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Les Enfants Du Capitaine Grant

Электронная книга - «Les Enfants Du Capitaine Grant». Краткое содержание книги:

Lord et Lady Glenarvan, ainsi que le géographe Paganel, aident Mary et Robert Grant à retrouver leur père qui a fait naufrage sur une île dont on ne connait que la latitude, ce qui les amène à traverser l'Amérique du sud, puis l'Australie où un bagnard évadé, Ayrton, tente de s'emparer du yacht de Glenarvan, et enfin l'Océanie où, après avoir échappé aux anthropophages, il retrouveront enfin la trace de leur père…
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Quant aux chats sauvages, fiers, hardis et robustes, redoutables aux chiens eux-mêmes, ils pullulaient et promettaient de faire un jour des bêtes féroces très distinguées.

À huit heures, tout le monde était de retour à bord, et, dans la nuit, le Duncan quittait l’île Tristan d’Acunha, qu’il ne devait plus revoir.

Chapitre III L’île Amsterdam

L’intention de John Mangles était d’aller faire du charbon au cap Espérance. Il dut donc s’écarter un peu du trente-septième parallèle et remonter de deux degrés vers le nord. Le Duncan se trouvait au-dessous de la zone des vents alizés et rencontra de grandes brises de l’ouest très favorables à sa marche. En moins de six jours, il franchit les treize cents milles qui séparent Tristan d’Acunha de la pointe africaine. Le 24 novembre, à trois heures du soir, on eut connaissance de la montagne de la Table, et un peu plus tard John releva la montagne des Signaux, qui marque l’entrée de la baie. Il y donna vers huit heures, et jeta l’ancre dans le port du Cap-Town.

Paganel, en sa qualité de membre de la société de géographie, ne pouvait ignorer que l’extrémité de l’Afrique fut entrevue pour la première fois en 1486 par l’amiral portugais Barthélemy Diaz, et doublée seulement en 1497 par le célèbre Vasco De Gama. Et comment Paganel l’aurait-il ignoré, puisque Camoëns chanta dans ses lusiades la gloire du grand navigateur? Mais à ce propos il fit une remarque curieuse: c’est que si Diaz, en 1486, six ans avant le premier voyage de Christophe Colomb, eût doublé le cap de Bonne-Espérance, la découverte de l’Amérique aurait pu être indéfiniment retardée. En effet, la route du cap était la plus courte et la plus directe pour aller aux Indes orientales. Or, en s’enfonçant vers l’ouest, que cherchait le grand marin génois, sinon à abréger les voyages au pays des épices?

Donc, le cap une fois doublé, son expédition demeurait sans but, et il ne l’eût probablement pas entreprise.

La ville du Cap, située au fond de Cap-Bay, fut fondée en 1652 par le hollandais Van Riebeck.

C’était la capitale d’une importante colonie, qui devint décidément anglaise après les traités de 1815. Les passagers du Duncan profitèrent de leur relâche pour la visiter.

Ils n’avaient que douze heures à dépenser en promenade, car un jour suffisait au capitaine John pour renouveler ses approvisionnements, et il voulait repartir le 26, dès le matin.

Il n’en fallut pas davantage, d’ailleurs, pour parcourir les cases régulières de cet échiquier qui s’appelle Cap-Town, sur lequel trente mille habitants, les uns blancs et les autres noirs, jouent le rôle de rois, de reines, de cavaliers, de pions, de fous peut-être. C’est ainsi, du moins, que s’exprima Paganel. Quand on a vu le château qui s’élève au sud-est de la ville, la maison et le jardin du gouvernement, la bourse, le musée, la croix de pierre plantée par Barthélemy Diaz au temps de sa découverte, et lorsqu’on a bu un verre de pontai, le premier cru des vins de Constance, il ne reste plus qu’à partir. C’est ce que firent les voyageurs, le lendemain, au lever du jour. Le Duncan appareilla sous son foc, sa trinquette, sa misaine, son hunier, et quelques heures après il doublait ce fameux cap des Tempêtes, auquel l’optimiste roi de Portugal, Jean II, donna fort maladroitement le nom de Bonne-Espérance.

