Les Pardaillan - Livre II - L’épopée D’amour
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre II - L’épopée D’amour». Краткое содержание книги:
La plupart des bâtiments tombaient en ruine dès cette époque.
Il ne restait plus guère de solide que la vieille tour où deux cent vingt ans plus tard, Louis XVI devait être enfermé avant d’être conduit à l’échafaud.
Vers 1802, les murailles de l’enclos achevèrent d’être abattues.
Et en 1811, ce fut la tour elle-même qui fut démolie: de tout ce sombre passé inscrit sur les pierres noires, il ne resta plus que l’ineffaçable souvenir des drames qui s’étaient joués là.
Quant à l’emplacement du vieux Temple, on sait qu’un vaste marché s’y est élevé. Ce marché disparaît ou va disparaître, et bientôt des maisons neuves vont s’élever sur l’enclos des Templiers, dont il ne restera plus que le nom jusqu’à ce qu’un conseil municipal quelconque efface ce nom lui-même.
Ainsi les choses du passé, par successives poussées, entrent dans le néant définitif comme les feuilles de la forêt sont lentement refoulées dans le sol jusqu’à ce qu’elles se désagrègent et deviennent de l’humus.
En 1572, la tour du Temple servait déjà de prison. Et déjà même, François Ier l’avait employée à cet usage.
Mais elle avait aussi une autre destination – et ceci est important pour la suite de notre récit.
Elle servait de coffre-fort; Catherine y avait déposé son trésor particulier, qu’elle fit ensuite transporter au nouvel hôtel de la reine. Mais le trésor royal de la couronne y demeura. Cet exemple fut, par la suite, suivi par quelques rois qui y établirent des cachettes compliquées. Ainsi les oubliettes qui avaient dévoré de malheureux prisonniers devinrent des cavernes pleines d’or et d’argent.
Donc, prison et trésorerie, voilà ce qu’était la tour du Temple à l’époque que nous essayons d’évoquer.
Autour de cette haute bâtisse carrée dont chaque angle se hérissait d’une tourelle terminée par un toit conique, il y avait une atmosphère d’épouvante.
Quant aux prisonniers qu’on y enfermait, c’étaient en général des prisonniers d’État, des gens qui avaient surpris quelque secret, des gentilshommes qui avaient peut-être regardé le roi en face, enfin des êtres dangereux.
Le Temple avait son gouverneur, sa garnison, commandée par un capitaine, sa chambre de torture, ses cellules convenablement aménagées, ses cachots, ses souterrains, ses oubliettes, enfin tout ce qui constituait une bonne prison comme celles de la Bastille, du Châtelet, de Notre-Dame, du Louvre, etc.
Le gouverneur s’appelait Marc de Montluc; c’était le fils de ce Blaise de Montluc qui, en Guyenne, tailla les huguenots avec tant d’ardeur qu’on l’appela le Boucher royaliste, et qui a laissé des Commentaires où il se vante lui-même avec une terrible naïveté des horreurs qu’il accomplit.
Quant à Marc de Montluc, digne fils d’un tel père, il avait la tournure et l’âme d’un geôlier. C’était un homme de trente-cinq ans, cheveux roux en broussaille, encolure de taureau, visage flétri par les vices, regard sanglant – une belle brute qui ne s’apaisait que devant un flacon de vin ou devant une fille.
D’ailleurs, il faut être juste: il ne recherchait pas les vins rares, et pourvu que son gobelet fut plein dès qu’il l’avait vidé, il s’inquiétait peu de la qualité du contenu; quant aux filles, il ne leur demandait ni la grâce ni la beauté, l’impudeur excessive était la vertu qu’il recherchait en elles. Il les prenait n’importe où, et la plupart des ribaudes de la cour des Miracles avaient défilé dans sa chambre où l’orgie avait élu domicile.
