On a tué la Reine!
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Отравители и убийцы #1
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «On a tué la Reine!». Краткое содержание книги:
C’est le temps où le vent pestilentiel de l’affaire des Poisons souffle sur Paris et la cour de Louis XIV. Mme de Brécourt met Charlotte à l’abri au Palais-Royal chez la jeune duchesse d’Orléans, Madame, la pittoresque princesse Palatine.
Un chemin singulier, celui des palais royaux, s’ouvre devant Charlotte, plus dangereux qu’on ne pourrait croire. Une fantaisie de la nature l’a fait ressembler à un ancien amour de Louis XIV, ce qui lui vaut la haine feutrée de Mme de Maintenon en passe de supplanter Mme de Montespan. Au moment de la plus grande menace, c’est de la reine Marie-Thérèse que viendra le secours. Pour peu de temps car celle-ci meurt en quatre jours...
Des morts suspectes, des messes noires, un amour qui n’ose pas dire son nom et des protections qui tombent l’une après l’autre. Que va devenir Charlotte ?
- C’est selon ! Je me demande si on n'est pas en train de perdre notre temps. L’hôtel de Fontenac est aussi hermétique et obscur qu’un tombeau. Ni lumière ni signe de vie.
- Tu n’as pas déniché un quidam à qui poser des questions ?
- Mon Dieu non, mais ou bien on s’y couche avec les poules ou bien il n’y a personne. Ils doivent avoir un château à la campagne quelque part ces gens-là ?
- Pas que je sache. Tous les nobles n’ont pas obligatoirement un domaine champêtre...
- Pourtant Fontenac ce n’est pas un nom de par ici !
- Tu as raison. L’origine est en Gascogne. J’ignore s’il en existe encore là-bas mais, d’après M. de La Reynie avec qui j’en parlais l’autre jour, ils descendraient d’un cadet de famille « monté » à Paris en quinze cent et des poussières à l’appel du duc d’Epernon qui voulait constituer pour le roi Henri III continuellement menacé par la Sainte Ligue du duc de Guise une garde personnelle que l’on a appelé les « Quarante-Cinq » commandée par M. de Loignac. Ces gentilshommes étant pauvres, ils n’avaient rien à perdre et tout à gagner. Ce sont eux qui ont exécuté le duc de Guise !
- Exécuté ? J’ai entendu dire qu’on l’avait « assassiné ».
- Le terme est impropre quand un roi frappe un sujet rebelle ! Envoyer le duc à l’échafaud eût déchaîné une révolution. Henri III, qui n’avait pas d’enfants et refusait de laisser le royaume aux Guise, savait que ceux-ci n’auraient de cesse de le tuer et c’est la sœur du mort qui a armé le moine Jacques Clément. C’est lui qui a « assassiné » le Roi, mais, avant d’expirer, celui-ci a eu le temps de léguer la France à son beau-frère, le grand Béarnais qui allait devenir Henri IV. Et sur ce cours d’histoire, nous n’avons plus rien d’autre à faire que d’aller dormir... Demain il fera jour !
CHAPITRE IX
LA PROMENADE DES DAMES
Le jeune Jacquemin - Jacquemin Lesourd pour lui donner un nom qui convenait mal à ses longues oreilles ! - n’aimait pas rester sur ce qu'il considérait comme un échec. Et le lendemain, dès le jour levé, il filait vers l’hôtel de Fontenac avant même que son « maître », fidèle à son personnage, n’eût procédé à sa toilette. C’était vendredi, jour de marché, et les rues de la ville, un rien endormie, la veille, résonnaient sous les sabots des paysans, maraîchers, volaillers et marchands qui allaient s’installer sous la halle.
A sa surprise, il trouva la porte cochère ouverte en grand sur une cour où s’activaient des ouvriers. Il était évident qu'une aile de l’hôtel avait subi un incendie depuis peu et qu’on déblayait.
Un garçon occupé à charrier des gravats dans une brouette l’interpella :
- T’as rien d’autre à faire qu'à regarder les autres travailler ? lança-t-il hargneux.
- Si, mais je me suis toujours intéressé au bâtiment et à la belle ouvrage qu’on y fait souvent, répondit-il sans se démonter. On dirait qu’il y a eu un malheur ici ?
- Ça c’est bien vrai ! Heureusement...
L’homme n’eut pas le temps d’en dire davantage.
Depuis le perron, une voix autoritaire se faisait entendre :
- Le travail presse et il y a mieux à faire que clabauder avec des étrangers ! Et toi, l’homme, qu'est-ce que tu viens chercher ?