Deux mille neuf cents milles à franchir entre le Cap et l’île Amsterdam, par une belle mer, et sous une brise bien faite, c’était l’affaire d’une dizaine de jours. Les navigateurs, plus favorisés que les voyageurs des pampas, n’avaient pas à se plaindre des éléments. L’air et l’eau, ligués contre eux en terre ferme, se réunissaient alors pour les pousser en avant.

«Ah! La mer! La mer! répétait Paganel, c’est le champ par excellence où s’exercent les forces humaines, et le vaisseau est le véritable véhicule de la civilisation! Réfléchissez, mes amis. Si le globe n’eût été qu’un immense continent, on n’en connaîtrait pas encore la millième partie au XIXe siècle! Voyez ce qui se passe à l’intérieur des grandes terres. Dans les steppes de la Sibérie, dans les plaines de l’Asie centrale, dans les déserts de l’Afrique, dans les prairies de l’Amérique, dans les vastes terrains de l’Australie, dans les solitudes glacées des pôles, l’homme ose à peine s’y aventurer, le plus hardi recule, le plus courageux succombe. On ne peut passer. Les moyens de transports sont insuffisants. La chaleur, les maladies, la sauvagerie des indigènes, forment autant d’infranchissables obstacles. Vingt milles de désert séparent plus les hommes que cinq cent milles d’océan! on est voisin d’une côte à une autre; étranger, pour peu qu’une forêt vous sépare!

L’Angleterre confine à l’Australie, tandis que l’Égypte, par exemple, semble être à des millions de lieues du Sénégal, et Péking aux antipodes de Saint-Pétersbourg! La mer se traverse aujourd’hui plus aisément que le moindre Sahara, et c’est grâce à elle, comme l’a fort justement dit un savant américain, qu’une parenté universelle s’est établie entre toutes les parties du monde.»

Paganel parlait avec chaleur, et le major lui-même ne trouva pas à reprendre un seul mot de cet hymne à l’océan. Si, pour retrouver Harry Grant, il eût fallu suivre à travers un continent la ligne du trente-septième parallèle, l’entreprise n’aurait pu être tentée; mais la mer était là pour transporter les courageux chercheurs d’une terre à l’autre, et, le 6 décembre, aux premières lueurs du jour, elle laissa une montagne nouvelle émerger du sein de ses flots.

C’était l’île Amsterdam, située par 37° 47’ de latitude, et 77° 24’ de longitude, dont le cône élevé est, par un temps serein, visible à cinquante milles. À huit heures, sa forme encore indéterminée reproduisait assez exactement l’aspect de Ténériffe.

«Et par conséquent, dit Glenarvan, elle ressemble à Tristan d’Acunha.

– Très judicieusement conclu, répondit Paganel, d’après cet axiome géométrographique, que deux îles semblables à une troisième se ressemblent entre elles. J’ajouterai que, comme Tristan d’Acunha, l’île Amsterdam est et a été également riche en phoques et en Robinsons.

– Il y a donc des Robinsons partout? demanda lady Helena.

– Ma foi, madame, répondit Paganel, je connais peu d’îles qui n’aient eu leur aventure en ce genre, et le hasard avait déjà réalisé bien avant lui le roman de votre immortel compatriote, Daniel de Foe.

– Monsieur Paganel, dit Mary Grant, voulez-vous me permettre de vous faire une question?

– Deux, ma chère miss, et je m’engage à y répondre.

– Eh bien, reprit la jeune fille, est-ce que vous vous effrayeriez beaucoup à l’idée d’être abandonné dans une île déserte?

– Moi! s’écria Paganel.

– Allons, mon ami, dit le major, n’allez pas avouer que c’est votre plus cher désir!

– Je ne prétends pas cela, répliqua le géographe, mais, enfin, l’aventure ne me déplairait pas trop. Je me referais une vie nouvelle. Je chasserais, je pêcherais, j’élirais domicile dans une grotte l’hiver, sur un arbre l’été; j’aurais des magasins pour mes récoltes; enfin je coloniserais mon île.

– À vous tout seul?

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