Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
READ-E-BOOK » Историческая проза » La Marquise De Pompadour Tome I
La Marquise De Pompadour Tome I - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

La Marquise De Pompadour Tome I

Электронная книга - «La Marquise De Pompadour Tome I». Краткое содержание книги:

Un jour de 1744, Jeanne Poisson, belle jeune femme, rencontre, au hasard d'un bois, le roi Louis XV qui chasse, et obtient de lui la grâce d'un cerf. A la suite d'un chantage visant son père, Jeanne est bientôt obligée d'épouser un homme qu'elle n'aime pas, Henri d'Etioles. Mais le roi a à son tour succombé au charme de Jeanne et leur idylle éclate au grand jour. Les intrigues s'échafaudent et de sinistres personnages comme le comte du Barry ou le mystérieux M. Jacques manigancent dans l'ombre. Quel sera le destin de Jeanne?
1 ... 57 58 59 60 61 62 63 64 65 ... 100
Перейти на страницу:

Voilà quel était le logis de Crébillon.

Mais ce qui lui donnait un aspect spécial, ce n’était ni l’âcre fumée de tabac qui le remplissait, ni son apparence misérable et cocasse à la fois: c’était la quantité de chiens et de chats qui pullulaient sur le mauvais tapis jeté en travers des carreaux dérougis.

Il y avait bien là une douzaine de chats, maigres, pelés, avec des yeux luisants, et autant de chiens, des toutous, des caniches, des bouledogues, des loulous, et tout ce monde miaulait, jappait, aboyait, jouait, se roulait et faisait très bon ménage.

Tous ces chats et ces chiens étaient les enfants trouvés du poète.

Pauvre comme Job, Crébillon ne pouvait pas voir un chien errer sans maître, crotté, famélique, dans la rue, sans le ramasser et l’emmener dans ce qu’il appelait son hospice!…

Crébillon vivait là-dedans, fumant et récitant à tue-tête les vers de ses tragédies…

Lorsque Noé Poisson entra, le poète était enveloppé d’une sorte de robe de chambre qui, en réalité, était un ancien manteau de chevau-léger, acheté pour quelques francs dans une friperie quelconque.

À la vue de Noé Poisson, les chiens aboyèrent, les chats se hérissèrent, il y eut un vacarme effrayant.

Crébillon saisit un martinet et en menaça son intéressante ménagerie en le faisant cingler. En réalité il ne porta aucun coup, mais la menace suffit sans doute, car les chats se cachèrent les uns sous le lit, les autres sur les planches que Crébillon appelait sa bibliothèque, et quant aux chiens, ils se turent.

– C’est le ciel qui t’envoie! s’écria le poète.

– Pourquoi? dit Noé avec une mélancolie qui n’échappa point à Crébillon.

Celui-ci, d’un geste navré, montra d’abord les innombrables flacons alignés sur un bout de table, et simplement, il dit:

– Vides!…

Puis il tira de sa bouche la pipe dont il suçait le tuyau par une machinale habitude, et ajouta:

– Pas de tabac!…

Enfin, il montra la cheminée sans feu et, se drapant dans son manteau, il acheva:

– J’ai froid!…

Noé Poisson s’était, pendant ce temps, installé dans le bon fauteuil, celui qui était couvert de ramages. Il soupira:

– Ah! mon pauvre ami!… Quelle aventure!…

– Serais-tu sans argent? demanda Crébillon avec une violente inquiétude.

– Non, non… grâce au ciel, j’ai encore trois ou quatre écus… et même deux louis…

– Donne! Donne! fit Crébillon.

– Ah! mon ami, soupira Poisson, je crois que de ma vie je n’ai eu pareille émotion… Écoute…

– Moi, dit Crébillon, j’ai faim, j’ai froid, j’ai soif, j’ai envie de fumer. Tant que je n’aurai pas de quoi manger, me chauffer, fumer et boire, je ne t’écouterai pas! Maintenant, parle si tu veux!…

Noé se fouilla, sortit de sa poche les écus et les deux louis, les remit intégralement à son ami, et dit:

– Va donc chercher ce qu’il faut, car, moi aussi, j’ai soif.

– Parbleu! fit Crébillon.

Et il s’élança au dehors.

