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Le Comte de Monte-Cristo. Tome IV

Электронная книга - «Le Comte de Monte-Cristo. Tome IV». Краткое содержание книги:

Victime d'un terrible complot, Edmond Dantès est emprisonné au Château d'If alors qu'il sur le point d'épouser celle qu'il aime. A sa libération et sous l'identité du compte de Monte-Cristo, sa vengeance n'épargnera personne…
La répartition en tomes correspond aux 4 parties de la première publication dans «Le Journal des Débats» (1844–1846).
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– Allons donc, ta jalousie te fait voir des arcs-en-ciel, Caderousse.

– C’est bon, Benedetto mio, on sait ce que l’on dit. Peut-être qu’un jour aussi l’on mettra son habit des dimanches, et qu’on ira dire à une porte cochère: «Le cordon, s’il vous plaît!» En attendant, assieds-toi et mangeons.»

Caderousse donna l’exemple et se mit à déjeuner de bon appétit, et en faisant l’éloge de tous les mets qu’il servait à son hôte.

Celui-ci sembla prendre son parti, déboucha bravement les bouteilles et attaqua la bouillabaisse et la morue gratinée à l’ail et à l’huile.

«Ah! compère, dit Caderousse, il paraît que tu te raccommodes avec ton ancien maître d’hôtel?

– Ma foi, oui, répondit Andrea, chez lequel, jeune et vigoureux qu’il était, l’appétit l’emportait pour le moment sur toute autre chose.

– Et tu trouves cela bon, coquin?

– Si bon, que je ne comprends pas comment un homme qui fricasse et qui mange de si bonnes choses peut trouver que la vie est mauvaise.

– Vois-tu, dit Caderousse, c’est que tout mon bonheur est gâté par une seule pensée.

– Laquelle?

– C’est que je vis aux dépens d’un ami, moi qui ai toujours bravement gagné ma vie moi-même.

– Oh! oh! qu’à cela ne tienne, dit Andrea, j’ai assez pour deux, ne te gêne pas.

– Non, vraiment; tu me croiras si tu veux, à la fin de chaque mois, j’ai des remords.

– Bon Caderousse!

– C’est au point qu’hier je n’ai pas voulu prendre les deux cents francs.

– Oui, tu voulais me parler; mais est-ce bien le remords, voyons?

– Le vrai remords; et puis il m’était venu une idée.»

Andrea frémit; il frémissait toujours aux idées de Caderousse.

«C’est misérable, vois-tu, continua celui-ci, d’être toujours à attendre la fin d’un mois.

– Eh! dit philosophiquement Andrea, décidé à voir venir son compagnon, la vie ne se passe-t-elle pas à attendre? Moi, par exemple, est-ce que je fais autre chose? Eh bien, je prends patience, n’est-ce pas?

– Oui, parce qu’au lieu d’attendre deux cents misérables francs, tu en attends cinq ou six mille, peut-être dix, peut-être douze même; car tu es un cachottier: là-bas, tu avais toujours des boursicots, des tirelires que tu essayais de soustraire à ce pauvre ami Caderousse. Heureusement qu’il avait le nez fin, l’ami Caderousse en question.

– Allons, voilà que tu vas te remettre à divaguer, dit Andrea, à parler et à reparler du passé toujours! Mais à quoi bon rabâcher comme cela, je te le demande?

– Ah! c’est que tu as vingt et un ans, toi, et que tu peux oublier le passé; j’en ai cinquante, et je suis bien forcé de m’en souvenir. Mais n’importe, revenons aux affaires.

– Oui.

– Je voulais dire que si j’étais à ta place…

– Eh bien?

– Je réaliserais…

– Comment! tu réaliserais…

– Oui, je demanderais un semestre d’avance, sous prétexte que je veux devenir éligible et que je vais acheter une ferme; puis avec mon semestre je décamperais.

– Tiens, tiens, tiens, fit Andrea, ce n’est pas si mal pensé, cela, peut-être!

– Mon cher ami, dit Caderousse, mange de ma cuisine et suis mes conseils; tu ne t’en trouveras pas plus mal, physiquement et moralement.

– Eh bien, mais, dit Andrea, pourquoi ne suis-tu pas toi-même le conseil que tu donnes? pourquoi ne réalises-tu pas un semestre, une année même et ne te retires-tu pas à Bruxelles? Au lieu d’avoir l’air d’un boulanger retiré, tu aurais l’air d’un banqueroutier dans l’exercice de ses fonctions: cela est bien porté.

– Mais comment diable veux-tu que je me retire avec douze cents francs?

