La Rose d'York [fr]
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Хромой из Варшавы #2
- Год: 1995
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «La Rose d'York [fr]». Краткое содержание книги:
– Ça, il n’y a guère que Sutton qui pourrait le dire. Et encore ! Tu penses bien que les rouages d’une affaire comme celle-là doivent être infiniment complexes et délicats... En tout cas, conclut Adalbert, une chose est certaine : il faut que tu ailles tout raconter à Warren !
– Je sais. J’y pense depuis ce matin mais je n’en ai pas le droit. J’ai promis à Anielka de ne pas prévenir la police.
– Ça, c’est la meilleure ! Et qu’est-ce que tu en aurais fait de ton Ladislas si tu avais réussi à l’extraire de la villa et à l’emmener avec toi ?
– Il dit qu’il n’est pour rien dans le meurtre.
– C’est peut-être vrai. Reste à savoir qui tu veux croire, lui ou elle, et surtout qui tu désires sauver. Anielka elle-même, à moins d’être devenue stupide, doit savoir que si tu réussissais à attraper ce garçon, il te faudrait bien le livrer.
– Oui, mais à condition que ce soit moi qui le prenne et pas une escouade de policiers.
– Afin qu’il n’ait pas l’air d’avoir été dénoncé par elle ? Subtile distinction ! grogna Adalbert. Seulement maintenant, avec l’entrée en scène de la duchesse, les choses vont trop loin ! Songe qu’en gardant le silence tu risques la complicité dans une affaire de trafic d’armes dont tu ne sais pas où elle pourra te mener. Quelques dizaines d’années à Pentonville ou à Dartmoor, ça te plairait ?
Aldo réfléchit un instant puis essaya de changer le sujet de la conversation afin de se donner encore un peu de temps.
– Au fait et toi ? Ton excursion à Whitechapel a-t-elle donné des résultats ?
– N’essaie pas de noyer le poisson ! J’ai des choses à te raconter mais ça attendra ce soir... Tu vas chez le Super ou je dois y aller à ta place ?
– Non, soupira Morosini, je vais y aller. Il vaut mieux que ce soit moi étant donné que je peux décrire l’ennemi. J’espère seulement que je pourrai obtenir qu’il agisse avec discrétion et, au besoin, fasse appel à moi quand on aura une chance d’arrêter le Polonais. Il pourrait me faire cette faveur : avec ce que je lui apporte il devrait être content...
C’était faire preuve d’une grande candeur et les espoirs de Morosini, une fois à Scotland Yard, s’écroulèrent plus vite que les murs de Jéricho sous la trompette de Josué. Le ptérodactyle se montra modérément heureux de revoir le prince-antiquaire mais quand celui-ci entreprit de lui raconter son aventure balnéaire, il passa sans transition d’une indifférence polie à une sorte de transe et prit son vol à travers le bureau en battant furieusement des ailes.
– Comment ? s’écria-t-il. Vous avez recueilli des informations de cette importance et vous me les apportez seulement maintenant, alors que vous avez tout gâché ? Savez-vous que je pourrais vous arrêter pour obstruction à l’action de la police ?
– Ça vous avancerait à quoi ? fit Aldo sans se démonter. Puis-je vous rappeler que les informations en question m’ont été confiées sous le sceau du secret par lady Ferrals afin que je me charge personnellement d’appréhender – c’est bien comme ça que l’on dit ? – son ancien amoureux et de telle sorte qu’elle ne puisse être accusée de l’avoir...
– ... donné et donc de risquer la vengeance de ses amis anarchistes, récita Warren d’un ton excédé. Je connais l’antienne. Et à présent, vos scrupules vous ont abandonné ?
– Pas vraiment, mais dès l’instant où je me trouvais confronté à une affaire de trafic d’armes intéressant peut-être la sûreté de l’État et mettant en cause une personnalité proche de la Couronne, j’ai considéré que je n’avais plus le droit de me taire...
– C’est encore heureux !
Le superintendant revint s’asseoir à son bureau, prit un bloc de papier et dévissa son stylo.
– Alors, si vous le voulez bien on reprend tout à zéro. Et en détail !
– Vous... vous n’appelez pas votre secrétaire pour prendre ma déposition ?
