Bel-Ami
- Автор: Де Мопассан Ги
- Серия: L’œuvre de Guy de Maupassant #3
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Bel-Ami». Краткое содержание книги:
Le roman retrace l’ascension sociale de Georges Duroy (ou Georges Du Roy de Cantel), homme ambitieux et séducteur sans scrupules (arriviste et opportuniste), employé au bureau des chemins de fer du Nord, parvenu au sommet de la pyramide sociale parisienne grâce à ses maîtresses et à la collusion entre la finance, la presse et la politique. Sur fond de politique coloniale, Maupassant décrit les liens étroits entre le capitalisme, la politique, la presse mais aussi l’influence des femmes, privées de vie politique depuis le code Napoléon et qui œuvrent dans l’ombre pour éduquer et conseiller. Satire d'une société d'argent minée par les scandales politiques de la fin du xixe siècle, l’œuvre se présente comme une petite monographie de la presse parisienne dans la mesure où Maupassant fait implicitement part de son expérience de reporter. Ainsi, l’ascension de Georges Duroy peut être comparée à la propre ascension de Maupassant1. En effet, Bel-Ami est la description parfaite de l'inverse de Guy de Maupassant, Georges Duroy devenant une sorte de contraire de l'auteur, dont Maupassant se moquera tout au long du roman.
Bel-Ami est l'une des œuvres romanesques qui a le plus séduit scénaristes et réalisateurs internationaux.
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Il répondit incrédule :
« Allons donc !
— Mais oui, je te l’affirme, elle m’a parlé de toi avec un enthousiasme fou. C’est si singulier de sa part ! Elle voudrait trouver deux maris comme toi pour ses filles !… Heureusement qu’avec elle ces choses-là sont sans importance. »
Il ne comprenait pas ce qu’elle voulait dire :
« Comment, sans importance ? »
Elle répondit, avec une conviction de femme sûre de son jugement :
« Oh ! Mme Walter est une de celles dont on n’a jamais rien murmuré, mais tu sais, là, jamais, jamais. Elle est inattaquable sous tous les rapports. Son mari, tu le connais comme moi. Mais elle, c’est autre chose. Elle a d’ailleurs assez souffert d’avoir épousé un juif, mais elle lui est restée fidèle. C’est une honnête femme. »
Du Roy fut surpris :
« Je la croyais juive aussi.
— Elle ? Pas du tout. Elle est dame patronnesse de toutes les bonnes œuvres de la Madeleine. Elle est même mariée religieusement. Je ne sais plus s’il y a eu un simulacre de baptême du patron, ou bien si l’Église a fermé les yeux. »
Georges murmura :
Ah !… alors… elle… me gobe ?
— Positivement, et complètement. Si tu n’étais pas engagé, je te conseillerais de demander la main de… de Suzanne, n’est-ce pas, plutôt que celle de Rose ? »
Il répondit, en frisant sa moustache :
« Eh ! La mère n’est pas encore piquée des vers. »
Mais Madeleine s’impatienta :
« Tu sais, mon petit, la mère, je te la souhaite. Mais je n’ai pas peur. Ce n’est point à son âge qu’on commet sa première faute. Il faut s’y prendre plus tôt. »
Georges songeait : « Si c’était vrai, pourtant, que j’eusse pu épouser Suzanne ?…. »
Puis il haussa les épaules : « Bah !… c’est fou !… Est-ce que le père m’aurait jamais accepté ? »
Il se promit toutefois d’observer désormais avec plus de soin les manières de Mme Walter à son égard, sans se demander d’ailleurs s’il en pourrait jamais tirer quelque avantage.
Tout le soir, il fut hanté par des souvenirs de son amour avec Clotilde, des souvenirs tendres et sensuels en même temps. Il se rappelait ses drôleries, ses gentillesses, leurs escapades. Il se répétait à lui-même : « Elle est vraiment bien gentille. Oui, j’irai la voir demain. »
Dès qu’il eut déjeuné, le lendemain, il se rendit en effet rue de Verneuil. La même bonne lui ouvrit la porte, et, familièrement à la façon des domestiques de petits bourgeois, elle demanda :
« Ça va bien, Monsieur ? »
Il répondit :
« Mais oui, mon enfant. »
Et il entra dans le salon, où une main maladroite faisait des gammes sur le piano. C’était Laurine. Il crut qu’elle allait lui sauter au cou. Elle se leva gravement, salua avec cérémonie, ainsi qu’aurait fait une grande personne, et se retira d’une façon digne.
Elle avait une telle allure de femme outragée, qu’il demeura surpris. Sa mère entra. Il lui prit et lui baisa les mains.
