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Au commencement était le verbe… Ensuite vint l'orthographe

Электронная книга - «Au commencement était le verbe… Ensuite vint l'orthographe». Краткое содержание книги:

L'orthographe, ses règles obscures et ses exceptions vous font souffrir ?
Rassurez-vous, c'est voulu !
Comment pourrait-il en être autrement dans un pays à l'histoire si tumultueuse ? Comme la France, notre orthographe a traversé les siècles en empruntant des voies détournées, sans craindre détours et autres pirouettes.
Il fallait un Belge comme Bernard Fripiat pour raconter cette histoire avec un humour et une irrévérence qui déculpabiliseront les pires cancres. En une centaine de pourquoi, il explique l'origine de chaque difficulté et raconte la folle épopée d'une orthographe que le monde entier nous envie…
Biographie de l'auteur
Historien passionné par la langue française, Bernard Fripiat anime depuis vingt ans des stages d orthographe en entreprise. Auteur dramatique, il est également comédien et chroniqueur radio. En 2013 il a publié L'Orthographe : 99 trucs pour en rire et la retenir (éd. Gunten).
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Plus tard, ce nouvel emploi du verbe « avoir » sera aussi utilisé pour les temps passés. Au latin classique cepi urbem qui signifiait « j’ai pris une ville » succède habeo urbem captam, littéralement « j’ai une ville prise ».

Le conditionnel, qui n’existe pas en latin classique, se construira à partir du latin populaire de la même manière, sauf que le verbe « avoir » se conjuguera à l’imparfait. Cantare habebam, littéralement « à chanter j’avais » (« j’avais à chanter »), deviendra « je chanterais ». Voilà pourquoi le conditionnel français part de l’infinitif comme le futur, mais avec la terminaison de l’imparfait.

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Soyons francs : Clovis et Charlemagne sont, eux aussi, responsables de notre orthographe alambiquée !

Du Ve au VIIIe siècle, les Francs s’installent au nord de la Gaule. S’ils n’imposent pas leur langue, ils influenceront notre manière de prononcer la nôtre, qui s’éloigne de plus en plus du latin. Dès cette époque va naître une opposition entre une langue orale qui évolue et une langue écrite qui tente de s’accrocher à la tradition latine. Un peu comme si, de nos jours, les intellectuels écrivaient « cinéma » et le peuple disait « cinoche ».

À la fin du VIIIe siècle, Charlemagne accentue encore cette séparation en essayant de renouer avec un latin classique qui s’était un peu perdu. Il voudrait que ses contemporains usent du même latin que celui de l’époque bénie où Cicéron et Marc Antoine devisaient agréablement à la tribune des Rostres en évitant soigneusement de se servir de leurs mains. Je préviens ceux qui chercheraient à comprendre cette dernière allusion par une recherche sur Google qu’elle est glauque.

En 782, Charlemagne nomme à la tête de l’école du palais Alcuin d’York, qui devient une sorte de ministre de l’Éducation nationale. En 789, Alcuin crée des écoles paroissiales dont un des objectifs est d’améliorer le latin retranscrit dans les livres. Voilà d’où vient cette réputation à laquelle, quelques centaines d’années plus tard, Sheila rendra hommage. Cette dernière plaisanterie est réservée aux plus de cinquante ans.

Pour mieux comprendre, transposons ce phénomène à notre époque ! Notre septième art, qui s’appelle à l’origine « cinématographe », s’écrit « cinéma » et se prononce « cinoche ». François Hollande impose de réécrire « cinématographe », mot que ne comprennent plus tous ceux qui disent « cinoche ».

Durant la messe, les clercs utilisaient les prêches pour transmettre au peuple certains conseils qui ressemblaient souvent à des directives. Quel est l’intérêt de donner des instructions si le peuple ne les comprend pas ? Telle était la question ! Les évêques y répondirent en décidant officiellement au concile de Tours, en 813, que les prêches seraient prononcés in rusticam romanam linguam, littéralement « en langue romaine vulgaire ». En français littéraire : « comme les gens causent ». Ces prêches, les prêtres les lisaient. Donc, ils devaient les écrire ! Ils firent alors une découverte : certains sons ne possédaient aucun équivalent dans l’écriture latine. Voilà nos ecclésiastiques obligés de redoubler d’imagination pour les transcrire.

