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Morwenna

Электронная книга - «Morwenna». Краткое содержание книги:

Morwenna Phelps, qui préfère qu’on l’appelle Mori, est placée par son père dans l’école privée d’Arlinghust, où elle se remet du terrible accident qui l’a laissée handicapée et l’a privé à jamais de sa soeur jumelle, Morganna. Loin de son pays de Galles natal, Mori pourrait dépérir, mais elle découvre le pouvoir des livres, notamment des livres de science-fiction. Samuel Delany, Roger Zelazny, James Tiptree Jr, Ursula K. Le Guin et Robert Silverberg peuplent ses journées, la passionnent. Alors qu’elle commence à reprendre du poil de la bête, elle reçoit une lettre de sa folle de mère : une photo sur laquelle Morganna est visible et sa silhouette à elle brûlée. Que peut faire une adolescente de seize ans quand son pire ennemi, potentiellement mortel, est sa mère. Elle peut chercher dans les livres le courage de se battre.
Ode à la différence, journal intime d’une jeune fan de science-fiction qui parle aux fées, Morwenna est aussi une plongée inquiétante dans le folklore gallois. Ce roman touchant et bouleversant a été récompensé par les deux plus grands prix littéraires de la science-fiction, le prix Hugo (décerné par le public) et le prix Nebula (décerné par un jury de professionnels). Il a en outre reçu le British Fantasy Award.
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Jeudi 24 janvier 1980

Ce soir nous allons voir La Tempête au théâtre Clwyd, à Mold. Personne d’autre ne semble le moins du monde excité à cette perspective, alors je fais comme si je m’en fichais aussi. Deirdre dit qu’elle déteste Shakespeare. Elle a vu Le Conte d’hiver et Richard II – les deux pièces étaient au même programme – et elle les a haïes toutes les deux. Cela me donne à penser que la troupe doit être très mauvaise, car Richard II, au moins, doit être génial sur scène. « Asseyons-nous par terre et racontons les tristes histoires de la mort des rois. »

La mansuétude soudaine à mon égard a l’air de durer. Les autres filles pensaient-elles que je faisais semblant de boiter avant ? Ou s’est-il passé autre chose ? Je le prends d’un air désinvolte, comme si c’était normal, mais je reste froide avec elles, parce que si je concède quoi que ce soit, elles pourraient me le renvoyer à la figure.

Je relis Le Seigneur des Anneaux. J’en ai brusquement eu envie. Je le connais presque par cœur, mais je me plonge toujours dedans avec plaisir. Je ne connais pas d’autre livre qui fasse autant voyager. Quand je l’ai posé pour écrire ceci, je me sentais comme si j’attendais avec Pippin les échos de la pierre tombant dans le puits.

Vendredi 25 janvier 1980

La principale erreur, dans la production de La Tempête par la Touring Shakespeare Company, c’est d’avoir confié le rôle de Prospero à une comédienne. Elle était très bonne, mais la pièce ne fonctionne tout simplement pas si c’est une mère. Tout repose sur l’opposition masculin/féminin : Prospero et Sycorax, Caliban et Ariel, Caliban et Miranda, Ferdinand et Miranda. Quoique cela fasse ainsi de Prospero et Antonio un « couple » homme/femme. En fait, je suppose que la raison pour laquelle ça ne fonctionnait pas tient à la relation entre Prospero et Miranda. Ça ne marche pas en tant que mère et fille, à mes yeux, du moins si on veut garder Prospero sympathique. En lisant la pièce, je l’avais vu comme un homme lointain, qui a la bonté de s’occuper d’un petit enfant, mais ça ne suffirait pas à une femme pour attirer la sympathie. Ce qui ne veut pas dire que je pense que les femmes devraient être cantonnées à l’éducation des enfants, mais il est intéressant de voir que l’attitude d’un homme considérée comme louable puisse passer pour de la négligence chez une femme.

Mais Prospero est effectivement négligent, de toute façon. Il doit avoir été le duc de Milan le plus désastreux du monde, et de tous les temps. Je peux bien sûr comprendre qu’on puisse passer tout son temps dans une bibliothèque à lire des livres au lieu de s’occuper de ses affaires. Mais rien ne prouve qu’il ne fera pas exactement la même chose quand il sera de retour. En fait, ce sera pire, parce qu’il voudra rattraper tout ce que ses auteurs favoris auront écrit pendant qu’il était coincé dans son île. Antonio est sans doute un bien meilleur duc. Bien sûr, c’est un salaud d’intrigant, mais il doit avoir gardé tout le monde heureux parce que c’était son intérêt. Les gens ont probablement été horrifiés de voir revenir Prospero, avec ou sans ses livres.

Je mettrai très peu de ces réflexions dans mon compte rendu officiel de la pièce. Mais ce que je n’y mettrai sûrement pas sera ce que j’ai pensé des fées, qui étaient super et étonnamment réalistes.