« Combien j’ai pensé à vous, dit-il.
— Et moi », dit-elle.
Ils s’assirent. Ils se souriaient, les yeux dans les yeux avec une envie de s’embrasser sur les lèvres.
« Ma chère petite Clo, je vous aime.
— Et moi aussi.
— Alors… alors… tu ne m’en as pas trop voulu ?
— Oui et non… Ça m’a fait de la peine, et puis j’ai compris ta raison, et je me suis dit : « Bah ! Il me reviendra un jour ou l’autre. »
— Je n’osais pas revenir ; je me demandais comment je serais reçu. Je n’osais pas, mais j’en avais rudement envie. À propos, dis-moi donc ce qu’a Laurine. Elle m’a à peine dit bonjour et elle est partie d’un air furieux.
— Je ne sais pas. Mais on ne peut plus lui parler de toi depuis ton mariage. Je crois vraiment qu’elle est jalouse.
— Allons donc !
— Mais oui, mon cher. Elle ne t’appelle plus Bel-Ami, elle te nomme M. Forestier. »
Du Roy rougit, puis, s’approchant de la jeune femme :
« Donne ta bouche. »
Elle la donna.
« Où pourrons-nous nous revoir ? dit-il.
— Mais… rue de Constantinople.
— Ah !… L’appartement n’est donc pas loué ?
— Non, je l’ai gardé !
— Tu l’as gardé ?
— Oui, j’ai pensé que tu y reviendrais. »
Une bouffée de joie orgueilleuse lui gonfla la poitrine. Elle l’aimait donc, celle-là, d’un amour vrai, constant, profond.
Il murmura : « Je t’adore. » Puis il demanda : « Ton mari va bien ?
— Oui, très bien. Il vient de passer un mois ici ; il est parti d’avant-hier. »
Du Roy ne put s’empêcher de rire :
« Comme ça tombe ! »
Elle répondit naïvement :
« Oh ! Oui, ça tombe bien. »
« Mais il n’est pas gênant quand il est ici, tout de même. Tu le sais !
— Ça c’est vrai. C’est d’ailleurs un charmant homme.
— Et toi, dit-elle, comment prends-tu ta nouvelle vie ?
— Ni bien ni mal. Ma femme est une camarade, une associée.
— Rien de plus ?
— Rien de plus… Quant au cœur…
— Je comprends bien. Elle est gentille, pourtant.
— Oui, mais elle ne me trouble pas. »
Il se rapprocha de Clotilde, et murmura :
« Quand nous reverrons-nous ?
— Mais… demain… si tu veux ?
— Oui. Demain, deux heures ?
— Deux heures. »
Il se leva pour partir, puis il balbutia, un peu gêné :
« Tu sais, j’entends reprendre, seul, l’appartement de la rue de Constantinople. Je le veux. Il ne manquerait plus qu’il fût payé par toi. »
Ce fut elle qui baisa ses mains avec un mouvement d’adoration, en murmurant :
« Tu feras comme tu voudras. Il me suffit de l’avoir gardé pour nous y revoir. »
Et Du Roy s’en alla, l’âme pleine de satisfaction.
Comme il passait devant la vitrine d’un photographe, le portrait d’une grande femme aux larges yeux lui rappela Mme Walter : « C’est égal, se dit-il, elle ne doit pas être mal encore. Comment se fait-il que je ne l’aie jamais remarquée. J’ai envie de voir quelle tête elle me fera jeudi. »
Il se frottait les mains, tout en marchant avec une joie intime, la joie du succès sous toutes ses formes, la joie égoïste de l’homme adroit qui réussit, la joie subtile, faite de vanité flattée et de sensualité contente, que donne la tendresse des femmes.
Le jeudi venu, il dit à Madeleine :
Tu ne viens pas à cet assaut chez Rival ?
— Oh ! Non. Cela ne m’amuse guère, moi ; j’irai à la Chambre des députés.
Et il alla chercher Mme Walter, en landau découvert, car il faisait un admirable temps.
Il eut une surprise en la voyant, tant il la trouva belle et jeune.
Elle était en toilette claire dont le corsage un peu fendu laissait deviner, sous une dentelle blonde, le soulèvement gras des seins. Jamais elle ne lui avait paru si fraîche. Il la jugea vraiment désirable. Elle avait son air calme et comme il faut, une certaine allure de maman tranquille qui la faisait passer presque inaperçue aux yeux galants des hommes. Elle ne parlait guère d’ailleurs que pour dire des choses connues, convenues et modérées, ses idées étant sages, méthodiques, bien ordonnées, à l’abri de tous les excès.