Les Derniers Jours de nos pères
- Автор: Dicker Joël
- Год: 2015
- Язык: французский
- Год: Éditions de Fallois
- ISBN: 978-2877068963
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Derniers Jours de nos pères». Краткое содержание книги:
Elle lui sera directement rattachée, et chargée de mener des actions de sabotage et de renseignement à l’intérieur des lignes ennemies. Tous ses membres seront issus des populations locales pour être insoupçonnables. Du jamais vu jusqu’alors.
L’existence même du SOE a été longtemps tenue secrète. Soixante-dix ans après les faits, Les Derniers Jours de nos pères est un des premiers romans à en évoquer la création et à revenir sur les véritables relations entre la Résistance et l’Angleterre de Churchill.
Chaque semaine depuis novembre, inlassablement, Kunszer allait trouver le père, avec ses victuailles et son champagne. Et il mangeait avec lui, pour s’assurer qu’il se nourrissait aussi. La cuisine pourtant embaumait toujours ; le père, tous les midis, préparait le déjeuner pour son fils. Mais il n’y touchait jamais, il s’y refusait : le repas du fils, si le fils ne venait pas, n’était pas mangé. Alors les deux hommes, silencieux, se contentaient des provisions froides. Kunszer, lui, touchait à peine à la nourriture, s’affamant de bon cœur : il voulait qu’il y ait des restes et que le père mange encore. Ensuite, il glissait discrètement de l’argent dans le sac à provisions.
Les week-ends, le petit homme ne sortait plus de chez lui.
— Vous devriez vous aérer un peu, lui répétait Kunszer.
Mais le père s’y refusait.
— Je ne voudrais pas rater Paul-Émile. Pourquoi ne me fait-il plus signe ?
— S’il le pouvait, il le ferait. La guerre, vous savez, c’est difficile.
— Je sais… soupirait-il. Est-il un bon soldat ?
— Le meilleur.
Lorsqu’ils parlaient de Pal, le visage du père prenait quelques couleurs.
— Avez-vous combattu à ses côtés ? demandait le père à chaque fin de repas, comme si le même jour se répétait sans cesse, empêchant le calendrier de s’égrener.
— Oui.
— Racontez-moi, suppliait le père.
Et Kunszer racontait. N’importe quoi. Pourvu que le père se sente moins seul. Il racontait de fantasques exploits, en France, en Pologne, partout où le Reich avait installé ses soldats. Paul-Émile terrassait les colonnes de blindés et sauvait ses camarades ; la nuit, au lieu de dormir, s’il ne lançait pas des obus de DCA dans le ciel, il œuvrait comme bénévole dans les hospices pour grands blessés. Le père était éperdu d’admiration pour son fils.
— Ne voulez-vous pas sortir un peu ? proposait Kunszer à chaque fois qu’il terminait son sempiternel récit.
Le père refusait toujours. Et Kunszer insistait.
— Cinéma ?
— Non.
— Concert ? Opéra ?
— Non deux fois.
— Promenade ?
— Non, merci.
— Qu’aimez-vous ? Le théâtre ? Je peux vous avoir ce que vous voulez, tout, tout, Comédie-Française si cela vous plaît.
Les comédiens venaient souvent dîner à la brasserie du Lutetia. Si le père avait envie de les rencontrer, ou s’il voulait assister à une représentation privée, il le lui obtiendrait. Oui, ils joueraient pour lui, dans son salon, si tel était son désir. Et s’ils refusaient de venir, il ferait fermer leur théâtre minable, il leur enverrait la Gestapo, et il les déporterait tous en Pologne.
Mais le père ne voulait rien d’autre que son fils. Début janvier, il avait expliqué à son unique visiteur :
— Vous savez, une fois je suis sorti. Juste pour faire d’inutiles commissions. Et j’ai fermé la porte à clé, malgré ma promesse, mais c’était à cause des voleurs de cartes postales car on m’avait volé une carte envoyée par Paul-Émile que j’avais mal cachée sans doute. Bref, ce jour-là j’ai raté mon fils. Je m’en voudrai toujours, je suis un si mauvais père.
— Ne dites pas ça ! Vous êtes un père formidable ! s’était écrié Kunszer, pris d’une soudaine envie de se faire sauter la cervelle avec son Luger car le voleur, c’était lui.
Le lendemain, il passait commande de cartes postales de Genève auprès de l’antenne suisse de l’Abwehr.
Dès qu’il eut pris possession de son stock de cartes, Kunszer se mit à écrire au père, se faisant passer pour Paul-Émile. Il avait conservé la carte volée et il s’en inspirait, imitant l’écriture. Il recopiait d’abord les phrases sur des brouillons, des centaines de fois s’il le fallait, consciencieux, pour que la calligraphie soit vraisemblable. Puis il enfermait les cartes dans une enveloppe vierge qu’il déposait dans la boîte aux lettres en fer de la rue du Bac.
Cher petit Papa adoré,
Je suis désolé de ne pas encore être revenu à Paris. J’ai beaucoup à faire, tu comprendras sûrement. Je suis certain que Werner s’occupe bien de toi. Tu peux lui faire toute confiance. Moi, je pense à toi tous les jours. Je viendrai bientôt. Très vite. Le plus vite possible.