La Forêt des Mânes
- Автор: Гранже Жан-Кристоф
- Год: 2009
- Язык: французский
- Год: Éditions Albin Michel
- ISBN: 978-2226194008
- Жанр: Триллеры
Электронная книга - «La Forêt des Mânes». Краткое содержание книги:
Un serveur vint interrompre ses pensées.
— Un Coca Zéro, por favor.
S’agitant sur sa chaise longue, elle sentit l’angle d’un objet dans son sac. Totem y Tabú. Freud. Elle feuilleta le bouquin. Les paroles d’Eva Arias lui revinrent à la mémoire. Elle avait eu sa période Freud, elle aussi, durant sa dépression, cherchant, comme beaucoup dans ces cas-là, des clés pour comprendre pourquoi sa tête lui échappait à ce point-là. Mais elle ne s’était jamais intéressée à ce versant des recherches du Viennois. Elle referma le livre. Pas la concentration suffisante pour s’y plonger.
Elle tourna et retourna l’ouvrage. Rien à signaler. Une édition espagnole grand format — un éditeur universitaire de Madrid. Pourquoi Manzarena en avait-il conservé autant d’exemplaires ? Existait-il un code à l’intérieur de la traduction — ou au fil des livres imprimés ? Arrête ton délire…
Son Coca arriva. Elle but et crut qu’elle allait se fissurer tant le contraste était violent entre la chaleur de la nuit et le froid du breuvage. Chaque bulle explosait en une minuscule morsure glacée au fond de sa gorge.
Comme si cette sensation lui avait brutalement conféré un super-pouvoir, elle reprit le livre et le palpa encore. La couverture. Le dos. Les pages. Elle était maintenant certaine que le volume abritait un secret. Elle tâta encore le papier, le carton, le relief des caractères.
Et trouva.
Dans l’épaisseur de la couverture, une lettre était dissimulée. Il suffisait d’écarter la paroi encollée pour l’atteindre. Jeanne l’extirpa avec précaution. Elle aurait dû utiliser des gants mais elle commençait à prendre les manières nicaraguayennes.
Au fil de son geste, deux idées la saisirent. La première, Emmanuel Aubusson le lui avait souvent répété : dans une enquête, nul n’est à l’abri d’un coup de chance. Elle avait piqué un livre, un seul, celui qu’Eduardo Manzarena conservait à portée de main, sur son bureau, et c’était précisément celui qui contenait le secret. Sa deuxième conviction, c’était qu’elle avait trouvé, par hasard, ce qu’avait cherché le tueur en démolissant le bureau.
Jeanne ouvrit délicatement la feuille pliée en quatre. Une lettre. Rédigée à la main. En espagnol. Murmurant les mots, elle se livra aussitôt à une traduction simultanée :
Eduardo,
Vous aviez raison. Le mal est ici, à Formosa. Je n’ai rien vu de mes propres yeux mais j’ai recueilli des témoignages. Les paroles des Indiens vont toutes dans le même sens. La Forêt des Ames abrite le mal…
Surtout, j’ai pu collecter quelque chose d’essentiel. Un échantillon de sang d’un des hommes infectés — un homme que nous avons traqué à travers la lagune sans le voir et que nous avons blessé. Vous connaissez la région : je n’ai pas voulu m’aventurer plus avant dans la forêt. Mais j’ai recueilli ces quelques gouttes avec soin. Elles vous permettront d’effectuer, je l’espère, l’analyse que vous envisagiez.
Si vous lisez cette lettre, c’est que vous avez reçu l’échantillon. Manipulez-le avec précaution ! J’ai toutes les raisons de penser que le mal est contagieux. Je prie maintenant Notre Seigneur pour qu’il nous protège. Ne sommes-nous pas en train d’ouvrir les portes de l’Enfer ?