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La Nébuleuse d'Andromède

Электронная книга - «La Nébuleuse d'Andromède». Краткое содержание книги:

ROMAN D’ANTICIPATION

ИВАН ЕФРЕМОВ
ТУМАННОСТЬ АНДРОМЕДЫ
(НАУЧНО-ФАНТАСТИЧЕСКИЙ РОМАН)
ИЗДАТЕЛЬСТВО ЛИТЕРАТУРЫ НА ИНОСТРАННЫХ ЯЗЫКАХ
МОСКВА
TRADUIT DU RUSSE PAR H. LUSTERNIK
PRESENTATION DE N. GRIСHINE
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— Suis-je assez vieux jeu pour faire dépendre mes projets des intentions d’un homme ... même s’il m’est cher ?

— Là, là, mon enfant. Je vous ai vus ensemble et je sais que vous êtes pour lui ... ce qu’il est pour vous. Ne lui tenez pas rigueur d’être parti sans vous avoir revue. Imaginez ce que c’est pour un homme aussi fier de se présenter à sa bien-aimée — car enfin, vous l’êtes, Tchara ! — sous l’aspect d’un pauvre vaincu traduit en justice et menacé d’exil ? Comment aurait-il comparu devant vous qui êtes un ornement du Grand Monde ?

— Il ne s’agit pas de cela, Evda. A-t-il besoin de moi, fatigué et brisé comme il l’est ... Je crains qu’il ne manque de forces pour une grande envolée, non plus d’intelligence, mais de sentiment ... pour l’amour actif dont je nous crois capables tous les deux ... Ce serait alors une nouvelle perte de confiance en lui-même, et il ne supporterait pas d’être en désaccord avec la vie ! J’ai pensé qu’il vaudrait mieux être en ce moment ... dans le désert de l’Atacama !

— Vous avez raison, Tchara, mais seulement d’un point de vue. Il y a aussi la solitude et l’excès de scrupules d’un homme passionné qui n’a plus de soutien, puisqu’il a quitté notre monde. J’y serais allée moi-même ... mais j’ai Ren Boz dont l’état grave réclame ma présence. Dar Véter, lui, va reconstruire le satellite : c’est son aide à Mven Mas. Je ne me tromperai pas en vous disant d’aller rejoindre Mven sans rien exiger de lui : ni projets d’avenir, ni amour, ni même un regard affectueux ... Assistez-le, faites-le revenir sur sa décision farouche et rendez-le-nous. Vous le pouvez, Tchara ! Irez-vous ?

La jeune fille, haletante, leva sur sa compagne des yeux candides, mouillés de larmes.

— Aujourd’hui même !

Evda Nal l’embrassa de tout cœur.

— C’est cela, le temps presse. Nous prendrons ensemble la Voie Spirale jusqu’à l’Asie Mineure. Ren Boz est en traitement au sanatorium chirurgical de l’île de Rhodes, et vous, je vous enverrai à Déir ez Zor, aéroport des spiroptères sanitaires pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande. J’envie le plaisir qu’aura le pilote de transporter au point voulu Tchara la danseuse et non la biologiste, hélas ...

Le chef du train 116/7c invita Evda Nal et sa compagne au poste central de commande. Un corridor en silicolle passait sur les toits des immenses wagons. Les employés de service y circulaient d’un bout à l’autre du convoi, surveillant les appareils qui indiquaient la température des essieux, la tension des ressorts et du châssis de chaque voiture. Les compteurs d’atomes marqués contrôlaient le graissage et les freins. Les deux femmes montèrent l’escalier en colimaçon, traversèrent le corridor supérieur et atteignirent une vaste cabine en surplomb à l’avant du wagon de tête. Dans cet ellipsoïde de cristal, à sept mètres au-dessus de la voie, deux machinistes étaient assis de part et d’autre de la haute cloche pyramidale du robot conducteur électronique. Les écrans paraboloïdaux des téléviseurs permettaient de voir tout ce qui se passait alentour. L’antenne tremblotante de l’avertisseur signalait l’apparition d’un obstacle à cinquante kilomètres, bien que la chose ne pût se produire que dans des circonstances exceptionnelles. Evda Nal et Tchara avaient pris place sur un divan, contre la cloison postérieure de la cabine, à un demi-mètre au-dessus des sièges des mécaniciens. Elles se laissaient hypnotiser par le chemin qui filait à leur rencontre. La voie géante fendait les crêtes des montagnes, franchissait les plaines sur des remblais colossaux, traversait les détroits et les golfes sur des estacades basses.

