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Nous étions les hommes

Электронная книга - «Nous étions les hommes». Краткое содержание книги:

C’est l’une des plus fascinantes énigmes qui soit. Sur notre planète, il existe plus de 1800 espèces de bambous. Chaque fois que l’une d’elles fleurit, tous ses spécimens, où qu’ils se trouvent sur Terre, le font exactement au même moment. Ensuite, l’espèce meurt. Personne ne sait expliquer ce chant du cygne, ni l’empêcher. Aujourd’hui, l’homme va peut-être connaître le même sort. Arrivé lui aussi à son apogée, il risque de disparaître…
Dans le plus grand hôpital d’Edimbourg, le docteur Scott Kinross travaille sur la maladie d’Alzheimer. Associé à une jeune généticienne, Jenni Cooper, il a découvert une clé de cette maladie qui progresse de plus en plus vite, frappant des sujets toujours plus nombreux, toujours plus jeunes. Leurs conclusions sont aussi perturbantes qu’effrayantes. Si ce fléau l’emporte, tout ce qui fait de nous des êtres humains disparaîtra. Nous redeviendrons des animaux.
C'est le début d'une guerre silencieuse dont Kinross et Cooper ne sont pas les seuls à entrevoir les enjeux. Partout sur la Terre, face à ceux qui veulent contrôler le monde et les vies, l’ultime course contre la montre a commencé…
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— C’est un compliment ?

La jeune femme éclata de rire :

— Oui, je crois !

— Alors, joignez-vous à moi, Jenni. Nous travaillerons ensemble. J’ai une confiance absolue en vous.

— Vous m’avez déjà confié quelques-uns de vos secrets.

— Il en reste bien d’autres et je suis résolu à tous vous les offrir. Ensemble, nous aiderons le monde à aller mieux. C’est possible, nous en avons les moyens. Rappelez-vous : il n’est de prodige que dans l’œil de celui qui ne sait pas. J’en suis la preuve vivante. À vous, je peux dire la vérité.

— Vous m’avez menti ?

— Une fois, Jenni. Et si vous consentez à vivre avec moi, ce sera la seule.

La jeune femme tendit la main et entrelaça ses doigts avec les siens.

74

Le bureau ressemblait à un QG en pleine guerre. Tersen poursuivait ses investigations, assisté de Thomas et de Ben. Boitillant, Greenholm s’obligeait à marcher autour d’eux. Installé au fond, Scott se balançait sur les pieds arrière de sa chaise en faisant taper le dossier régulièrement contre le mur. Par la fenêtre, il observait Hold, pendu au téléphone depuis un bon moment. Soudain, il le vit raccrocher et rentrer précipitamment.

— J’ai du neuf ! déclara celui-ci en rendant son portable au garde du corps. Le repaire de Brestlow est un domaine de près de mille hectares.

— Près d’Iroquois Falls dans l’est de l’Ontario, coupa Tersen, on le savait déjà.

Hold continua comme si de rien n’était :

— Les rares qui ont déjà entendu parler de lui m’ont confirmé qu’il était intouchable. Il ne sort jamais. Des relations partout, très haut placées. Personne n’osera s’en prendre à lui. Même sur les photos satellites, sa propriété est floutée. Pire qu’un président.

Kinross gronda :

— Alors, on laisse tomber Jenni ? On baisse les bras et il a gagné ?

— Pas du tout, docteur, intervint Hold. L’un de mes contacts dans l’armée m’a donné une info intéressante : la propriété de Clifford Brestlow n’a pas toujours été une réserve naturelle. C’est une ancienne base militaire qu’il a rachetée voilà une vingtaine d’années, lorsque le gouvernement se débarrassait de terrains d’entraînement devenus trop coûteux. Celui-là était d’autant plus inutile qu’il comportait des installations antiatomiques héritées de la guerre froide.

— Une ancienne base ? s’étonna Greenholm.

— Brestlow a fait d’énormes travaux, il a rasé les bâtiments de surface pour se construire un petit palace sans détruire pour autant les installations souterraines, officiellement pour des raisons de coût.

— Vous pensez qu’il s’est fait son petit bunker à lui ? demanda Tersen.

— Petit n’est pas exactement le mot… En cas de conflit nucléaire avec le bloc de l’Est, cette base était prévue pour accueillir un grand nombre de civils. Elle s’étend sur près de vingt-cinq kilomètres carrés, avec jusqu’à six étages enterrés dans le flanc d’une montagne granitique…

— Et c’est une bonne nouvelle ? ironisa Kinross.

