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Les Larmes De Marie-Antoinette [fr]

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Les Larmes De Marie-Antoinette [fr]
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— Oui, mais l’histoire devient passionnante ! On s’assure qu’il n’y a plus rien dans la cache et on va la rendre inutilisable…

Tout en parlant, Berthier se dirigeait vers la cuisine au fond de laquelle il avait remarqué une resserre où l’on conservait aussi bien des bocaux de conserves aux contenus variés et des confitures que des outils de première urgence dans une maison comme un marteau, un tournevis, des tenailles et des clous de diverses tailles. Il choisit les plus longs, un marteau et revint au salon où Ledru à quatre pattes achevait d’explorer le mur. Il n’y avait vraiment plus rien. Le morceau de plinthe fut remis en place et cette fois, le journaliste le fixa par une dizaine de longues pointes qui rendaient l’ouverture impossible mais révélerait que quelqu’un d’autre l’avait découverte. Cela fait, les deux hommes s’installèrent le plus confortablement possible pour finir la nuit. Elle s’acheva sans ramener le visiteur inconnu et sans que l’esprit frappeur du lieu se fût manifesté.

— On fait quoi maintenant ? émit Ledru avec un plaisir visible.

— Du café ! Puis je vais faire un saut au Trianon Palace voir si Morosini est revenu. S’il n’y est pas, je verrai Vidal-Pellicorne. Quelque chose me dit que l’affaire de la voiture semblable à la sienne devrait l’intéresser.

Le terme était faible : elle le fit bondir et se précipiter dans l’escalier en pantoufles et robe de chambre sans se donner seulement le temps d’attendre l’ascenseur. De là au garage de l’hôtel où il fondit de tendresse en constatant que la chère petite était présente, sagement rangée entre une Rolls et une Daimler qui semblaient l’entourer de leur puissance protectrice.

Naturellement, il l’examina sur toutes les coutures pour arriver à la conclusion que rien, absolument rien n’indiquait une quelconque escapade nocturne : le kilométrage non plus n’avait pas bougé… Rassuré sur ce point, Adalbert remonta dans sa chambre, commandant au passage un copieux petit déjeuner pour lui-même et le journaliste et il prit enfin connaissance du texte rapporté par Berthier.

Il possédait une trop grande habitude des vieux papiers pour ne pas situer celui-là dans le temps :

— Une bonne centaine d’années à tous les coups ! Je dirais même l’Empire, ajouta-t-il en froissant légèrement la feuille entre le pouce et l’index. Quant à la suscription, il est certain que sortie de son contexte il est difficile de voir à quoi cela correspond…

— C’est pourtant assez clair : il est question d’une cassette contenant on ne sait quoi, subtilisée par un certain Léonard Autié qui a dû être un ancêtre de Mlle Caroline…

— Vous avez sûrement raison…

Sans cesser de répondre au journaliste, Adalbert réfléchissait à toute vitesse. Une idée lui venait mais c’était avec Aldo qu’il entendait en parler. Pour l’instant il fallait aviser :

— Vous me le laissez ? fit-il en agitant le papier au bout de ses doigts. J’en parlerai à Morosini dès qu’il sera là. Et, au sujet de votre visiteur de cette nuit, le mieux est d’en toucher un mot au commissaire afin qu’il fasse surveiller la maison. Si l’individu revient il sera pris et obligé de donner des explications…

— Oui, mais c’est notre histoire à Ledru et à moi. On aimerait la garder pour nous ! Quant à la police elle poserait trop de questions gênantes.

— Faites à votre guise ! N’importe comment, Morosini saura vous en remercier…

— Je ne suis inquiet pour ça ! Merci pour le déjeuner !…

Resté seul, Adalbert relut plus attentivement l’étrange feuillet. Il sentait qu’il tenait dans ses mains un point capital et il cherchait comment l’utiliser. Après deux ou trois tours dans sa chambre, il appela Marie-Angéline sur le téléphone intérieur et il lui demanda si elle connaissait l’adresse du professeur Ponant-Saint-Germain.

