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Orchéron

Электронная книга - «Orchéron». Краткое содержание книги:

Des siècles se sont écoulés depuis que les cinq cents survivants de l'Estérion se sont posés sur le nouveau monde.
Un ensemble de communautés sont nées sur le continent du Triangle, autour de grands domaines agricoles matriarcaux gérés par les mathelles : les chasseurs lakchas qui traquent les troupeaux de yonks ; les djemales, disciples de Qval Djema, à la recherche de l' « éternel présent » ; les ventresecs, nomades des plaines jaunes. Fragile équilibre que celui de cette colonie entre tradition et ignorance.
Les umbres, mystérieux et terribles prédateurs volants, font peser une menace permanente sur sa survie. Des hommes masqués, les protecteurs des sentiers, ont entrepris d'instaurer la terreur au nom d'un dieu oublié de l'arche des origines ; ils ont juré d'éteindre les « lignées maudites ».
Orchéron, fils adoptif d'une mathelle, devenu leur proie désignée, se lance dans une fuite éperdue au bout de laquelle le rejoindront Alma, la jeune djemale boiteuse, et Ankrel l'apprenti chasseur.
Orchéron fait suite au roman Abzalon.
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J’ai marché et pleuré jusqu’à l’aube, l’âme déchirée, les épaules meurtries par le poids du sac et des gourdes. J’ai erré jusqu’au zénith de Jael dans les plaines en suivant la direction du nord-est, du moins c’est ce que semblait indiquer la position de l’astre du jour. Epuisée, je me suis assise dans les herbes, j’ai bu une gorgée d’eau et mangé un petit pain de manne parfumé à l’eau d’onis. C’est alors qu’ils m’ont entourée, un groupe de ventresecs qui m’ont demandé si je m’étais perdue. Je ne les ai pas perçus comme ces êtres fourbes, sales, méprisables dont parlent les permanents des mathelles, je les ai accueillis comme des envoyés de la divine Ellula et je leur ai raconté mon histoire, toute mon histoire, sans omettre de préciser que le père de mon enfant était également mon frère de sang. Ils ne m’ont pas paru choqués, du moins pas en apparence, ils m’ont simplement dit qu’eux-mêmes veillaient à éviter les naissances consanguines pour ne pas affaiblir leurs lignées. Mais, puisque l’enfant était là, puisque moi, sa mère, n’avais pas assez de ressources pour mener à bien ma grossesse, ils acceptaient de me conduire dans un endroit où je ne manquerais ni de vivres ni d’eau.

Ils m’ont guidée à travers la plaine pendant cinq jours. Ils étaient plus de cinquante, hommes, femmes et enfants, un rassemblement de trois clans qui se sépareraient après avoir accompli les rites de fécondité et de partage. Les hommes se relayaient pour porter mon sac et mes gourdes, les femmes pour me soutenir ou m’encourager quand la fatigue m’entraînait à ralentir le pas. Les errants sont capables de marcher à vive allure toute la journée sans trahir la moindre lassitude. Ils vont pour la plupart sans chaussures, partiellement ou entièrement nus pour certains, dorment dans des abris légers de peau et de bois qu’ils montent et démontent en un temps très bref, mangent des fruits que je n’avais jamais vus auparavant ou découvrent, à l’endroit où ils établissent leur campement, un yonk mort qui semble être venu s’échouer là dans le seul but de leur servir de repas. Ils n’ont pas peur des umbres, qu’ils appellent négentes, leur vouent même un culte aussi fervent que celui qu’ils accordent aux anciennes ventresecs kroptes de l’Estérion (je ne suis pas sûre d’ailleurs qu’ils connaissent les origines kroptes des ventresecs).

Je me sentais tellement bien en leur compagnie que j’ai presque regretté qu’ils me conduisent, un soir, devant un trou de la largeur d’un homme, à demi dissimulé par les herbes. Ils m’ont remis mes affaires et m’ont invitée à m’y glisser en m’assurant qu’il y avait plus bas un refuge où je trouverais largement de quoi subvenir à mes besoins. J’ai compris qu’ils ne souhaitaient pas me garder près d’eux parce que mon enfant risquait d’être un maillon faible dans leurs chaînes génétiques, je les ai remerciés du fond du cœur et je me suis faufilée dans le passage.

De naturel claustrophobe (l’héritage biologique des passagers de l’Estérion, il me semble en avoir déjà parlé), j’ai manqué défaillir à maintes reprises dans l’étroit boyau qui s’enfonçait en pente douce dans les entrailles de la terre. J’ai repoussé comme j’ai pu la panique qui m’entraînait à regagner la surface, à jouir encore du mauve sombre du ciel, des vagues incessantes des herbes et des lâchers des bulles de pollen, et j’ai continué de descendre, plus morte que vive, en espérant que les errants ne m’avaient pas expédiée dans ma tombe. (Mais pourquoi auraient-ils perdu cinq jours dans la seule intention de se débarrasser d’une invitée indésirable ?)

Le boyau s’est élargi et m’a déposée dans une gigantesque cavité. Il m’a fallu un peu de temps pour m’accoutumer à la faible clarté des lieux. La lumière du jour s’y invite, mais avec parcimonie et par un jeu complexe de ricochets qui la désagrègent en poussière diffuse, ténue. J’ai dû également m’habituer à la moiteur permanente qui règne dans le gouffre et qui s’explique par la présence de sources d’eau chaude. Deux exactement, l’une bouillante et chargée d’une forte odeur de soufre, l’autre tiède, claire, qui déborde d’un bassin naturel avant de s’écouler en ruisseaux dans les profondeurs du sol. Cette dernière me sert désormais de baignoire et de réserve d’eau potable.

Mais, plus extraordinaire, la voûte et les parois de la cavité se tapissent d’une plante grimpante et légèrement phosphorescente qui donne en permanence ces mêmes gros fruits savoureux et nourrissants que m’avaient offerts les ventresecs. La divine Ellula m’a donc procuré un refuge où je pourrai passer les deux mois de l’amaya de glace au chaud, de l’eau et de la nourriture. Elle a de surcroît exaucé mon vœu de solitude en éloignant de moi les errants. Je peux donc consacrer tout mon temps à la vie qui croît en moi, à l’écriture, à l’exploration systématique de mes territoires intimes.

Bien sûr, mon corps souffre du manque d’Elleo. Il a tellement chanté à ses caresses, à ses baisers, à ses visites qu’il réclame avec véhémence sa partition et que je dois parfois essayer de le contenter en me servant de mes souvenirs et de mes mains.

J’avais prévu de surseoir un peu avant de te raconter la suite, cher lecteur (lectrice), mais je suis moi-même une narratrice impatiente, incapable de réfréner sa plume, et je ne puis résister au plaisir de t’entretenir de mes nouvelles rencontres, même si elles ne restent pour l’instant qu’esquissées, fugitives, impalpables. Car figure-toi que cette cavité perdue au milieu des plaines ne renferme pas seulement une eau bienfaitrice et des fruits délicieux, elle est aussi et surtout l’un des repaires des… Qvals !

Extrait du journal de Lahiva filia Sgen.
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Сюжет
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