13. POURQUOI LES FRANCS N’ONT-ILS PAS IMPOSÉ LEUR LANGUE ?

Parce qu’ils venaient de Flandre !

Arrivés chez nous au Ve siècle, les Francs continuent à parler le tudesque. Il n’y a aucune raison qu’ils y renoncent. Mais contrairement aux compagnons de Christophe Colomb qui méprisaient superbement les dialectes indiens, les sujets de Clovis adoptèrent la langue latine. À leurs yeux, elle possédait trois avantages.

Tout d’abord, elle ne leur était pas inconnue. Depuis la fin du IIIe siècle, ils vivaient dans la région de Tongres, près de Bruxelles, aux marches de l’Empire romain. Les descendants de Romulus comptaient sur eux pour barrer la route à d’éventuels envahisseurs. Durant deux cents ans, ils ont multiplié les échanges commerciaux et de bon voisinage. Vision peut-être un peu naïve des choses. Il devait bien y avoir de temps en temps des engueulades, voire peut-être de petits conflits, mais nous n’en avons pas gardé la trace. Qu’ils s’aimassent, se disputassent ou se fissent la gueule, toujours est-il qu’ils communiquaient. De plus, nous savons de source sûre que certains Francs ont servi dans l’armée romaine.

Deuxième avantage du latin, c’est la langue officielle de la religion chrétienne qu’adopta le fin politicien Clovis. Sa conversion était-elle sincère ou purement politique ? Il est toujours difficile de savoir si les opinions d’un homme politique sont authentiques ou guidées par l’opportunisme. Cette évidence du XXIe siècle devait l’être également au Ve ! Quelles que soient ses motivations, Clovis devait dialoguer avec des évêques et supporter leurs sermons. La diplomatie n’a pas que des avantages !

Ces notables parlaient latin. L’ancêtre des rois de France ressemble un peu à un homme politique de notre époque obligé d’étudier l’anglais pour bien comprendre les conseils de ses spin doctors.

Enfin, à l’instar des Gaulois, les Germains du Ve siècle n’écrivaient pas leur langue. Le latin possédait une tradition écrite indispensable à la collecte des impôts. Pour remplir ses coffres, le pouvoir de l’époque est capable de faire bien des concessions. Preuve que les temps ne changent pas tant !

14. POURQUOI LES FRANCS SONT-ILS, EUX AUSSI, RESPONSABLES DE NOTRE ORTHOGRAPHE ?

Parce qu’ils avaient un drôle d’accent !

Il est probable (j’écris « probable » car nous ne possédons pas d’enregistrement des poésies d’Agrippine) que les Romains prononçaient toutes les lettres qu’ils écrivaient. Si nous voulons respecter la chronologie, disons qu’ils écrivaient toutes les lettres qu’ils prononçaient. Lorsqu’il était à l’école, le petit Cicéron n’aurait eu aucune difficulté à faire zéro faute à sa dictée si ses professeurs avaient eu seulement l’idée d’en faire une. Naturellement, les langues où l’on écrit comme on parle sont dépourvues de dictées alors qu’elles permettraient d’augmenter la moyenne sur le bulletin. Ce doit être pour ça !

Déjà à l’époque romaine, nos ancêtres les Gaulois devaient parler latin avec un accent qui faisait sûrement bien rire les habitants de Rome lorsque nos aïeux y faisaient du tourisme. Toutes les capitales du monde présentent un trait commun : elles se moquent de l’accent des provinciaux. À l’exception de Paris, bien entendu !

Sur cet accent gaulois va se greffer l’accent germanique de nos envahisseurs. Ces derniers vont considérablement modifier notre prononciation. Plus tard, lorsque l’idée nous prendra d’écrire notre langue, nous disposerons de lettres parfaitement adaptées aux sons latins, mais pas à ceux que nous émettons. Des sons germains comme le ch, le euh, le ; ou le v n’ont pas d’équivalent en latin. Or, nous devrons les écrire.

Certes, nous aurions pu inventer des lettres. Vous allez rire ! Cette idée n’a jamais traversé l’ombre du cerveau d’un grammairien. Ils préféraient se débrouiller avec les lettres romaines. Pire, lorsque la prononciation d’une lettre évoluera, ils tenteront de la conserver tout en modifiant la prononciation.

15. POURQUOI LES VESPERTILIONES SONT-ELLES DEVENUES DES « SOURIS CHAUVES » ?

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