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Dernier meurtre avant la fin du monde

Электронная книга - «Dernier meurtre avant la fin du monde». Краткое содержание книги:

À quoi bon tenter de résoudre un meurtre quand tout le monde va mourir ?
Concord, New Hamsphire. Hank Palace est ce qu’on appelle un flic obstiné. Confronté à une banale affaire de suicide, il refuse de s’en tenir à l’évidence et, certain qu’il a affaire à un meurtre, poursuit inlassablement son enquête.
Hank sait pourtant qu’elle n’a pas grand intérêt puisque, dans six mois il sera mort. Comme tous les habitants de Concord. Et comme tout le monde aux États-Unis et sur Terre.
Dans six mois en effet, notre planète aura cessé d’exister, percutée de plein fouet par 2011GV1, un astéroïde de six kilomètres de long qui la réduira en cendres. Aussi chacun, désormais, se prépare-t-il au pire à sa façon.
Dans cette ambiance pré-apocalyptique, où les marchés financiers se sont écroulés, où la plupart des employés ont abandonné leur travail, où des dizaines de personnes se livrent à tous les excès possibles alors que d’autres mettent fin à leurs jours, Hank, envers et contre tous, s’accroche. Il a un boulot à terminer.
Et rien, même l’apocalypse, ne pourra l’empêcher de résoudre son affaire.
Sans jamais se départir d’un prodigieux sens de l’intrigue et du suspens, Ben H Winters nous y propose une vision douloureusement convaincante d’un monde proche de l’agonie.
Le lecteur est tiraillé par cette interrogation lancinante : que ferions nous, que ferions nous réellement si nos jours étaient comptés.
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Ça, c’est en temps normal.

Nous nous arrêtons à quelques pas de l’escalier.

– Stretch ? me demande à nouveau Michelson.

– Palace ? dit McConnell.

J’ignore quel sera le sort de Littlejohn une fois que je l’aurai livré aux deux petits jeunes de dix-sept ou dix-huit ans qui attendent, le regard morne et les mains tendues, d’emmener mon suspect au sous-sol.

Les règles de procédure ont été révisées plusieurs fois depuis l’adoption de la loi SSPI et des lois d’État correspondantes, et à la vérité je ne sais pas ce que disent les derniers statuts en date. Ce qu’il y avait dans le classeur du chef Ordler tout à l’heure – quelles provisions accompagnent la suspension des enquêtes criminelles ?

Dans mon cœur, je n’ai pas encore affronté la question de ce que deviendra l’assassin présumé après son arrestation. Pour être tout à fait franc, je n’avais jamais cru que je me tiendrais un jour ici.

Mais à présent… que faire ? Là est la question.

Je regarde Erik Littlejohn, lui aussi me regarde.

– Désolé, dis-je.

Et je le livre à mes collègues.

Épilogue

Lundi 11 avril

Ascension droite : 19 27 43,9

Déclinaison : – 35 32 16

Élongation : 92,4

Delta : 2,705 ua

Juché sur un dix-vitesses, je pédale sur les trottoirs ensoleillés de New Castle en cherchant Salamander Lane. Là-haut, le soleil joue à cache-cache avec des nuages épars, la brise est tiède, douce et saline, je me dis allez quoi, et je prends à droite dans une rue qui va vers la mer.

New Castle est une petite station balnéaire charmante hors saison, avec ses boutiques de souvenirs fermées, son marchand de glaces, son bureau de poste, sa société historique. Il y a même une promenade en planches, qui longe la plage sur environ quatre cents mètres, et une poignée de joyeux baigneurs dans les dunes. Un vieux couple main dans la main, une maman qui joue au ballon avec son fils, un jeune garçon qui court à fond de train pour tenter de faire décoller un grand cerf-volant.

Au bout de la plage, un chemin de terre retourne vers la place, où une pelouse verte entoure un joli kiosque en bois sombre, festonné de banderoles et de drapeaux américains. On dirait qu’il y a eu un bal populaire hier soir, et qu’il y en aura un autre ce soir. À cette heure-ci, deux gars du coin déballent des instruments en cuivre, bavardent, se serrent la main. J’attache mon vélo à côté d’une benne à ordures débordante d’assiettes en papier et de restes de beignets qui font la joie des fourmis.

À Concord aussi, il y a eu un défilé hier soir, et même un feu d’artifice tiré depuis une barge sur la Merrimack, dont les grandes fleurs majestueuses sont retombées en scintillant sur le dôme doré de l’hôtel de ville. On le sait maintenant : Maïa tombera en Indonésie. Les autorités ne peuvent ou ne veulent pas annoncer un point d’impact précis à cent pour cent, mais ce sera dans les environs de l’archipel indonésien, à l’est du golfe de Boni. Le Pakistan, dont la frontière occidentale est seulement à quatre mille kilomètres de la zone, a renouvelé sa promesse de faire exploser le caillou en plein vol, et les États-Unis ont réaffirmé leurs objections.