— Vous voulez que je vous y emmène ? proposa-t-elle aussitôt.

— Non. Nous nous sommes déjà rencontrés. Il s’agit d’une visite… professionnelle.

La note allègre qui résonnait dans la voix de la vieille fille s’éteignit. Elle était déçue mais trop bien élevée pour en convenir. Elle se contenta d’un « ah ! »… suivi du renseignement demandé : il habitait place Hoche au rez-de-chaussée d’une maison située au coin de la rue Carnot.

— Ne faites pas cette tête, Marie-Angéline, la rassura Adalbert. Je vous dirai de quoi il retourne en même temps qu’à Aldo quand il rentrera !

— Oh, mais je ne fais pas la tête ! Quelle idée !

« Ben voyons ! » pensa Adalbert en raccrochant avant de procéder en hâte à sa toilette puis de se ruer hors de l’hôtel pour rejoindre au pas de charge la jolie place octogonale au centre de laquelle régnaient un jardin et une grande statue en bronze de Hoche.

Après avoir sonné à une porte de chêne qui aurait eu grand besoin d’un coup de vernis, Adalbert dut parlementer un certain temps avant que ladite porte s’ouvre sur un couloir obscur et une silhouette indécise qui aurait pu appartenir autant au père Goriot qu’à l’usurier Gobseck.

— Ah, c’est vous ? marmotta l’homme. Eh bien, entrez puisque vous y tenez tellement !

Et il tourna le dos à son visiteur après avoir tout refermé soigneusement – y compris une chaîne épaisse dont le bruit avait déjà frappé les oreilles de celui-ci, qui à mesure que l’on marchait vers la lumière du jour éclairant une pièce à main droite –, put constater que son hôte était en négligé du matin : pantalon gris informe et tricot gris fatigué surmontés, en dépit de la douceur de cette matinée, d’un châle à franges noir comme en portaient les chaisières d’église. Une paire de savates qui avaient été dans un temps indéterminé des charentaises à carreaux complétaient l’ensemble. Le tout dégageant une exquise odeur de tabac froid…

— Croyez que je suis désolé de m’imposer de la sorte, professeur, plaida Adalbert, mais vous savez comme nous sommes, nous autres hommes de science. Quand un problème, même mineur en apparence, se présente à nous, il n’y a plus de cesse de le résoudre. Et c’est mon cas.

Durant ce petit discours, on l’introduisit dans le cabinet de travail du maître : un incroyable capharnaüm aux rayonnages tellement débordants de livres qu’ils s’entassaient un peu partout, en colonnes plus ou moins stables autour d’un bureau plat surchargé de paperasses et d’une tisanière où fumait un liquide au parfum indiscernable. Il y avait aussi un vaste fauteuil Voltaire en tapisserie dans lequel Ponant prit place, et une chaise grêle qu’il désigna d’une main lasse :

— De quoi s’agit-il ? Veuillez faire court : vous m’interrompez dans une étude des plus absorbantes…

— Soyez persuadé que j’en suis vraiment désolé mais il y a un point d’histoire qu’il me faut éclaircir et pour lequel vous me semblez incontournable étant donné votre vaste connaissance sur la reine Marie-Antoinette… et en particulier de son coiffeur…

Ponant-Saint-Germain se mit à renifler si bruyamment que son visiteur crut qu’il allait cracher. Ce qu’il fit d’ailleurs :

— Ce redoutable imbécile de Léonard ? Et c’est pour ça que vous me dérangez ?

— Ah ! C’est ainsi que vous le voyez ? fit Adalbert. Moi qui m’attendais à vous entendre chanter sa fidélité, son dévouement…

— Son dévouement ? À ce voleur ?

— Ce voleur, à présent ?

— Et pire encore !

— Voyons, voyons ! Nous parlons bien de la même personne ? Ce brave artiste capillaire en qui Marie-Antoinette avait si grande confiance qu’elle lui a remis ses bijoux en le priant de les porter à l’archiduchesse Marie-Christine, sa sœur, alors gouvernante des Pays-Bas ?

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