– Ah! Caderousse, dit Andrea, comme tu te fais exigeant! Il y a deux mois, tu mourais de faim.

– L’appétit vient en mangeant, dit Caderousse en montrant ses dents comme un singe qui rit ou comme un tigre qui gronde. Aussi, ajouta-t-il en coupant avec ces mêmes dents, si blanches et si aiguës, malgré l’âge, une énorme bouchée de pain, j’ai fait un plan.»

Les plans de Caderousse épouvantaient Andrea encore plus que ses idées; les idées n’étaient que le germe, le plan, c’était la réalisation.

«Voyons ce plan, dit-il; ce doit être joli!

– Pourquoi pas? Le plan grâce auquel nous avons quitté l’établissement de M. Chose, de qui venait-il, hein? de moi, je présuppose; il n’en était pas plus mauvais, ce me semble, puisque nous voilà ici!

– Je ne dis pas, répondit Andrea, tu as quelquefois du bon; mais enfin, voyons ton plan.

– Voyons, poursuivit Caderousse, peux-tu, toi, sans débourser un sou, me faire avoir une quinzaine de mille francs… non, ce n’est pas assez de quinze mille francs, je ne veux pas devenir honnête homme à moins de trente mille francs?

– Non, répondit sèchement Andrea, non, je ne le puis pas.

– Tu ne m’as pas compris, à ce qu’il paraît, répondit froidement Caderousse d’un air calme; je t’ai dit sans débourser un sou.

– Ne veux-tu pas que je vole pour gâter toute mon affaire, et la tienne avec la mienne, et qu’on nous reconduise là-bas?

– Oh! moi, dit Caderousse, ça m’est bien égal qu’on me reprenne; je suis un drôle de corps, sais-tu: je m’ennuie parfois des camarades; ce n’est pas comme toi, sans cœur, qui voudrais ne jamais les revoir!»

Andrea fit plus que frémir cette fois, il pâlit.

«Voyons Caderousse, pas de bêtises, dit-il.

– Eh! non, sois donc tranquille, mon petit Benedetto; mais indique-moi donc un petit moyen de gagner ces trente mille francs sans te mêler de rien; tu me laisseras faire, voilà tout!

– Eh bien, je verrai, je chercherai, dit Andrea.

– Mais, en attendant, tu pousseras mon mois à cinq cents francs, j’ai une manie, je voudrais prendre une bonne!

– Eh bien, tu auras tes cinq cents francs, dit Andrea: mais c’est lourd pour moi, mon pauvre Caderousse… tu abuses…

– Bah! dit Caderousse; puisque tu puises dans des coffres qui n’ont point de fond.»

On eût dit qu’Andrea attendait là son compagnon, tant son œil brilla d’un rapide éclair qui, il est vrai, s’éteignit aussitôt.

«Ça, c’est la vérité, répondit Andrea, et mon protecteur est excellent pour moi.

– Ce cher protecteur! dit Caderousse; ainsi donc il te fait par mois?…

– Cinq mille francs, dit Andrea.

– Autant de mille que tu me fais de cents, reprit Caderousse; en vérité, il n’y a que des bâtards pour avoir du bonheur. Cinq mille francs par mois… Que diable peut-on faire de tout cela?

– Eh, mon Dieu! c’est bien vite dépensé; aussi, je suis comme toi, je voudrais bien avoir un capital.

– Un capital… oui… je comprends, tout le monde voudrait bien avoir un capital.

– Eh bien, moi, j’en aurai un.

– Et qui est-ce qui te le fera? ton prince?

– Oui, mon prince; malheureusement il faut que j’attende.

– Que tu attendes quoi? demanda Caderousse.

– Sa mort.

– La mort de ton prince?

– Oui.

– Comment cela?

– Parce qu’il m’a porté sur son testament.

– Vrai?

– Parole d’honneur!

– Pour combien?

– Pour cinq cent mille!

– Rien que cela; merci du peu.

– C’est comme je te le dis.

– Allons donc, pas possible!

– Caderousse, tu es mon ami?

– Comment donc! à la vie, à la mort.

– Eh bien, je vais te dire un secret.

– Dis.

– Mais écoute.

– Oh! pardieu! muet comme une carpe.

– Eh bien, je crois…»

Andrea s’arrêta en regardant autour de lui.

«Tu crois?… N’aie pas peur, pardieu! nous sommes seuls.

– Je crois que j’ai retrouvé mon père.

– Ton vrai père?

– Oui.

– Pas le père Cavalcanti.

– Non, puisque celui-là est reparti; le vrai, comme tu dis.

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