Fiora et le Magnifique
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Год: 1988
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Fiora et le Magnifique». Краткое содержание книги:
– Un peu de patience ! s’indigna Fiora. Donne-lui quelque chose à boire ! Un peu de vin !
– Mais, ma parole, elle me donne des ordres ? rugit la Virago qui s’en alla tout de même chercher un flacon de vin dont elle fit boire un fond de gobelet à Khatoun qui, en dehors du fait qu’elle semblait recrue de fatigue, reprit tout à fait ses esprits. Elle raconta alors, comment, dès le lendemain des funérailles de son maître, elle s’était rendue, sous des haillons de mendiante aux abords du couvent de Santa Lucia. Son instinct, aiguisé comme celui d’un animal fidèle, lui soufflait que Fiora était en danger dans cette « sainte » maison. Et elle était restée là, ne s’écartant que pour acheter le peu de nourriture que lui procuraient les piécettes jetées par les passants...
– T’as pas eu d’ennuis avec la confrérie des mendiants ? remarqua Pippa. Tu m’étonnes un peu : les places devant les églises et les couvents sont des places de choix. Ça se paie, en général...
– Je n’ai vu personne, dit Khatoun en levant sur l’immense femme un regard plein d’innocence. Le mendiant habituel était peut-être malade ?
– Peu probable ! C’est solide c’te race-là. On est vivant ou on est mort. Pas de d’mi-mesures. Mais continue ton histoire !
Il restait peu à raconter. La deuxième nuit de sa faction, la petite esclave avait vu la porte s’ouvrir au cœur le plus noir de la nuit. Des hommes masqués s’étaient approchés et avaient reçu un long paquet sombre que l’un d’eux avait chargé sur son épaule. Ils étaient partis silencieusement et Khatoun les avait suivis jusqu’à cette maison où elle les avait vus entrer. Elle était sûre, sans pouvoir expliquer pourquoi, que le paquet n’était autre que Fiora. Elle comprit qu’elle avait raison quand la rumeur coléreuse de la ville lui apprit que le jugement n’aurait pas lieu parce que l’accusatrice s’était enfuie... Dès lors, elle avait été certaine que Fiora se trouvait dans cette maison où elle avait vu entrer les deux hommes...
Les yeux brillants d’espoir, Fiora suivait passionnément le récit de la jeune Tartare mais elle n’osa pas, par prudence, poser la question qui lui brûlait les lèvres. Ce fut Pippa qui la posa, négligemment, comme s’il s’agissait d’une chose sans importance mais en jouant avec la longue épingle qu’elle venait de retirer de sa tignasse.
– Comment ça s’ fait qu’ t’as pas été appeler à l’aide ? T’as pas été chercher du s’cours ?
Khatoun baissa les yeux et l’on put voir des larmes couler lentement sur ses joues couleur d’ivoire.
– Je suis retournée au palais pour prévenir et pour chercher de l’aide mais je n’ai pas pu en approcher. Il y avait des soldats tout autour qui retenaient la foule. Une foule... qui criait « A mort ! ... A mort, la sorcière ! » Il y en avait d’autres à l’intérieur. Ils fouillaient partout et... et ils pillaient ; On entendait craquer les meubles qu’ils jetaient dans la cour... C’était... affreux ! Et moi, je ne savais plus où aller... qui chercher. J’ai pensé à donna Chiara mais le portier m’a chassée. Alors, je suis revenue ici pour essayer... je ne sais pas trop quoi.
La gorge nouée, Fiora avait écouté ces quelques phrases qui lui annonçaient sa ruine totale et la fin de tous ses espoirs. Ce n’était pas du chagrin qu’elle éprouvait – le chagrin, celui si cruel de la mort de son père, on ne lui avait même pas laissé le temps de l’éprouver et elle savait qu’il reviendrait à la charge plus tard – c’était de la fureur, de la rage impuissante. On lui avait tout arraché en lui laissant tout juste l’honneur et, dans quelques heures, cela même n’existerait plus. Elle serait profanée, avilie, irrémédiablement souillée, rendue à la fange dont le bon Francesco Beltrami avait voulu préserver un bébé innocent... Elle finit par exploser :
– Et Lorenzo ? ... Lorenzo de Médicis, le maître de Florence, que faisait-il pendant que l’on me cherchait pour me tuer, pendant que l’on pillait ma maison... que l’on massacrait sans doute ma vieille Léonarde ? Où était-il le Magnifique, le Tout-Puissant ? Dans son jardin de la Badia ou de Careggi ? A regarder fleurir les lauriers en composant des vers à la louange de la beauté ? Ou encore à lire quelque livre rare ? Mon père en avait d’admirables... mais peut-être a-t-il pris soin de les faire enlever pour sa propre bibliothèque ?
