Le cas Malaussène (tome 1: Ils m'ont menti)
- Автор: Пеннак Даниэль
- Серия: Le сas Malaussène #1
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Éditions Gallimard
- ISBN: 978-2070142316
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Le cas Malaussène (tome 1: Ils m'ont menti)». Краткое содержание книги:
Tout le monde sauf moi, bien sûr. Moi, pour ne pas changer, je morfle.
Et j’ai aussitôt regretté ma question ; la poser, c’était donner à ce type l’impression que je voulais entrer dans ses bonnes grâces. Mais il n’a pas répondu. Il a dit, sur un ton administratif, comme si j’étais venu renouveler mon passeport :
— Si je vous ai bien lu, vous avez une famille.
J’ai répondu sur le même ton :
— Si vous m’avez bien lu, pourquoi me poser la question ?
— Ce n’était pas une question, monsieur. À la sortie de votre roman votre famille va réagir. D’où la nécessité d’une protection : juridique, physique, psychologique, voire affective… C’est ce que je suis censé organiser dans la maison.
Je l’ai regardé attentivement en me demandant, au bord du fou rire, quelle sorte de protection ou de réconfort je pouvais attendre d’un type aussi profondément avachi dans son ennui. Au lieu de le lui dire, je me suis défendu :
— Ils m’ont menti n’est pas un roman contre ma famille ! Au contraire, même, c’est la libération de chacun de ses membres ! C’est la dénonciation des mensonges dans lesquels mes frères, mes sœurs et moi avons grandi.
Là encore, je m’en voulais de lui donner ces explications, j’avais l’impression de me justifier.
Malaussène a levé une main désabusée :
— Monsieur, un roman, c’est ce que chacun en pense. Attendez que votre famille ait lu le vôtre, vous verrez. Quand ce sera fait, changez votre serrure et en cas de menace appelez-moi.
J’allais l’envoyer paître quand quelque chose a bougé sous son bureau. Une odeur aigre m’a saisi à la gorge et j’ai senti un poids humide sur ma cuisse gauche. J’ai renversé ma chaise en me levant. Son chien me regardait, babines dégoulinantes. Il ne remuait pas la queue.
Ensuite, j’ai voulu savoir la vérité, bien sûr. Était-ce oui on non le même Malaussène que celui de mon adolescence ? À mon grand étonnement je n’ai pas eu à mener d’enquête. Loussa de Casamance*, le bras droit d’Isabelle, un Sénégalais hors d’âge, spécialiste, paraît-il, de littérature chinoise, m’a tout raconté dès notre premier café.
— Malaussène ? Benjamin ? Le personnage des romans ? Oui, c’est notre Malaussène, si vous voulez, tout le monde vous le confirmera ici, c’est lui et ce n’est pas lui.
Loussa m’a expliqué que le premier roman, Au bonheur des ogres, avait été écrit sur la base de notes prises par Thérèse, la sœur dactylographe de Malaussène, du temps où Benjamin racontait des histoires à ses plus jeunes frères et sœurs pour les endormir.
— C’est tout simple comme vous voyez. Thérèse recopiait, c’était son entraînement. Clara, une autre sœur de Benjamin, nous a fourgué le résultat, et Isabelle, en bonne éditrice, a attendu de savoir s’il y aurait une suite pour publier ça. Il lui semblait que, dans l’ordre des emmerdements romanesques, ce Malaussène avait de l’avenir. Elle ne s’est pas trompée, comme vous le savez. Pour les romans suivants, les sources ont varié. Il y a eu les récits de ce vieil inspecteur de police, avant qu’il se fasse abattre… L’inspecteur comment, déjà ?… Il s’était déguisé en Vietnamienne pour mener une enquête sur la drogue à Belleville. Ça a donné La Fée Carabine*. Je crois bien que lui-même était à moitié vietnamien. Ah ! bon Dieu, comment s’appelait-il ?
— L’inspecteur Van Thian, dis-je, surpris moi-même de m’en souvenir.
Loussa eut un sourire :
— Comme quoi les souvenirs des lecteurs sont plus fidèles que ceux des témoins.
Je me suis gardé de lui dire ce que je pensais de ce genre de lecture. Il continuait, en historien imperturbable :
— La Petite Marchande de prose (j’y joue moi-même un modeste rôle), Monsieur Malaussène et Aux fruits de la passion ont été écrits à partir des brouillons de Jérémy, le cadet de la famille. Il voulait en faire une saga théâtrale mais Isabelle l’en a dissuadé. Roman, mon garçon, roman ! Un fameux bazar, cette collaboration entre Isabelle et Jérémy. Cheval rétif, Jérémy Malaussène ! Je peux vous dire qu’on a entendu les portes claquer ! Mais bon, c’est Isabelle qui avait raison, ces romans nous ont bien renfloués à l’époque. Un autre café ?
Comme j’ai décliné, il est sorti avec moi et m’a raccompagné jusqu’aux portes du Talion :
— Autres temps autres textes, jeune homme. Aujourd’hui, la littérature, c’est vous.
J’ai dû émettre une moue poliment dubitative parce qu’il a conclu :
— Si si, vous verrez, Isabelle en est convaincue. Elle mise beaucoup sur vous.
Et voilà comment je me retrouve debout, dans une clairière du Vercors, à engueuler ce faux-semblant de Malaussène au lieu de me remettre au travail.
— Vingt-deux millions huit cent sept mille deux cent quatre euros, Malaussène ! Voilà ce qu’exigent les ravisseurs ! Vingt-deux millions huit cent sept mille deux cent quatre euros !
II
JE N’AIME PAS CETTE AFFAIRE LAPIETÀ
« Je n’aime pas le couple médiatique que forment ma sœur Verdun et Georges Lapietà. »