Le compte de Monte-Cristo Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Le compte de Monte-Cristo Tome III». Краткое содержание книги:
«Le général tourna autour de lui des regards qui décelaient un commencement d’inquiétude. Cependant il ne fléchit pas encore; au contraire, rappelant toute sa force:
«- Je ne jurerai pas, dit-il.
«- Alors, monsieur, vous mourrez, répondit tranquillement le président.
«M. d’Épinay devint fort pâle: il regarda une seconde fois tout autour de lui; plusieurs membres du club chuchotaient et cherchaient des armes sous leurs manteaux.
«- Général, dit le président, soyez tranquille; vous êtes parmi des gens d’honneur qui essaieront de tous les moyens de vous convaincre avant de se porter contre vous à la dernière extrémité, mais aussi, vous l’avez dit, vous êtes parmi des conspirateurs, vous tenez notre secret, il faut nous le rendre.»
«Un silence plein de signification suivit ces paroles et comme le général ne répondait rien:
«- Fermez les portes, dit le président aux huissiers.
«Le même silence de mort succéda à ses paroles.
«Alors le général s’avança, et faisant un violent effort sur lui-même:
«- J’ai un fils, dit-il, et je dois songer à lui en me trouvant parmi des assassins.
«- Général, dit avec noblesse le chef de l’assemblée, un seul homme a toujours le droit d’en insulter cinquante: c’est le privilège de la faiblesse. Seulement il a tort d’user de ce droit. Croyez-moi, général, jurez et ne nous insultez pas.
«Le général, encore une fois dompté par cette supériorité du chef de l’assemblée, hésita un instant; mais enfin, s’avançant jusqu’au bureau du président:
«- Quelle est la formule? demanda-t-il.
«- La voici:
«- Je jure sur l’honneur de ne jamais révéler à qui que ce soit au monde ce que j’ai vu et entendu le 5 février 1815, entre neuf et dix heures du soir, et je déclare mériter la mort si je viole mon serment.
«Le général parut éprouver un frémissement nerveux qui l’empêcha de répondre pendant quelques secondes; enfin, surmontant une répugnance manifeste, il prononça le serment exigé, mais d’une voix si basse qu’à peine on l’entendit: aussi plusieurs membres exigèrent-ils qu’il le répétât à voix plus haute et plus distincte, ce qui fut fait.
«- Maintenant, je désire me retirer, dit le général; suis-je enfin libre?
«Le président se leva, désigna trois membres de l’assemblée pour l’accompagner, et monta en voiture avec le général, après lui avoir bandé les yeux. Au nombre de ces trois membres était le cocher qui l’avait amené.
«Les autres membres du club se séparèrent en silence.
«- Où voulez-vous que nous vous reconduisions? demanda le président.
«- Partout où je pourrai être délivré de votre présence, répondit M. d’Épinay.
«- Monsieur, reprit alors le président, prenez garde, vous n’êtes plus dans l’assemblée, vous n’avez plus affaire qu’à des hommes isolés; ne les insultez pas si vous ne voulez pas être rendu responsable de l’insulte.
«Mais au lieu de comprendre ce langage, M. d’Épinay répondit:
«- Vous êtes toujours aussi brave dans votre voiture que dans votre club, par la raison, monsieur, que quatre hommes sont toujours plus forts qu’un seul.»
«Le président fit arrêter la voiture.
«On était juste à l’entrée du quai des Ormes, où se trouve l’escalier qui descend à la rivière.
«- Pourquoi faites-vous arrêter ici? demanda M. d’Épinay.
«- Parce que, monsieur, dit le président, vous avez insulté un homme, et que cet homme ne veut pas faire un pas de plus sans vous demander loyalement séparation.
«- Encore une manière d’assassiner, dit le général en haussant les épaules.
«- Pas de bruit, répondit le président, si vous ne voulez pas que je vous regarde vous-même comme un de ces hommes que vous désigniez tout à l’heure, c’est-à-dire comme un lâche qui prend sa faiblesse pour bouclier. Vous êtes seul, un seul vous répondra; vous avez une épée au côté, j’en ai une dans cette canne; vous n’avez pas de témoin, un de ces messieurs sera le vôtre. Maintenant, si cela vous convient, vous pouvez ôter votre bandeau.
«Le général arracha à l’instant même le mouchoir qu’il avait sur les yeux.
«- Enfin, dit-il, je vais donc savoir à qui j’ai affaire.»
«On ouvrit la voiture: les quatre hommes descendirent…»
Franz s’interrompit encore une fois. Il essuya une sueur froide qui coulait sur son front, il y avait quelque chose d’effrayant à voir le fils, tremblant et pâle, lisant tout haut les détails, ignorés jusqu’alors, de la mort de son père.
Valentine joignait les mains comme si elle eût été en prières.
Noirtier regardait Villefort avec une expression presque sublime de mépris et d’orgueil.
Franz continua:
«On était, comme nous l’avons dit, au 5 février. Depuis trois jours il gelait à cinq ou six degrés; l’escalier était tout raide de glaçons, le général était gros et grand, le président lui offrit le côté de la rampe pour descendre.
«Les deux témoins suivaient par-derrière.
«Il faisait une nuit sombre, le terrain de l’escalier à la rivière était humide de neige et de givre, on voyait l’eau s’écouler, noire, profonde et charriant quelques glaçons.
«Un des témoins alla chercher une lanterne dans un bateau de charbon, et à la lueur de cette lanterne on examina les armes.
«L’épée du président, qui était simplement, comme il l’avait dit, une épée qu’il portait dans une canne, était plus courte que celle de son adversaire, et n’avait pas de garde.
«Le général d’Épinay proposa de tirer au sort les deux épées: mais le président répondit que c’était lui qui avait provoqué, et qu’en provoquant il avait prétendu que chacun se servit de ses armes.
«Les témoins essayèrent d’insister; le président leur imposa silence.
«On posa la lanterne à terre: les deux adversaires se mirent de chaque côté; le combat commença.
«La lumière faisait des deux épées deux éclairs. Quant aux hommes, à peine si on les apercevait, tant l’ombre était épaisse.
«M. le général passait pour une des meilleures lames de l’armée. Mais il fut pressé si vivement dès les premières bottes, qu’il rompit; en rompant il tomba.
«Les témoins le crurent tué; mais son adversaire, qui savait ne l’avoir point touché, lui offrit la main pour l’aider à se relever. Cette circonstance, au lieu de le calmer, irrita le général, qui fondit à son tour sur son adversaire.
«Mais son adversaire ne rompit pas d’une semelle, le recevant sur son épée. Trois fois le général recula, se trouvant trop engagé, et revint à la charge.
«À la troisième fois, il tomba encore.
«On crut qu’il glissait comme la première fois; cependant les témoins, voyant qu’il ne se relevait pas, s’approchèrent de lui et tentèrent de le remettre sur ses pieds; mais celui qui l’avait pris à bras-le-corps sentit sous sa main une chaleur humide. C’était du sang.
«Le général, qui était à peu près évanoui, reprit ses sens.
«- Ah! dit-il, on m’a dépêché quelque spadassin, quelque maître d’armes du régiment.