Le vieux Blaise de Montluc avait servi sous le connétable de Montmorency, d’abord, puis sous le maréchal de Damville. Et c’était à Damville qu’il avait recommandé son fils. Le maréchal lui avait obtenu cette fonction de gouverneur du Temple en se disant que peut-être un jour il aurait besoin d’une créature dans cette prison, au cas où il y serait enfermé…
Lorsque Damville se fut emparé du vieux Pardaillan, il l’expédia donc tout droit au Temple: il se méfiait de la Bastille dont le gouverneur Guitalens, bien que de ses amis, ne lui semblait pas assez énergique.
Puis il rendit compte de sa capture à la reine Catherine et s’en prévalut naturellement comme d’un grand service.
Le maréchal se réservait de questionner lui-même le vieux routier.
Son plan devait être renversé par Maurevert qui, ayant capturé le chevalier de Pardaillan, fut chargé par Catherine de procéder à l’opération de la question. On a vu que la reine avait l’intention d’assister, cachée, à cette opération.
On a vu, en outre que la reine avait fixé au samedi 23 août, dans la matinée, la torture des deux Pardaillan.
Et cette torture qui devait être la vengeance de Maurevert, elle l’avait présentée au bravo comme la récompense de l’assassinat de Coligny.
Maurevert donnait un cadavre à la reine. La reine lui en donnait deux. C’était royalement payé.
Depuis l’instant où il avait été transporté dans le couvent, le chevalier n’avait pas ouvert les yeux. Il songeait. Le visage immobile, un pli d’ironie au coin des lèvres, il attendait le coup mortel. Car il ne doutait pas que Maurevert ne fût décidé à le tuer.
«Je voudrais bien savoir pour quel compte ce Maurevert m’assassine. Je ne crois pas qu’il ait gardé rancune du coup d’épée à revers dont je le souffletai; il n’en a gardé que la marque. Voyons, qui me fait tuer? La grande Catherine? Peut-être! Pourquoi? Parce que j’ai refusé de lui tuer son fils. Pauvre ami! je crois que nous allons mourir ensemble… Au fait, le duc d’Anjou n’est peut-être pas étranger à ce qui m’arrive là?… Quand je pense que je le traitai de laquais! Hum, c’était dur… À moins que le duc de Guise et M. de Damville… pourquoi? Parce que je sais leur secret?… Que d’ennemis! Il faut avouer qu’il m’était difficile d’échapper à une pareille meute! Qu’ai-je donc à trembler? Eh bien, Loïse épousera le comte de Margency, voilà tout!»
Il fit un violent effort pour briser ses liens en se raidissant, en s’arc-boutant sur la tête et les pieds. Les cordes tinrent bon et il retomba en soufflant fortement.
Et toutes les fois que ce nom de Loïse revînt dans son triste monologue, le même effort le tordit dans un spasme impuissant.
Une dizaine d’hommes entrèrent tout à coup. Pardaillan rouvrit les yeux voulant regarder en face ses assassins. À sa grande surprise, il ne vit pas Maurevert, et ceux qui venaient d’entrer se contentèrent de le soulever et de l’emporter jusqu’à une voiture où il fut jeté tout ligoté. Au bout de vingt minutes, il comprit que la voiture passait sur un pont-levis. Puis il entendit le bruit grinçant d’une porte qu’on referme. Puis on le tira de sa prison roulante, et il reconnut qu’il était dans la cour du Temple. Il vit Maurevert qui causait avec un homme de haute taille, fort comme un hercule. Derrière cet homme, vingt gardes étaient alignés. Près de lui, deux geôliers portaient des flambeaux, car il faisait nuit.
– Monsieur de Montluc, disait Maurevert, vous êtes responsable de ces deux hommes jusqu’à samedi.
«Deux hommes? se demanda le chevalier. Pourquoi jusqu’à samedi?… Deux hommes! Ah! oui, Marillac…»
– C’est bon, monsieur de Maurevert, dit le gouverneur en riant; j’en aurai tellement soin qu’ils ne voudront jamais me quitter. J’en réponds donc jusqu’à samedi. Et alors, samedi?…
– Lisez ceci, dit Maurevert en tendant à Montluc un papier.