— Puisque personne ne veut affronter ce monsieur de face, fit Hold, on peut tenter de le prendre à revers.

— Et comment ? s’inquiéta Endelbaum.

— D’ici quelques heures, j’aurai les plans complets de cette ancienne base, tout droit sortis des archives militaires déclassées. Je suis certain que Brestlow ne s’attend pas à me voir arriver.

— Vous comptez aller récupérer vous-même le professeur Cooper ? demanda Greenholm.

— Et peut-être même les papiers des brevets.

— C’est de la folie ! trancha Endelbaum.

— Qui d’autre le fera ? Vous préférez le laisser gagner ?

Scott avait cessé de se balancer. Il se leva et déclara :

— Si on n’a pas de meilleure solution, je pars avec vous.

— Docteur… objecta Greenholm.

— Jenni est ma partenaire, j’aurais dû être avec elle. Et ce sont nos brevets !

Le garde du corps fit signe à Hold.

— Si vous avez besoin de moi…

Greenholm ne savait pas s’il devait se réjouir ou être atterré. Schenkel leva la main :

— À quatre, on serait plus efficaces…

— Jamais de la vie ! s’étrangla Endelbaum. Vous êtes un chercheur, Thomas. Qu’est-ce que vous iriez faire dans cette opération suicide !

— Mon père, je ne vais pas rester ici les bras croisés. Si cet homme devait s’en tirer, je ne me le pardonnerais jamais. Pour Feilgueiras, pour Devdan et pour ce que le docteur et le professeur Cooper ont découvert, je dois y aller.

— Thomas, je n’apprécie pas ce ton !

— Si vous m’en empêchez, mon père, je romps mes vœux et je pars quand même.

Endelbaum leva les yeux au ciel. Greenholm vérifia sa montre et lança :

— Messieurs, l’heure tourne. Tâchons de trouver une solution alternative. Personne n’a besoin d’un carnage.

75

Jenni fit un effort surhumain pour se contenir. Elle avait envie de hurler, de lui jeter son verre à la figure. Ses nerfs étaient en train de lâcher. Elle fixait Brestlow avec des yeux incrédules.

— Jenni, s’il vous plaît, ressaisissez-vous, l’exhorta-t-il en tendant une main que, cette fois, elle ne prit pas.

La jeune femme avait la nausée. Entre deux haut-le-cœur, elle était secouée de tremblements. Elle aurait voulu courir, s’enfuir, échapper à cet individu qui, après lui avoir inspiré tant de sentiments positifs, provoquait en elle un dégoût violent et une répulsion physique.

— Tout n’était qu’un décor, un leurre, murmura-t-elle. Vous êtes un monstre. Ce que vous avez fait… C’est contre nature. Pourquoi m’avoir menti sur votre âge ? C’est horrible ! Et que sont devenus nos brevets ?

— Ne me condamnez pas pour avoir réussi ce dont rêvent tous les humains, particulièrement les femmes. Rien n’a changé, Jenni. Et pour les brevets, nous déciderons ensemble de ce que nous devons en faire.

— Mais Scott et moi savons déjà ce que nous voulons !

Un sanglot la submergea. Elle renversa la tête en arrière comme pour chercher un peu d’air. Elle aurait voulu que Scott soit là mais elle était seule, à l’autre bout du monde.

— Vous êtes un fou, déclara-t-elle. Vous n’êtes qu’un vieux fou !

— Jenni, reprenez-vous. Voyez la situation en face. Vous vous évertuez à soigner des gens qui détruisent le monde. Regardez ce qu’ils font de leur santé, de leur énergie. En les sauvant, vous les aidez à s’affranchir un peu plus de la nature.

— Comment pouvez-vous dire ça ? C’est scandaleux.

— La nature résiste à toutes les espèces qu’elle abrite. Ces maladies ne font que nous retirer un droit à être que nous ne méritons pas. Ce n’est pas en soignant n’importe qui que vous sauverez notre monde.

Jenni refusait d’en supporter davantage. Elle hurla :

— Vous êtes immonde ! Je ne veux plus rien entendre !

Desmond entra, extrêmement tendu.

— Tout va bien, monsieur ?

Jenni répondit :

— Non, ça va mal ! Votre patron se prend pour Dieu.

Elle regarda Brestlow avec un profond mépris :

— Vous allez me rendre ma liberté et mes brevets.

Elle se leva, furieuse.

— Je vous en conjure, Jenni, calmez-vous !

— Peu importe comment, mais je pars ce soir.

Brestlow s’approcha d’elle.

— Jenni, ça suffit.

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