La promesse de l’aube
- Автор: Гари Ромен
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La promesse de l’aube». Краткое содержание книги:
Comme prévu et malgré des prédispositions peu évidentes il parviendra a ramener son étoffe de gloire grâce à son engagement dans la France libre.
Le narrateur nous raconte son histoire avec un détachement divin et parvient à nous faire ressentir la force de cet amour maternel incroyable.
De la Pologne à la côte d’Azur, de Londres aux plages du Pacifique, le héros raconte son odyssée comme une réponse pleine de tendresse à sa mère.
Romain Gary écrit ici encore un roman très juste et très émouvant que je ne saurai trop vous recommander.
– Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D'Annunzio, Ambassadeur de France – tous ces voyous ne savent pas qui tu es ! Je crois que jamais un fils n'a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là. Mais alors que j'essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu'elle me compromettait aux yeux de l'Armée de l'Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j'entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports : – Alors, tu as honte de ta vieille mère ?
– Bon, et maintenant? demandai-je.
– Duel! dit l'un des trois lieutenants.
– Rien à faire, leur dis-je. Le public, il y en a plus. Black-out partout. Y a pas galerie. Plus la peine de faire des gestes. Comprenez, petits cons?
– Tous les Français sont des poltrons, dit un autre lieutenant polonais.
– Bon, duel, dis-je.
J'allais leur proposer de régler l'affaire au Hyde Park. Avec tout le bruit des canons anti-aériens dont le parc était hérissé, nos petits coups de feu passeraient inaperçus et on pouvait laisser là un cadavre dans le noir sans être inquiété. Je ne tenais absolument pas à m'exposer à des sanctions disciplinaires pour une histoire de Polonais saouls. D'un autre côté, dans les ténèbres, je risquais de mal viser et, bien que j'eusse quelque peu négligé le tir au pistolet, ces dernières années, les leçons du lieutenant Sverdlovski n'avaient pas été encore complètement oubliées, et j'étais sûr, dans un endroit civilisé, de pouvoir faire honneur à ma cible.
– Où duel? demandai-je.
Je me gardais bien de leur parler polonais. Cela risquait de jeter de la confusion dans la situation. Ils aspiraient à se venger de la France en ma personne, et je n'allais pas leur créer des conditions psychologiques difficiles.
– Où duel? demandai-je. Ils se consultèrent.
– Au Regent's Park Hôtel, décidèrent-ils enfin.
– Sur le toit?
– Non. Dans une chambre. Duel au pistolet à cinq mètres.
Je me dis que dans les grands palaces de Londres on ne laissait pas en général les filles monter dans une chambre avec quatre hommes et je vis une occasion inespérée de me débarrasser de la petite Ezra Pound. Elle s'accrochait à mon bras: un duel au pistolet à cinq mètres -ça, c'était de la littérature! Elle miaulait d'excitation comme une chatte. Nous montâmes dans un taxi, après une longue discussion courtoise pour savoir qui monterait le premier, et passâmes au Club de la R.A.F. où les Polonais étaient descendus, pour prendre leurs revolvers de service. Moi, je n'avais que mon 6,35 que je portais toujours sous le bras. Nous nous fîmes ensuite conduire au Régent. Comme la petite Ezra Pound insistait pour monter, nous dûmes faire caisse commune et louer un appartement avec salon. Avant de monter, un des lieutenants polonais leva un doigt.