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Les dragons de Dorcastel [The Dragons of Dorcastle - ru]

Электронная книга - «Les dragons de Dorcastel [The Dragons of Dorcastle - ru]». Краткое содержание книги:

Dematr est un monde où la magie et la technologie coexistent. Depuis leurs grands halls, la guilde des mages et celle des mécaniciens veillent à ce qu’elles restent leurs propriétés exclusives, même si les guildes n’hésitent pas à monnayer leurs services aux gens du commun – qu’ils fussent empereurs, princes ou simples marchands.
Alain d’Ihris est le plus jeune mage jamais sorti des écoles de sa guilde, et Mari de Caer Lyn la plus jeune maître mécanicien à quitter les bancs de la sienne.
Seuls survivants à une attaque mystérieuse de la caravane au sein de laquelle ils traversaient le désert, les deux jeunes gens ne se doutent pas des embûches qu’ils devront déjouer pour accomplir des destins qui semblent intimement liés. Ils devront lutter contre des ennemis invisibles et protéiformes, remettre en question l’ordre établi et les enseignements de leurs propres guildes, tout en essayant de comprendre les sentiments qui les animent.
Leur premier défi sera de découvrir qui sont les dragons qui terrorisent la cité de Dorcastel…
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— Qu’entends-tu par là ?

— Lorsque ton train a commencé à s’arrêter, une force m’a maintenu sur place. Les mécaniciens ne la subissent-ils pas ?

— Bien sûr que si. Ça s’appelle la quantité de mouvement. C’est… Ils devaient déjà être en position au moment où on a enclenché les freins. L’un près de l’attelage, l’autre à côté du levier de frein. Ces deux éléments sont proches l’un de l’autre, mais…

— Tu as l’air préoccupée », dit Alain en étudiant son expression.

Elle prit une profonde inspiration.

« Est-ce bien ce que cela semble être ? La dernière voiture s’en serait tirée, même si le reste du train avait basculé dans l’abîme ; et si nous avions vu le pont détruit quelques instants plus tard, la locomotive aurait versé, et les autres voitures auraient pu être sauvées.

— Tu as dit que tu étais dans la locomotive.

— Ouais. »

Il vit ses émotions changer : la peur se mua en colère, puis en détermination.

« J’ai besoin de réponses. Un groupe de mécaniciens va descendre pour examiner les débris du pont et voir s’ils sont en mesure de découvrir quelque chose. Je me demandais si j’allais me joindre à eux ou non.

— Pourquoi pas ?

— S’il s’agit de dragons, qu’est-ce que je pourrais bien apprendre ? Je suis ingénieur. Je travaille à partir de faits.

— Dans ce cas, pourquoi ne cherches-tu pas de faits relatifs aux dragons ? » lança Alain après une brève réflexion.

Mari ne répondit pas immédiatement.

« Tu marques un point. Très bien. Je vais descendre, moi aussi. Écoute, ça va paraître bizarre. Je n’arrive pas à croire que je vais dire ça, mais… tu es la seule personne dans ce train en qui j’ai confiance. »

Alain sentit ses lèvres tressauter, comme si les commissures voulaient se courber vers le haut. Ce qui aurait eu pour conséquence de dessiner un… sourire ? Impensable. Il dut fournir un effort notable pour dissimuler sa réaction.

« Tu me fais confiance ?

— Je te l’ai dit, c’est bizarre. Je ne connais aucun de ces mécaniciens. Cela ne devrait pas avoir d’importance, mais des choses étranges ne cessent de se produire.

— Cela n’a rien de bizarre. Tu ne connais pas ces mécaniciens et je suis un ami.

— Ouais. » Il vit fugacement briller ses dents tandis qu’elle souriait. « Est-ce que tu viendrais avec moi ? En bas ? Voir les décombres ?

— Moi ?

— Oui. Parce que j’ai confiance en toi, parce que tu t’y connais en dragons et – par les étoiles ! Si tu m’avais dit il y a un mois que je sortirais un truc pareil, j’aurais… Je ne t’aurais pas répondu parce que je ne t’aurais pas adressé la parole.

— Je ne t’aurais pas adressé la parole non plus. »

Alain scruta le visage de la mécanicienne en réfléchissant à ce qu’elle venait de dire.

Ses doyens lui auraient enjoint de ne pas lui faire confiance, ils lui auraient soutenu qu’elle préparait un mauvais tour, peut-être pour qu’il se retrouvât seul, entouré de mécaniciens, et qu’elle pût porter le coup fatal. De longues années d’entraînement et d’apprentissage de la sagesse entraient en conflit avec les expériences des dernières semaines.

« Maîtresse mécanicienne Mari, tu es une amie et tu me demandes de l’aide. Je te l’accorde.