Ariel ne parlait pas, elle chantait toutes ses répliques. Elle portait une tenue blanche, peut-être un collant de danse, avec des voiles qui ondulaient tout autour d’elle à chacun de ses gestes. Elle avait le crâne également rasé, sous un voile. Quand on l’a libérée, à la fin, tous ses voiles sont tombés et on a vu son visage pour la première fois, et son expression était de façon très convaincante celle d’une fée. Je me demande si l’actrice en connaît. Chanter était une bonne manière de faire comprendre leur manière étrange de communiquer, bien vu Shakespeare, bien vu la Touring Shakespeare Company. Shakespeare doit avoir connu des fées, et sans doute très bien. Il a juste fait comme moi et a traduit leurs propos de manière vraisemblable.

Caliban, enfin, qu’est-ce que Caliban ? En lisant la pièce, j’ai pensé que c’était une fée, écailleuse, verruqueuse et étrange. Mais le voir m’a donné à réfléchir. Sa mère, Sycorax, était une sorcière. Nous ne connaissons pas son père. Nous ne voyons pas du tout Sycorax. Prospero est-il son père ? Est-il le demi-frère de Miranda ? Ou bien était-il là quand ils sont arrivés, comme il le dit, pour souhaiter la bienvenue et devenir un esclave ? Il veut violer Miranda (« sans cela j’aurais peuplé cette île de Calibans »), mais ça ne fait pas nécessairement de lui un humain, pas plus que de sa mère. Il pourrait être humain, ou semi-humain, on peut le bousculer et le frapper comme les fées ne peuvent l’être. Il y a eu beaucoup de coups et d’humiliations hier soir. Ce que j’ai compris au sujet de ce Caliban, du Caliban de Peter Lewis (j’ai le programme), c’est qu’il est entre deux mondes. Il ne sait pas auquel il appartient.

Shakespeare doit avoir connu des fées. Je sais que je l’ai dit de Tolkien, en fait je pense toujours que Tolkien en a connu. Je crois que c’est le cas de tas de gens.

Ce que j’aime chez Shakespeare, c’est la langue. Au retour, dans le car, j’en étais ivre et j’ai dû demander à Deirdre de répéter tout ce qu’elle disait parce que je ne le saisissais pas la première fois. Je ne sais pas ce qu’elle a pensé. Nous avons eu une conversation sur ce que serait la vie de Miranda une fois mariée avec Ferdinand, comment elle se débrouillerait en Italie après son île. Cela lui apparaîtrait-il encore comme un « nouveau monde remarquable » ? Deirdre pensait que oui, tant qu’elle serait amoureuse. Mais pouvez-vous vous imaginer être confronté à tout un monde quand vous n’avez connu que trois personnes, dont deux pas tout à fait humaines et la troisième le lointain Prospero ? Imaginez vous en sortir avec la mode, les serviteurs et les courtisans ! Deirdre pensait que Prospero avait été très cruel de ne rien lui apprendre. Mais peut-être que lui apprendre la magie aurait été encore plus cruel.

Prospero casse son bâton et noie ses livres parce qu’on ne peut pas rapporter la magie avec soi. S’il l’avait rapportée, serait-il devenu comme Saroumane ? Est-ce le pouvoir qui corrompt ? Le fait-il toujours ? J’aimerais connaître quelques personnes qui ne sont pas mauvaises et qui recourent à la magie. Il y a bien Glorfindel, mais je ne suis pas sûre que les fées comptent. Elles sont différentes. L’autre contraste intéressant avec Prospero est Faust.

Une lettre de Daniel pour m’annoncer que le rendez-vous avec l’acupuncteur est pris pour jeudi et payé, qu’il a écrit à l’école pour leur demander de me laisser y aller, et avec un billet de 10 livres pour le train et les repas. Quand j’aurai fait de la monnaie, j’en mettrai la moitié dans mon fonds d’urgence.

Samedi 26 janvier 1980

Je suis allée à la bibliothèque, mais Greg n’y était pas. Ce n’était pas son tour de travailler le samedi. J’ai rendu mon énorme pile de livres et pris ceux qui m’attendaient. J’aurais voulu avoir pris rendez-vous avec quelqu’un, mais bien sûr je n’avais pas pu parce que je n’étais pas là mardi. J’avais espéré voir Greg pour lui demander le sujet de la réunion de mardi prochain.

Je suis descendue à la librairie, mais je n’ai vu personne. Je n’ai pas acheté de livre. Il tombait une bruine décourageante. Je me suis assise dans le salon de thé où j’ai mangé un gâteau au miel et j’ai lu, en levant de temps en temps les yeux pour regarder la pluie. On dit toujours que c’est un beau temps pour les canards, mais les colverts de la mare avaient l’air aussi malheureux que tout le monde. Les mâles commençaient pourtant à arborer leurs couleurs de printemps. C’est peut-être une pluie de printemps. Ils en auraient été heureux dans les Marais des Morts, me suis-je dit. J’ai acheté deux gâteaux pour Deirdre et moi – il est vraiment inutile de dépenser de l’argent pour Sharon, même si elle me reparle.

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