La vitesse de deux cents kilomètres à l’heure changeait les arbres des talus en nappes continues, rougeâtres, couleur de malachite ou vert sombre, selon les essences : pins, eucalyptus, oliviers ... La mer calme de l’Archipel, qui s’étendait des deux côtés de l’estacade, se ridait au souffle du vent soulevé par les wagons immenses. Les ondes se propageaient en éventail, obscurcissant la transparence bleue de l’eau ...

Les deux femmes regardaient autour d’elles en silence, pensives, préoccupées. Quatre heures s’écoulèrent ainsi. Elles en passèrent quatre autres dans les fauteuils moelleux du salon de l’étage, parmi les voyageurs, et se quittèrent à la gare, sur la côte occidentale de l’Asie Mineure. Evda prit l’électrobus qui l’emmena au port, tandis que Tchara continuait son chemin jusqu’à la station du Taurus Oriental, d’où partait la première branche sud. Deux heures plus tard, elle était dans une plaine torride dont l’air sec vibrait de chaleur. C’était là, au bord de l’ancien désert de Syrie, que se trouvait Déir ez Zor, aéroport de spiroptères dangereux pour les lieux habités. Tchara Nandi ne devait jamais oublier les longues heures d’attente à Déir ez Zor. Elle méditait sans cesse ses actes et ses paroles en prévision de sa rencontre avec Mven Mas ; elle faisait des projets de recherches dans l’île de l’Oubli, où tout s’effaçait dans la succession monotone des jours.

Enfin, on vit apparaître en bas, dans les déserts de Né-foud et Rob al-Khali, les vastes champs de cellules thermoélectriques, formidables centrales qui convertissaient la chaleur solaire en électricité. Elles s’alignaient en rangées régulières sur les dunes fixées et nivelées, sur les plateaux obliques, orientés vers le sud, dans les labyrinthes des ravins comblés. C’étaient des monuments de la lutte grandiose de l’humanité pour l’énergie, lutte entreprise après l’épuisement des réserves terrestres de houille et de pétrofe, après les premiers échecs de l’énergie atomique, quand l’humanité en fut réduite à utiliser surtout l’énergie du soleil, sous forme de centrales hydroélectriques et solaires. L’assimilation de nouveaux genres d’énergie — P, Q et F — avait mis fin depuis longtemps à ce rationnement strict. Les forêts d’aéromoteurs, autre réserve d’énergie de la zone habitée Nord, se dressaient, immobiles, le long de la côte méridionale de l’Arabie. Le spiroptère franchit aussitôt la limite estompée du continent et survola l’océan Indien. Cinq mille kilomètres n’étaient pas une distance considérable pour un appareil aussi rapide. Peu après, Tchara Nandi, accompagnée d’invitations à un retour prochain, descendait du spiroptère, les jambes gourdes.

Le directeur de la station d’atterrissage chargea sa fille de conduire la voyageuse en glisseur jusqu’à l’île de l’Oubli. Les deux jeunes filles savouraient la course rapide de l’esquif sur les grosses vagues du large. Le canot fonçait droit sur le rivage oriental de l’île vers une grande baie où se trouvait l’un des centres médicaux du Grand Monde.

Des cocotiers qui penchaient leurs palmes vers la plage frangée d’écume souhaitèrent la bienvenue à Tchara. Le centre était désert, tout le personnel étant parti à l’intérieur de l’île pour exterminer des tiques découvertes sur des rongeurs sylvestres.

Auprès du centre, il y avait des écuries. On élevait les chevaux pour travailler dans les endroits tels que l’île de l’Oubli et dans les maisons de cure où l’usage des vissoptères était défendu à cause du bruit et où les cars électriques ne pouvaient circuler, à défaut de routes. Quand Tchara eut pris du repos et se fut changée, elle alla voir ces bêtes superbes et rares. Elle rencontra là-bas une femme qui dirigeait adroitement les machines à distribuer le fourrage et à balayer. Tchara lui donna ou coup de main et on fit connaissance.

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