— Merci. Tu es un ami fidèle. » Elle hésita avant de continuer. « Tu comprends bien que je ne suis qu’une amie, hein ? Rien de plus.

— De plus ?

— Rien de plus. Contente-toi de garder ça à l’esprit. Bien… N’utilise pas mon nom quand nous sommes avec les autres. Appelle-moi simplement dame mécanicienne. Est-ce que tu accepterais de porter ma trousse à outils lors de la descente ? »

Ce fut au tour d’Alain d’hésiter.

« Des outils de mécanicien ? On m’a souvent mis en garde contre cela. On m’a dit qu’ils étaient dangereux. Et tu as admis toi-même qu’ils pouvaient être des armes.

— Si tu en fais un mauvais usage, ils peuvent être dangereux, oui. Et on peut s’en servir comme armes en cas d’extrême urgence. Mais on ne court aucun risque à les transporter. Je le jure. Je dois avoir une bonne raison pour te faire venir avec moi. Je dirai que j’ai été blessée à Ringhmon et qu’il me faut quelqu’un afin de porter mon sac lors de la descente. Les autres mécaniciens savent que j’étais au palais du gouvernement au moment de l’incendie, ils me croiront. Je raconterai que je paie un commun pour se charger de mes affaires. Les mécaniciens font ça quand ils ont besoin de manutentionnaires. Compris ?

— Tu n’as pas été vraiment blessée dans l’incendie, n’est-ce pas ?

— Non. » Mari semblait contente en prononçant ces mots. « Mais c’est gentil à toi de t’en inquiéter une fois de plus.

— Est-ce que tes collègues mécaniciens ne trouveront pas étrange que tu ne laisses pas simplement tes outils à côté de ce que tu appelles la locomotive ?

— C’est difficile à expliquer, dit-elle après quelques instants de silence. Ce n’est pas seulement le fait que les outils coûtent cher, car on en fabrique très peu, ou qu’on rabâche aux apprentis que perdre ses outils est un signe d’incompétence… Ces outils représentent ce que nous sommes, de la même manière que tes… compétences… représentent ce que tu es.

— Je comprends l’importance que les ombres attachent aux illusions, mais la sagesse dirait que ce qui représente un mécanicien – ou n’importe quelle ombre – est ce qui se trouve en eux.

— Hmm… Ouais, reconnut Mari. Peut-être manquons-nous de sagesse en voulant toujours avoir nos outils à portée de main. Cependant, un outil que tu n’as pas est un outil dont tu ne peux faire usage, c’est un peu plus compliqué qu’une simple question d’image de soi. Bref, cela signifie également que tout le monde estimera complètement normal que je veuille avoir mes outils avec moi.

— Dans ce cas, je vais le faire. »

Pour la seconde fois au cours de cette nuit-là, il la vit sourire.

« Merci. »

Quelques minutes plus tard, un groupe se détacha du cercle des mécaniciens et se dirigea vers l’à-pic. Mari leur emboîta le pas et fit signe à Alain de la suivre. Quand ils arrivèrent au bord du précipice, les autres mécaniciens avaient déjà entamé la descente vers la petite crique à peine visible en contrebas, désormais engorgée de débris enchevêtrés. Elle lui tendit le sac qu’elle portait ; il le prit après une courte hésitation. Elle lui offrit un sourire d’encouragement qui se mua en un masque d’inquiétude dès qu’elle eut tourné la tête et elle amorça la descente, passant lentement d’une prise à l’autre.

Alain regarda l’amas de bois brisé, puis il leva les yeux vers la mer et scruta les lignes sombres des vagues qui roulaient vers le rivage. Si un dragon était responsable de cela, il pouvait se tapir non loin, dans des eaux suffisamment peu profondes pour qu’il ait pied. Il pouvait attaquer de nouveau, et s’en prendre cette fois non pas aux poutrelles, mais à tout ce qu’il trouverait sur son passage. Alain jaugea ses forces, ainsi que l’énergie disponible dans les environs. Je ne pourrai probablement pas vaincre un dragon capable de ce type de dégâts, même au meilleur de ma forme. Mais Mari a demandé mon aide. Elle semble troublée et en proie au doute. Je veux l’aider. J’ai pensé que, en l’aidant, j’annihilerais le besoin de l’aider davantage, mais plus j’aide Mari, plus j’ai envie de l’aider. Je me suis trompé lourdement dans mon hypothèse. Mais cette erreur n’a aucune importance. Cette nuit, ma voie me mène au pied de ces falaises, et peu m’importe qu’il s’agisse ou non de la voie de la sagesse.

Il regarda une nouvelle fois la mécanicienne Mari qui crapahutait avec obstination sur la paroi et il entreprit de descendre à son tour.

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