L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]
- Автор: Дар Фредерик
- Год: 1965
- Язык: французский
- Год: Presse Pocket
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «L'Histoire de France vue par San-Antonio [fr]». Краткое содержание книги:
Et pourtant le nom le plus important est absent de nos places, de nos avenues, de nos boulevards et même de nos impasses : celui de Bérurier. Or, ce sont les Bérurier qui ont vraiment fait la France. Avec leurs mains, leur sang et leur sueur.
Avec leur esprit aussi.
Soucieux de réparer cette criante injustice, j'ai essayé de reconstituer leur trajectoire dans le temps.
Comme le langage, l'Histoire se doit de rester vivante ; c'est pourquoi je me suis attaché à en secouer la poussière, à en « plumeauter » les toiles d'araignée, à en dédorer les tranches, les couronnes et les auréoles et à la saupoudrer d'éclats de rire.
Un petit travail de réfection, quoi !
Il m'a permis de constater qu'on nous avait doré l'Histoire de France avec cette même poudre aux yeux qui sert aussi à nous dorer la pilule !
SAN-ANTONIO
Bérurix se tut et essuya d'un revers de bras la sueur qui emperlait son front.
Un profond et inquiétant silence régnait maintenant dans l'assistance. On attendait des mots de Vercingétorix : il les prononça.
— Quelle solution proposes-tu donc, Bérurix ? demanda le général avec dédain. Va jusqu'au bout de ta pensée !
Bérurix haussa les épaules.
— Mon général, on a bouffé tous les rats qui se trouvaient dans Alésia. Maintenant les rats, c'est nous. N'attendons pas la mort, stupidement. Quand on est clamsé, c'est râpé. Mais tant qu'on vit l'espoir demeure. Rendons-nous ! Ça nous fera peut-être mal à l'orgueil, mais en tout cas ça nous fera du bien à l'estomac ! Se laisser mourir de faim en chantant « Je suis un fier Gaulois à tête ronde », c'est facile. Mais avoir le courage de se rendre, ça oui, c'est un exploit.
Il se tut. Quelques secondes d'un monstrueux silence succédèrent à sa profession de foi. Puis une immense clameur s'éleva d'Alésia.
— Pour Bérurix : hip hip hip hurrix ! Hip hip hip hurrix !
Alors, le fier Vercingétorix blêmit. Sa tête blonde s'inclina. Soudain, il donna un coup de talon afin de marquer sa détermination.
— Qu'on m'amène mon cheval blanc, qu'on ouvre les portes de la ville et qui m'aime me suive !
« Ça y est, le voilà qui se prend pour Henri IV ! » pensa le prophétique Bérurix.
Ce fut le tumulte. Chacun s'agitait, puisant dans l'esprit de reddition une nouvelle fièvre, sœur jumelle de ses ardeurs guerrières. Les Gaulois venaient de comprendre, grâce à Bérurix, que se rendre est une façon de combattre.
Pendant qu'on se faisait beau pour aller se soumettre, Bérurix regagna sa tente. Il était trop fatigué pour aller jeter ses armes au pied de Jules. Il sentait confusément que l'ingrate Histoire oublierait et son nom et le rôle déterminant qu'il venait de jouer. Il savait que Vercingétorix aurait droit plus tard à sa statue et à son nom dans les manuels comme tous les généraux. Mais Bérurix n'en ressentit aucune amertume. Lui, il allait faire l'amour et essayer de mourir le plus tard possible.
C'était un programme simple mais qu'il entendait réaliser.
— A quoi penses-tu ? lui demanda Larirette un peu plus tard, lorsqu'il l'eut comblée de ses bienfaits.
Bérurix lui sourit.
— Je gambergeais, ma gosse. J'étais en train de me dire qu'il vaut mieux avoir des pantoufles qu'une légende. C'est plus confortable.
Et comme il la voyait en train d'effilocher de la barbe de maïs, il ajouta :
— Plus la peine de te cloquer des postiches, fillette ; maintenant je sens qu'on va apprendre les bonnes manières !