Pendant ce temps-là, en Amérique, dans tout le pays, il y a des parades, des feux d’artifice, des célébrations. Devant un centre commercial de la banlieue de Dallas, des pillages, suivis de coups de feu, se sont terminés en émeute : six morts. Un incident du même genre s’est produit à Jacksonville, en Floride, et un autre à Richmond, dans l’Indiana. Dix-neuf morts dans un Home Depot de Green Bay, Wisconsin.

* * *

Le 4, Salamander Lane ne ressemble pas au siège d’une institution quelle qu’elle soit. C’est une petite résidence familiale de style Cape Cod, en vieux bois peint en bleu pastel, assez proche de la mer pour que j’en perçoive l’odeur salée depuis les marches du perron.

– Bonjour madame, dis-je à la femme d’âge canonique qui vient m’ouvrir. Je suis l’inspecteur Henry Palace.

Mais ce n’est plus la vérité.

– Pardon, je m’appelle Henry Palace. Je suis bien à l’institut Open Vista ?

La vieille dame fait demi-tour en silence, rentre dans la maison ; je la suis à l’intérieur, lui explique ce que je veux, et enfin elle prend la parole.

– C’était un drôle de numéro, celui-là, n’est-ce pas ? me dit-elle de Peter Zell.

Sa voix est forte et claire, à un point étonnant.

– Je ne l’ai pas connu, à vrai dire.

– Eh bien je vous le dis.

– D’accord.

J’ai pensé que cela ne ferait pas de mal d’en savoir un peu plus sur ce dossier, ce dernier sinistre sur lequel enquêtait mon assureur avant d’être tué. Comme j’ai dû rendre mon Impala de fonction, j’ai ressorti le vieux Schwinn de ma mère et je suis venu à vélo. J’ai mis un peu plus de cinq heures, en comptant un arrêt déjeuner dans un Dunkin’ Donuts abandonné sur une aire d’autoroute.

– Un drôle de numéro. Il n’avait pas besoin de venir jusqu’ici.

– Ah bon, pourquoi ?

– Parce que.

Elle indique du geste le dossier que j’ai apporté, lequel repose sur une table basse entre elle et moi. Trois feuilles de papier dans une chemise en carton : une demande d’indemnisation, un contrat, une liste de justificatifs.

– Toutes ses questions, il aurait pu me les poser par téléphone.

Elle s’appelle Veronica Talley, c’est sa signature qui figure dans le dossier, la sienne et celle de son mari, Bernard, aujourd’hui décédé. Les yeux de Mme Talley sont petits, noirs et ronds, comme des yeux de poupée. Le salon est exigu et propre, les murs décorés de coquillages et d’algues délicates séchées sous verre. Je ne vois toujours aucun élément indiquant que je me trouve dans les locaux d’une institution.

– Madame, je crois comprendre que votre époux a mis fin à ses jours.

– Oui. Il s’est pendu. Dans la salle de bains. Au machin… (Elle semble exaspérée.) Le machin, vous savez ? D’où l’eau coule ?

– La pomme de douche, madame ?

– C’est ça. Excusez-moi. Je ne suis plus toute jeune.

– Je suis navré.

– Vous avez tort. Il m’avait prévenue qu’il allait le faire. Il m’a dit d’aller marcher le long de la mer, parler aux bernard-l’hermite, et qu’à mon retour il serait mort dans la salle de bains. Et c’est ce qui s’est passé.

Elle renifle, me jauge de ses petits yeux durs. La mort de Bernard Talley, je le sais parce que j’ai lu les papiers posés sur la table entre nous, devait lui rapporter un million de dollars, à titre personnel, plus trois autres pour l’institut Open Vista, à supposer qu’il existât. Zell a autorisé le paiement, débloqué les fonds, après cette visite ici il y a trois semaines – mais il a laissé le dossier ouvert, comme s’il avait l’intention d’y revenir, de se tenir au courant.

– Vous êtes un peu comme lui, non ?

– Pardon, madame ?

– Vous êtes comme votre ami, celui qui est venu. Il était assis là où vous êtes en ce moment.

– Comme je vous l’ai dit, madame, je ne l’ai pas connu.

– N’empêche que vous lui ressemblez.

Des carillons à vent sont suspendus à la fenêtre du fond, derrière la cuisine, et je reste une seconde immobile à écouter leurs notes cristallines.

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