L'île mystérieuse
- Автор: Verne Jules
- Год: 2011
- Язык: французский
- Год: Biblioth
- Жанр: Прочая древняя литература
Электронная книга - «L'île mystérieuse». Краткое содержание книги:
L’embarcation fut donc poussée sans relâche à travers la forêt, qui peu à peu se refaisait plus épaisse et semblait plus habitée aussi, car, si les yeux du marin ne le trompèrent pas, il crut apercevoir des bandes de singes qui couraient sous les taillis. Quelquefois même, deux ou trois de ces animaux s’arrêtèrent à quelque distance du canot et regardèrent les colons sans manifester aucune terreur, comme si, voyant des hommes pour la première fois, ils n’avaient pas encore appris à les redouter. Il eût été facile d’abattre ces quadrumanes à coups de fusil, mais Cyrus Smith s’opposa à ce massacre inutile qui tentait un peu l’enragé Pencroff. D’ailleurs, c’était prudent, car ces singes, vigoureux, doués d’une extrême agilité, pouvaient être redoutables, et mieux valait ne point les provoquer par une agression parfaitement inopportune.
Il est vrai que le marin considérait le singe au point de vue purement alimentaire, et, en effet, ces animaux, qui sont uniquement herbivores, forment un gibier excellent ; mais, puisque les provisions abondaient, il était inutile de dépenser les munitions en pure perte.
Vers quatre heures, la navigation de la Mercy devint très difficile, car son cours était obstrué de plantes aquatiques et de roches. Les berges s’élevaient de plus en plus, et déjà le lit de la rivière se creusait entre les premiers contreforts du mont Franklin. Ses sources ne pouvaient donc être éloignées, puisqu’elles s’alimentaient de toutes les eaux des pentes méridionales de la montagne.
« Avant un quart d’heure, dit le marin, nous serons forcés de nous arrêter, Monsieur Cyrus.
– Eh bien, nous nous arrêterons, Pencroff, et nous organiserons un campement pour la nuit.
– À quelle distance pouvons-nous être de Granite-House ? demanda Harbert.
– À sept milles à peu près, répondit l’ingénieur, mais en tenant compte, toutefois, des détours de la rivière, qui nous ont portés dans le nord-ouest.
– Continuons-nous à aller en avant ? demanda le reporter.
– Oui, et aussi longtemps que nous pourrons le faire, répondit Cyrus Smith. Demain, au point du jour, nous abandonnerons le canot, nous franchirons en deux heures, j’espère, la distance qui nous sépare de la côte, et nous aurons la journée presque tout entière pour explorer le littoral.
– En avant ! » répondit Pencroff.
Mais bientôt la pirogue racla le fond caillouteux de la rivière, dont la largeur alors ne dépassait pas vingt pieds. Un épais berceau de verdure s’arrondissait au-dessus de son lit et l’enveloppait d’une demi-obscurité. On entendait aussi le bruit assez accentué d’une chute d’eau, qui indiquait, à quelques cents pas en amont, la présence d’un barrage naturel.
Et, en effet, à un dernier détour de la rivière, une cascade apparut à travers les arbres. Le canot heurta le fond du lit, et, quelques instants après, il était amarré à un tronc, près de la rive droite.
Il était cinq heures environ. Les derniers rayons du soleil se glissaient sous l’épaisse ramure et frappaient obliquement la petite chute, dont l’humide poussière resplendissait des couleurs du prisme. Au delà, le lit de la Mercy disparaissait sous les taillis, où il s’alimentait à quelque source cachée. Les divers rios qui affluaient sur son parcours en faisaient plus bas une véritable rivière, mais alors ce n’était plus qu’un ruisseau limpide et sans profondeur.
On campa en cet endroit même, qui était charmant. Les colons débarquèrent, et un feu fut allumé sous un bouquet de larges micocouliers, entre les branches desquels Cyrus Smith et ses compagnons eussent, au besoin, trouvé un refuge pour la nuit.
Le souper fut bientôt dévoré, car on avait faim, et il ne fut plus question que de dormir. Mais, quelques rugissements de nature suspecte s’étant fait entendre avec la tombée du jour, le foyer fut alimenté pour la nuit, de manière à protéger les dormeurs de ses flammes pétillantes. Nab et Pencroff veillèrent même à tour de rôle et n’épargnèrent pas le combustible. Peut-être ne se trompèrent-ils pas, lorsqu’ils crurent voir quelques ombres d’animaux errer autour du campement, soit sous le taillis, soit entre les ramures ; mais la nuit se passa sans accident, et le lendemain, 31 octobre, à cinq heures du matin, tous étaient sur pied, prêts à partir.
CHAPITRE IV
Ce fut à six heures du matin que les colons, après un premier déjeuner, se remirent en route, avec l’intention de gagner par le plus court la côte occidentale de l’île. En combien de temps pourraient-ils l’atteindre ? Cyrus Smith avait dit en deux heures, mais cela dépendait évidemment de la nature des obstacles qui se présenteraient. Cette partie du Far-West paraissait serrée de bois, comme eût été un immense taillis composé d’essences extrêmement variées. Il était donc probable qu’il faudrait se frayer une voie à travers les herbes, les broussailles, les lianes, et marcher la hache à la main, – et le fusil aussi, sans doute, si on s’en rapportait aux cris de fauves entendus dans la nuit.
La position exacte du campement avait pu être déterminée par la situation du mont Franklin, et, puisque le volcan se relevait dans le nord à une distance de moins de trois milles, il ne s’agissait que de prendre une direction rectiligne vers le sud-ouest pour atteindre la côte occidentale.
On partit, après avoir soigneusement assuré l’amarrage de la pirogue. Pencroff et Nab emportaient des provisions qui devaient suffire à nourrir la petite troupe pendant deux jours au moins.
Il n’était plus question de chasser, et l’ingénieur recommanda même à ses compagnons d’éviter toute détonation intempestive, afin de ne point signaler leur présence aux environs du littoral.
Les premiers coups de hache furent donnés dans les broussailles, au milieu de buissons de lentisques, un peu au-dessus de la cascade, et, sa boussole à la main, Cyrus Smith indiqua la route à suivre.
La forêt se composait alors d’arbres dont la plupart avaient été déjà reconnus aux environs du lac et du plateau de Grande-vue. C’étaient des déodars, des douglas, des casuarinas, des gommiers, des eucalyptus, des dragonniers, des hibiscus, des cèdres et autres essences, généralement de taille médiocre, car leur nombre avait nui à leur développement. Les colons ne purent donc avancer que lentement sur cette route qu’ils se frayaient en marchant, et qui, dans la pensée de l’ingénieur, devrait être reliée plus tard à celle du Creek-Rouge. Depuis leur départ, les colons descendaient les basses rampes qui constituaient le système orographique de l’île, et sur un terrain très sec, mais dont la luxuriante végétation laissait pressentir soit la présence d’un réseau hydrographique à l’intérieur du sol, soit le cours prochain de quelque ruisseau.