– Nous devons agir dans la discrétion, n’est-ce pas ? aboya Warren. Alors je vais écrire moi-même et ensuite, je verrai comment on pourra essayer de préserver le secret imbécile que cette jeune idiote exige de vous !
Soulagé d’un grand poids, Aldo reprit son récit en s’efforçant d’être aussi précis que possible et sans rien omettre. Pendant un assez long moment, on n’entendit plus que sa voix assourdie et le grincement de la plume sur le papier...
Quand ce fut fini et tandis que Warren relisait ce qu’il venait d’écrire, Morosini, après une courte hésitation, demanda :
– M’accorderez-vous une faveur ?
– Laquelle ?
– Celle de m’avertir lorsque vous saurez où se trouve Wosinski afin que je puisse le prendre moi-même. Je ne vous empêche pas de protéger les arrières mais laissez-moi l’honneur d’achever seul ce que j’ai commencé à Eastbourne...
Les yeux ronds et jaunes du ptérodactyle se fixèrent sur le visage crispé de son visiteur.
– Maintenant qu’il vous connaît, ce serait une grave imprudence. Il n’hésitera pas à vous tirer dessus. Vous avez envie de risquer votre vie ?
– Sans hésiter. Je veux remplir la mission qui m’a été confiée. Même si c’est à ce prix. Je me tiens dès à présent à votre entière disposition.
Le policier ne répondit pas, jaugeant l’homme qui lui faisait face. Finalement, il referma son stylo et le jeta devant lui parmi ses papiers.
– Je n’ai jamais douté que vous ne soyez un homme de cœur et je comprends votre dilemme. Aussi, je vous promets de tout faire pour vous donner satisfaction mais à la condition, bien sûr, qu’en vous laissant agir, nous ne risquions pas de faire échouer l’opération. Naturellement, il faudra obéir strictement – et il appuya sur le mot – aux ordres que je vous donnerai.
– Vous avez ma parole.
Quelqu’un frappa à la porte et, sans attendre de réponse, l’inspecteur Pointer pénétra dans le bureau de son chef, vint se pencher à son oreille et lui parla bas. Il s’agissait sans doute d’une nouvelle importante car le superintendant tressaillit, mais il écarta du geste son subordonné.
– Nous verrons ça plus tard ! J’en finis avec le prince.
– Je n’arrive pas à comprendre comment cela a pu se produire, sir ! La surveillance était sans défaut, pourtant...
– Laissez-moi pour le moment, Pointer ! Je vous rappellerai.
À regret, l’inspecteur s’en alla. Morosini se disposa à l’imiter. Warren, lui, ne bougeait pas. Il semblait perdu dans une rêverie profonde tandis que ses longs doigts pianotaient sur le bras de son fauteuil. Soudain, il déclara :
– Nous n’allons pas pouvoir garder cela secret bien longtemps, alors autant vous l’apprendre : Yuan Chang s’est pendu dans sa prison avec un cordon de soie jaune.
– Pendu ? souffla Morosini abasourdi. Mais ne disiez-vous pas l’autre soir que vous ne réussiriez pas à le garder sous clef très longtemps ? Alors pourquoi se tuer ? Il ne risquait pas la peine de mort.
– Et pourtant il y est venu de lui-même. Enfin presque...
– Que voulez-vous dire ? Il ne se serait pas donné la mort volontairement ?
– C’est un peu ça. Je dirais que c’est un suicide sur ordre. Connaissez-vous la Chine, prince Morosini ?
– Non. Je connais son art, sa culture mais je n’y suis jamais allé.
– Sa culture ? Savez-vous quelque chose des anciens usages impériaux ? En particulier de ce que l’on désignait sous le terme de « cadeaux précieux » ? Non ? ... Alors j’explique : lorsque l’empereur avait à se plaindre de l’un quelconque de ses sujets de haut rang ou de ses dignitaires et qu’en raison des services rendus il ne souhaitait pas l’envoyer au bourreau, il lui faisait parvenir ce qu’on appelait les « cadeaux précieux » : une cordelette de soie jaune – couleur impériale ! – un sachet de soie contenant du poison et un poignard. Cela signifiait qu’il lui laissait le choix de sa mort...