Justine Ou Les Malheurs De La Vertu
- Автор: Де Сад Донасьен Альфонс Франсуа
- Язык: французский
- Жанр: Романы для взрослых
Электронная книга - «Justine Ou Les Malheurs De La Vertu». Краткое содержание книги:
– Que faites-vous là, Thérèse? me dit-il.
– Oh! monsieur, punissez-moi, répondis-je, je suis coupable, et n'ai rien à répondre.
Malheureusement j'avais dans mon effroi oublié de déchirer la lettre de la comtesse: il la soupçonne, il me la demande, je veux nier; mais Gernande, voyant cette fatale lettre dépasser le mouchoir de mon sein, la saisit, la dévore, et m'ordonne de le suivre.
Nous rentrons dans le château par un escalier dérobé donnant sous les voûtes; le plus grand silence y régnait encore; après quelques détours, le comte ouvre un cachot et m'y jette.
– Fille imprudente, me dit-il alors, je vous avais prévenue que le crime que vous venez de commettre se punissait ici de mort: préparez-vous donc à subir le châtiment qu'il vous a plu d'encourir. En sortant de table, demain, je viendrai vous expédier.
Je me précipite de nouveau à ses genoux, mais me saisissant par les cheveux, il me traîne à terre, me fait faire ainsi deux ou trois fois le tour de ma prison, et finit par me précipiter contre les murs de manière à m'y écraser.
– Tu mériterais que je t'ouvrisse à l'instant les quatre veines, dit-il en fermant la porte, et si je retarde ton supplice, sois bien sûre que ce n'est que pour le rendre plus horrible.
Il est dehors, et moi dans la plus violente agitation: je ne vous peins point la nuit que je passai; les tourments de l'imagination joints aux maux physiques que les premières cruautés de ce monstre venaient de me faire éprouver, la rendirent une des plus affreuses de ma vie. On ne se figure point les angoisses d'un malheureux qui attend son supplice à toute heure, à qui l'espoir est enlevé, et qui ne sait pas si la minute où il respire ne sera pas la dernière de ses jours. Incertain de son supplice, il se le représente sous mille formes plus horribles les unes que les autres; le moindre bruit qu'il entend lui paraît être celui de ses bourreaux; son sang s'arrête, son cœur s'éteint, et le glaive qui va terminer ses jours est moins cruel que ces funestes instants où la mort le menace.
Il est vraisemblable que le comte commença par se venger de sa femme; l'événement qui me sauva va vous en convaincre comme moi: il y avait trente-six heures que j'étais dans la crise que je viens de vous peindre sans qu'on m'eût apporté aucun secours, lorsque ma porte s'ouvrit et que le comte parut; il était seul, la fureur étincelait dans ses yeux.
– Vous devez bien vous douter, me dit-il, du genre de mort que vous allez subir: il faut que ce sang pervers s'écoule en détail; vous serez saignée trois fois par jour, je veux voir combien de temps vous pourrez vivre de cette façon. C'est une expérience que je brûlais de faire, vous le savez, je vous remercie de m'en fournir les moyens.
Et le monstre, sans s'occuper pour lors d'autres passions que de sa vengeance, me fait tendre un bras, me pique, et bande la plaie après deux palettes de sang. Il avait à peine fini, que des cris se font entendre.
– Monsieur!… monsieur! lui dit en accourant une des vieilles qui nous servaient… venez au plus vite, Madame se meurt, elle veut vous parler avant de rendre l'âme.
Et la vieille revole auprès de sa maîtresse.
Quelque accoutumé que l'on soit au crime, il est rare que la nouvelle de son accomplissement n'effraye celui qui vient de le commettre. Cette terreur venge la vertu: tel est l'instant où ses droits se reprennent. Gernande sort égaré, il oublie de fermer les portes. Je profite de la circonstance, quelque affaiblie que je sois par une diète de plus de quarante heures et par une saignée: je m'élance hors de mon cachot, tout est ouvert, je traverse les cours, et me voilà dans la forêt sans qu'on m'ait aperçue. «Marchons, me dis-je, marchons avec courage; si le fort méprise le faible, il est un Dieu puissant qui protège celui-ci et qui ne l'abandonne jamais.» Pleine de ces idées, j'avance avec ardeur, et avant que la nuit ne soit close, je me trouve dans une chaumière à quatre lieues du château. Il m'était resté quelque argent, je me fis soigner de mon mieux: quelques heures me rétablirent. Je partis dès le point du jour, et m'étant fait montrer la route, renonçant à tous projets de plaintes, soit anciennes, soit nouvelles, je me fis diriger vers Lyon où j'arrivai le huitième jour, bien faible, bien souffrante, mais heureusement sans être poursuivie. Là je ne songeai qu'à me rétablir avant de gagner Grenoble, où j'avais toujours dans l'idée que le bonheur m'attendait.
Un jour que je jetais par hasard les yeux sur une gazette étrangère, quelle fut ma surprise d'y reconnaître encore le crime couronné, et d'y voir au pinacle un des principaux auteurs de mes maux! Rodin, ce chirurgien de Saint-Marcel, cet infâme qui m'avait si cruellement punie d'avoir voulu lui épargner le meurtre de sa fille, venait, disait ce journal, d'être nommé premier chirurgien de l'Impératrice de Russie, avec des appointements considérables. «Qu'il soit fortuné, le scélérat, me dis-je, qu'il le soit, dès que la providence le veut! et toi, souffre, malheureuse créature, souffre sans te plaindre, puisqu'il est dit que les tribulations et les peines doivent être l'affreux partage de la vertu; n'importe, je ne m'en dégoûterai jamais.»
Je n'étais point au bout de ces exemples frappants du triomphe des vices, exemples si décourageants pour la vertu, et la prospérité du personnage que j'allais retrouver devait me dépiter et me surprendre plus qu'aucune autre, sans doute, puisque c'était celle d'un des hommes dont j'avais reçu les plus sanglants outrages. Je ne m'occupais que de mon départ, lorsque je reçus un soir un billet qui me fut rendu par un laquais vêtu de gris, absolument inconnu de moi; en me le remettant, il me dit qu'il était chargé de la part de son maître d'obtenir sans faute une réponse de moi. Tels étaient les mots de ce billet:
Un homme qui a quelques torts avec vous, qui croit vous avoir reconnue dans la place de Bellecour, brûle de vous voir et de réparer sa conduite: hâtez-vous de le venir trouver; il a des choses à vous apprendre, qui peut-être l'acquitteront de tout ce qu'il vous doit.