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Электронная книга - «Souvenirs De La Maison Des Morts». Краткое содержание книги:

La maison des morts, c'est le bagne de Sibérie où Dostoïevsky a purgé comme condamné politique une peine de quatre années de travaux forcés et de six ans de «service militaire». Il faut noter l'actualité des réflexions sur le pouvoir et la violence dont Dostoïevski a parsemé ces Souvenirs. Comment ne pas penser également aux bagnes qui ont marqué ensuite la Russie, à Staline, au Goulag.
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Notre médecin s’arrêtait ordinairement devant le lit de chaque malade, l’interrogeait sérieusement et attentivement, puis prescrivait les remèdes, les potions. Il remarquait quelquefois que le prétendu malade ne l’était pas du tout; ce détenu était venu se reposer des travaux forcés et dormir sur un matelas dans une chambre chauffée, préférable à des planches nues dans un corps de garde humide, où sont entassés et parqués une masse de prévenus pâles et abattus. (En Russie, les malheureux détenus en prison préventive sont presque toujours pâles et abattus, ce qui démontre que leur entretien matériel et leur état moral sont encore plus pitoyables que ceux des condamnés.) Aussi notre médecin inscrivait le faux malade sur son carnet comme affecté d’une «febris catharalis» et lui permettait quelquefois de rester une semaine à l’hôpital. Tout le monde se moquait de cette «febris catharalis», car on savait bien que c’était la formule admise par une conspiration tacite entre le docteur et le malade pour indiquer une maladie feinte, les «coliques de rechange», comme les appelaient les détenus, qui traduisaient ainsi «febris catharalis»; souvent même, le malade imaginaire abusait de la compassion du docteur pour rester à l’hôpital jusqu’à ce qu’on le renvoyât de force. C’était alors qu’il fallait voir notre médecin. Confus de l’entêtement du forçat, il ne se décidait pas à lui dire nettement qu’il était guéri et à lui conseiller de demander son billet de sortie, bien qu’il eût le droit de le renvoyer sans la moindre explication, en écrivant sur sa feuille: «Sanat est »: il lui insinuait tout d’abord qu’il était temps de quitter la salle, et le priait avec instances: «Tu devrais filer, dis donc, tu es guéri maintenant; les places manquent; on est à l’étroit, etc.», jusqu’à ce que le soi-disant malade se piquât d’amour-propre et demandât enfin à sortir. Le docteur chef, bien que très-compatissant et honnête (les malades l’aimaient aussi beaucoup), était incomparablement plus sévère et plus résolu que notre médecin ordinaire; dans certains cas, il montrait une sévérité impitoyable qui lui attirait le respect des forçats. Il arrivait toujours dans notre salle, accompagné de tous les médecins de l’hôpital, quand son subordonné avait fait sa tournée, et diagnostiquait sur chaque cas en particulier; il s’arrêtait plus longtemps auprès de ceux qui étaient gravement atteints et savait leur dire un mot encourageant, qui les remontait et laissait toujours la meilleure impression. Il ne renvoyait jamais les forçats qui arrivaient avec des coliques de rechange, mais, si l’un d’eux s’obstinait à rester à l’hôpital, il l’inscrivait bon pour la sortie: «- Allons, camarade, tu t’es reposé, va-t’en maintenant, il ne faut abuser de rien.» Ceux qui s’entêtaient à rester étaient surtout les forçats excédés de la corvée, pendant les grosses chaleurs de l’été, ou bien des condamnés qui devaient être fouettés. Je me souviens que l’on fut obligé d’employer une sévérité particulière, de la cruauté même pour expulser l’un d’eux. Il était venu se faire soigner d’une maladie des yeux qu’il avait tout rouges: il se plaignait de ressentir une douleur lancinante aux paupières. On le traita de différentes manières, on employa des vésicatoires, des sangsues, on lui injecta les yeux d’une solution corrosive, etc., etc., mais rien n’y fit, le mal ne diminuait pas, et l’organe malade était toujours dans le même état. Les docteurs devinèrent enfin que cette maladie était feinte, car l’inflammation n’empirait ni ne guérissait: le cas était suspect. Depuis longtemps les détenus savaient que ce n’était qu’une comédie et qu’il trompait les docteurs, bien qu’il ne voulût pas l’avouer. C’était un jeune gaillard, assez bien de sa personne, mais qui produisait une impression désagréable sur tous ses camarades: il était dissimulé, soupçonneux, sombre, regardait toujours en dessous, ne parlait avec personne et restait à l’écart comme s’il se fût défié de nous. Je me rappelle que plusieurs craignaient qu’il ne fît un mauvais coup: étant soldat, il avait commis un vol de conséquence; on l’avait arrêté et condamné à recevoir mille coups de baguettes, puis à passer dans une compagnie de discipline. Pour reculer le moment de la punition, les condamnés se décident quelquefois, comme je l’ai dit plus haut, à d’effroyables coups de tête; la veille du jour fatal, ils plantent un couteau dans le ventre d’un chef ou d’un camarade, pour qu’on les remette en jugement, ce qui retarde leur châtiment d’un mois ou deux: leur but est atteint. Peu leur importe que leur condamnation soit doublée ou triplée au bout de ces trois mois; ce qu’ils désirent, c’est reculer temporairement la terrible minute, quoi qu’il puisse leur en coûter, tant le cœur leur manque pour l’affronter.

Plusieurs malades étaient d’avis de surveiller le nouveau venu, parce qu’il pouvait fort bien, de désespoir, assassiner quelqu’un pendant la nuit. On s’en tint aux paroles cependant, personne ne prit aucune précaution, pas même ceux qui dormaient à côté de lui. On avait pourtant remarqué qu’il se frottait les yeux avec du plâtre de la muraille et quelque chose d’autre encore, afin qu’ils parussent rouges au moment de la visite. Enfin le docteur chef menaça d’employer des orties pour le guérir. Quand une maladie d’yeux résiste à tous les moyens scientifiques, les médecins se décident à essayer un remède héroïque et douloureux: on applique les orties au malade, ni plus ni moins qu’à un cheval. Mais le pauvre diable ne voulait décidément pas guérir. Il était d’un caractère ou trop opiniâtre ou trop lâche; si douloureuses que soient les orties, on ne peut pas les comparer aux verges. L’opération consiste à empoigner le malade près de la nuque, par la peau du cou, à la tirer en arrière autant que possible, et à y pratiquer une double incision large et longue, dans laquelle on passe une chevillière de coton, de la largeur du doigt; chaque jour, à heure fixe, on tire ce ruban en avant et en arrière, comme si l’on fendait de nouveau la peau, afin que la blessure suppure continuellement et ne se cicatrise pas. Le pauvre diable endura cette torture, qui lui causait des souffrances horribles, pendant plusieurs jours; enfin il consentit à demander sa sortie. En moins d’un jour ses yeux devinrent parfaitement sains, et dès que son cou se fut cicatrisé, on l’envoya au corps de garde, qu’il quitta le lendemain pour recevoir ses mille coups de baguettes.

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