval, s’avançant :
— Nous allons vous aider.
Il l’enleva dans ses bras d’hercule, en recommandant :
— Accrochez-vous au balcon.
Le prince aussitôt s’accrocha, et Saval l’ayant lâché, il demeura suspendu, agitant ses pieds dans le vide. Alors, Servigny saisissant ces jambes affolées qui cherchaient un point d’appui, tira dessus de toute sa force ; les mains lâchèrent et le prince tomba comme un bloc sur le ventre de M. de Belvigne qui s’avançait pour le soutenir.
— À qui le tour ? demanda Servigny.
Mais personne ne se présenta.
— Voyons, Belvigne, de l’audace.
— Merci, mon cher, je tiens à mes os.
— Voyons, chevalier, vous devez avoir l’habitude des escalades. Je vous cède la place, mon cher duc.
— Heu !.. heu !.. c’est que je n’y tiens plus tant que ça.
Et Servigny, l’œil en éveil, tournait autour du pilier.
Puis, d’un saut, s’accrochant au balcon, il s’enleva par les poignets, fit un rétablissement comme un gymnaste et franchit la balustrade.
Tous les spectateurs, le nez en l’air, applaudissaient. Mais il reparut aussitôt en criant :
— Venez vite ! Venez vite ! Yvette est sans connaissance !
La marquise poussa un grand cri et s’élança dans l’escalier.
La jeune fille, les yeux fermés, faisait la morte. Sa mère entra, affolée, et se jeta sur elle.
— Dites, qu’est-ce qu’elle a ? Qu’est-ce qu’elle a ?
Servigny ramassait la bouteille de chloroforme tombée sur le parquet :
— Elle s’est asphyxiée, dit-il.
Et il colla son oreille sur le cœur, puis il ajouta :
— Mais elle n’est pas morte ; nous la ranimerons. Avez-vous ici de l’ammoniaque ?
La femme de chambre, éperdue, répétait :
— De quoi… de quoi… Monsieur ?
— De l’eau sédative.
— Oui, Monsieur.
— Apportez tout de suite, et laissez la porte ouverte pour établir un courant d’air.
La marquise, tombée sur les genoux, sanglotait.
— Yvette ! Yvette ! Ma fille, ma petite fille, ma fille, écoute, réponds-moi, Yvette, mon enfant. Oh ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Qu’est-ce qu’elle a ?
Et les hommes effarés remuaient sans rien faire, apportaient de l’eau, des serviettes, des verres, du vinaigre.
Quelqu’un dit : « Il faut la déshabiller ! »
Et la marquise, qui perdait la tête, essaya de dévêtir sa fille ; mais elle ne savait plus ce qu’elle faisait. Ses mains tremblaient, s’embrouillaient, se perdaient et elle gémissait : « Je… je… je ne peux pas, je ne peux pas… »
La femme de chambre était rentrée apportant une bouteille de pharmacien que Servigny déboucha et dont il versa la moitié sur un mouchoir. Puis il le colla sous le nez d’Yvette, qui eut une suffocation.
— Bon, elle respire, dit-il. Ça ne sera rien.
Et il lui lava les tempes, les joues, le cou avec le liquide à la rude senteur.
Puis il fit signe à la femme de chambre de délacer la jeune fille, et quand elle n’eut plus qu’une jupe sur sa chemise, il l’enleva dans ses bras, et la porta jusqu’au lit en frémissant, remué par l’odeur de ce corps presque nu, par le contact de cette chair, par la moiteur des seins à peine cachés qu’il faisait fléchir sous sa bouche.
Lorsqu’elle fut couchée, il se releva fort pâle. « Elle va revenir à elle, dit-il, ce n’est rien. » Car il l’avait entendue respirer d’une façon continue et régulière. Mais, apercevant tous les hommes, les yeux fixés sur Yvette étendue en son lit, une irritation jalouse le fit tressaillir, et s’avançant vers eux :
— Messieurs, nous sommes beaucoup trop dans cette chambre ; veuillez nous laisser seuls, M. Saval et moi, avec la marquise.
Il parlait d’un ton sec et plein d’autorité. Les autres s’en allèrent aussitôt.
Mme Obardi avait saisi son amant à pleins bras, et, la tête levée vers lui, elle lui criait :