Un quart d’heure plus tard, il rentrait, suivi d’un homme qui déposa près de la cheminée une forte charge de bois, et près de la table un panier plein de bouteilles, puis se retira.

Crébillon lui-même portait diverses provisions, savoir: en première ligne, du tabac à fumer pour lui-même et du tabac à priser pour Noé; en deuxième ligne, les rogatons, le mou, les déchets destinés à la ménagerie; et enfin, les victuailles consistant en un pain tendre, une terrine de pâté, un jambonneau, et une énorme quantité de friandises, tartelettes, pâtisseries garnies de crème fouettée: nous avions omis de dire que l’auteur de Catilina était gourmand comme un véritable enfant – qu’il était, d’ailleurs!

– Allume le feu! cria joyeusement le poète.

Le bon Noé se mit à genoux devant la cheminée. Bientôt, un feu clair et pétillant ramena la vie dans le pauvre âtre et répandit sa douce chaleur dans le grenier.

Pendant ce temps, une scène presque fantastique se déroulait, – scène qui n’a d’ailleurs d’autre intérêt que celui d’une reconstitution historique, et que nous aurions passée sous silence si nous n’étions à même d’en garantir la rigoureuse authenticité. Quoi qu’il en soit, la voici telle quelle:

À l’entrée de Crébillon muni de diverses victuailles, il s’était élevé dans le grenier un concert prodigieux de jappements et de miaulements: il y eut sur le lit, sur les fauteuils, sur la table, une course éperdue d’animaux bondissants, une folle exubérance de gambades, une démonstration de joie extravagante, chiens et chats roulant en peloton, se griffant, se mordant, se tirant la queue, – le tout, par amitié et allégresse.

Or, cet infernal tapage dura jusqu’à l’instant où Crébillon, s’étant placé au milieu du grenier, cria d’une voix de stentor:

– À la soupe!…

Aussitôt, comme par enchantement, il se fit un profond silence, et tous les animaux vinrent s’asseoir en rond autour du poète, le nez en l’air, tous les chiens à sa gauche, tous les chats à sa droite, attendant avec une admirable mansuétude, sûrs d’avoir chacun leur part…

Car jamais ils ne jeûnaient!… Que de fois Crébillon s’était passé de pain pour leur donner la pitance!

Un jour, quelqu’un avec qui il était lié le rencontra sur le Pont-Neuf, qui courait en pleurant, et lui demanda la cause de son désespoir.

– C’est, répondit Crébillon, que je n’ai pas de quoi donner à manger à mes enfants…

Ce quelqu’un savait de quels enfants il s’agissait. Il vida sa bourse dans les mains du poète…

Ce quelqu’un s’appelait Jean Le Rond d’Alembert et venait de s’associer avec Diderot pour la fondation de l’Encyclopédie… Pourtant, s’il était riche de pensées qui devaient bouleverser le monde, il était, lui aussi, pauvre d’écus…

Pour en revenir à la scène que nous voulons esquisser, Crébillon était donc debout au centre d’un vaste demi-cercle formé par la ménagerie. Il commença une équitable distribution. À mesure que chaque bête recevait sa part, elle se retirait du cercle et s’en allait manger dans un coin. Et la manœuvre se faisait avec une admirable régularité.

– À toi, Philos! s’écriait Crébillon, ce morceau de roi… Et toi, Mistigri, allons, fripon, voici ta part!… Et vous, mademoiselle Blanchette, il vous faut un morceau délicat? Le voici… Et toi, maître Raton, ferme les yeux, ouvre la bouche!… Ah! voici Zénobie… il me semble que tu manquais hier d’appétit?… Néron, attrape-moi ça au vol!…

Ainsi de suite, jusqu’au dernier roquet, jusqu’au dernier minet.

Lorsque la ménagerie fut repue, Crébillon se tourna vers Noé Poisson et lui dit gravement:

– À nous, maintenant. Passons dans la salle à manger!

La salle à manger, c’était le bout de table couvert d’une serviette et de bouteilles.

L’autre bout de table couvert de papiers, c’était le cabinet de travail.

Murger ne devait écrire sa Vie de Bohême que plus d’un siècle plus tard. Crébillon a donc sur le philosophe Colline et le poète Marcel tout au moins le mérite de l’antériorité.

1 ... 57 58 59 60 61 62 63 64 65 ... 100
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)