Elle criait, pareille à quelque pleureuse antique cependant que des larmes amères jaillissaient de ses yeux... Vivement, Pippa lui appliqua sa grande main sur la bouche :
– Tais-toi donc ! Tu veux donc nous faire tous pendre ? Il y a du monde dans cette maison. Les filles sont au travail et les clients arrivent.
– Qu’as-tu à craindre ? dit Fiora avec amertume. Je viens de te dire que les Médicis ne sont pas si puissants que ça...
– Ils ont tout de même des espions partout. C’est grâce à ça qu’ils sont les plus forts, ça et l’or ! Z’ont pas l’ sang plus bleu qu’ moi et il le sait bien le Lorenzo qu’a été épouser une princesse romaine pour en tirer de la graine de prince. Allez, calme-toi ! Si ça peut t’ faire plaisir, j’te comprends. La poire elle est dure à avaler.
– C’est le moins qu’on puisse dire.
– D’accord mais t’as tout d’même pas tout perdu. Y t’ reste ta belle gueule... et ton corps. Quand j’t’aurai appris à t’en servir tu verras qu’on peut faire de grandes choses avec. A Rome tu t’ feras une fortune et t’arriveras peut-être même un jour à t’ venger. Alors maintenant tu t’ couches et tu dors ! Quant à celle-là...
– Qu’est-ce que tu vas lui faire ? s’écria Fiora déjà sur la défensive en entourant Khatoun de ses bras.
– J’ pensais la tuer parce qu’y a qu’ les morts qui parlent pas mais y a peut-être mieux à faire...
– Quoi ?
– La déballer d’ ses chiffons pour voir c’ qui y a dessous ! Une esclave tartare ça vaut cher. Elle sait faire quoi ?
– Chanter, danser, jouer du luth... Mais je t’interdis de la mettre sur un marché d’esclaves. Elle est à moi et j’ai beaucoup d’affection pour elle. Si tu nous sépares, tu n’obtiendras rien de moi. Je réussirai bien à me tuer !
Sans répondre mais avec un soupir excédé, Pippa fit lever Khatoun et entreprit de la dépouiller. Elle ressemblait à quelque grand singe roux en train d’éplucher une noix fraîche. Trop fatiguée pour seulement songer à réaliser, Khatoun se laissait faire mais elle vacillait sur ses jambes et ses yeux se fermaient d’eux-mêmes en dépit des efforts qu’elle faisait pour les garder ouverts. Sans paraître s’en apercevoir, la Virago la soumit au même examen qu’elle avait fait subir à Fiora. Celle-ci attendait impatiemment qu’elle eût fini mais, soudain, elle sursauta, n’en croyant pas ses yeux ni ses oreilles : entre les mains de Pippa qui glissaient doucement sur son corps, Khatoun gémissait, se tordait, bien réveillée cette fois, en dépit de ses yeux qui à demi révulsés se fermaient. Elle ronronnait comme une chatte sous ce qu’il fallait bien appeler des caresses. Et, soudain, elle se laissa tomber sur ses genoux écartés, ses mains agrippées à ses seins tandis que les doigts de Pippa cherchaient son intimité. Le jeune corps d’ivoire se tendit comme un arc, haletant comme une bête assoiffée puis s’affaissa dans un cri et se tordit en un long spasme... Pippa, qui s’était agenouillée, se releva comme si ce qui venait de se passer était la chose du monde la plus naturelle :
Elle lança à Fiora abasourdie un regard narquois :
– Devrait savoir faire aut’chose que danser et jouer du luth, c’te petite ! T’as jamais fait l’amour avec elle ?
– Tu es folle ? s’écria Fiora indignée ? L’amour, on ne peut le faire qu’avec un homme... et un homme que l’on aime !