Appuyé sur une canne, élégamment vêtu de velours grenat agrémenté de manchettes de dentelle, un seigneur les apostrophait. Jeune et très brun, il était relativement beau mais son visage aigu, ses dents blanches et pointues lui donnaient l’air d’un loup, quant à ses yeux, enfoncés sous l’orbite, il était difficile d’en distinguer la couleur. Sombre de toute façon ! « La Pivardière à tous les coups ! » pensa Jacquemin s’en référant à la description qu’en avait fait Delalande. Il ne se démonta pas, salua au contraire comme il sied à un valet de bonne maison :
- Rien, Monsieur, répondit-il sans se démonter. Je venais seulement voir si Mme la baronne de Fontenac accepterait de recevoir mon maître.
- Qui est ton maître ?
- M. le vicomte de Vauxbrun. Nous arrivons d’Abbeville et M. le vicomte, qui se rend à Paris, souhaitait saluer Mme la baronne...
- Il la connaît ?
- Non mais feu son père...
- Des provinciaux ! fit l’autre d'un ton sec... Mme la baronne n'est pas ici. Il faut être idiot pour imaginer qu’elle pourrait s’accommoder de vivre dans la poussière et les plâtres.
- Ce sont ses appartements qui ont brûlé ?
- J’aimerais savoir en quoi ça te regarde.
- C’est pour pouvoir rendre compte à mon maître.
- Et où est-il ?
- A l’auberge du Bon Roy Henri. Mais peut-être Mme la baronne est-elle à Paris, auquel cas...
- Elle n'est pas à Paris et quoi qu'il en soit n’est pas en état de recevoir des visites. Le feu l’a grandement éprouvée. En conséquence, tu remercieras ton maître et le salueras de sa part.
Il n'y avait rien à ajouter. Jacquemin comprit que l'on avait hâte de se débarrasser de lui et qu'on ne souhaitait pas voir un quelconque vicomte de Vauxbrun s’inscrire dans le paysage. Il prit congé et sortit de la cour. L’ouvrier et sa brouette étaient à présent près d’un tombereau qui venait d’arriver. Jacquemin s'arrangea pour le rejoindre en passant derrière l'attelage de manière à être hors de vue du perron.
- Qu'est-ce qui a brûlé dans la maison ? Quelle partie ?
Le maçon fronça le sourcil pour envoyer promener l'importun mais une pièce d'argent brillait au bout de ses doigts.
- J'sais point trop ! Ils appellent ça la... la librairie...
- Tout a brûlé ?
- Non. Y a encore plein d'papiers et aussi des livres. C't'à cause d'une bougie qu'est tombée. Mais enfin y a du pain sur la planche !
- Merci ! Bon courage !
La pièce changea de main et Jacquemin rejoignit Delalande en train de se restaurer de jambon, de pain, de beurre et d’un pichet de vin blanc. Il en prit sa part tout en racontant ce qui venait de se passer. Alban l’écouta attentivement, puis :
- La librairie ? Tiens donc ? C’est bien dommage de ne pas pouvoir la visiter. En attendant je me demande si la baronne est vraiment absente. Le corps central et l’aile est de l’hôtel sont intacts, dis-tu ?
- Il m’en semble. Evidemment la façade de l’aile endommagée aura besoin de vitres neuves et d’un bon récurage mais on doit pouvoir y vivre à condition de ne pas craindre le bruit ni la poussière ! Surtout s'il y a un jardin derrière.
- Il y en a un qui va jusqu'au rempart. D'un autre côté, il est concevable que la baronne ait jugé préférable de s’éloigner pendant les travaux. Auquel cas, La Pivardière assurerait la surveillance... Quoique je l’imagine mal passant ses jours seul dans une maison vide. As-tu vu des domestiques ?
- Je crois avoir aperçu une livrée verte tandis que je m'expliquais avec cet affreux bonhomme...
- Peste ! Tu es difficile ! Qu'il ait l'air mauvais, je te l'accorde, mais on ne peut nier qu'il soit beau.
- Ce n'est pas mon avis, fit Jacquemin. Et maintenant on fait quoi ?
- Il faut y réfléchir. Evidemment, M. de Vauxbrun doit rejoindre Paris puisqu’il n’aura pas le plaisir de rencontrer Mme de Fontenac...
A cet instant, l’aubergiste arrivait, sortant de la cave, un tonnelet sous le bras. Ainsi que l'avait prédit la laveuse de vaisselle, il ne gardait aucune trace de sa cuite de la veille. Il posa son tonnelet sur le comptoir, sourit, salua son client et lui demanda s’il avait bien dormi :