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Le Livre des Baltimore

Электронная книга - «Le Livre des Baltimore». Краткое содержание книги:

Jusqu'au jour du Drame, il y avait deux familles Goldman. Les Goldman-de-Baltimore et les Goldman-de-Montclair.
Les Goldman-de-Montclair, dont est issu Marcus Goldman, l'auteur de La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert, sont une famille de la classe moyenne, habitant une petite maison à Montclair, dans le New Jersey.
Les Goldman-de-Baltimore sont une famille prospère à qui tout sourit, vivant dans une luxueuse maison d une banlieue riche de Baltimore, à qui Marcus vouait une admiration sans borne.
Huit ans après le Drame, c est l'histoire de sa famille que Marcus Goldman décide cette fois de raconter, lorsqu'en février 2012, il quitte l'hiver new-yorkais pour la chaleur tropicale de Boca Raton, en Floride, où il vient s'atteler à son prochain roman.
Au gré des souvenirs de sa jeunesse, Marcus revient sur la vie et le destin des Goldman-de-Baltimore et la fascination qu'il éprouva jadis pour cette famille de l'Amérique huppée, entre les vacances à Miami, la maison de vacances dans les Hamptons et les frasques dans les écoles privées. Mais les années passent et le vernis des Baltimore s'effrite à mesure que le Drame se profile. Jusqu'au jour où tout bascule. Et cette question qui hante Marcus depuis : qu'est-il vraiment arrivé aux Goldman-de-Baltimore ?
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— J'ai réussi à tirer un trait sur nous. J'ai retrouvé une stabilité. Et voilà que tout est confus, de nouveau. Ne me fais pas ça, Markie. Ne me fais pas ça si tu ne crois pas en nous.

— Je n'ai jamais cessé de croire en nous.

Elle ne dit rien.

La pluie redoubla. Nous restâmes en ligne, sans parler. Je m'allongeai sur la banquette extérieure de la maison : je me revis, adolescent, avec le téléphone à fil, allongé sur mon lit à Montclair, elle étendue sur le sien à New York, entamant une conversation qui allait probablement durer quelques heures.

*

Hamptons.

New York. 1997.

Cet été-là, la présence de Patrick Neville eut une influence certaine sur le choix de notre université. Il nous parla à plusieurs reprises de celle de Madison, où il enseignait.

— Pour moi, c'est une des meilleures universités pour les perspectives qu'elle offre à ses étudiants. Peu importent vos choix de carrière.

Hillel indiqua qu'il voulait faire du droit.

— Madison n'a pas de faculté de droit, expliqua Patrick, mais elle a un excellent cursus préparatoire. D'ailleurs, tu as le temps de changer d'avis en cours de route. Après tes quatre premières années d'université, tu auras peut-être découvert une autre vocation… Demandez à Alexandra, elle vous dira qu'elle est enchantée là-bas. Et puis, ce serait sympa que vous soyez tous réunis.

Woody voulait pouvoir jouer au football au niveau universitaire. A nouveau Patrick jugea que Madison serait un bon choix.

— Les Titans de Madison sont une excellente équipe. Plusieurs joueurs de l'actuel championnat de NFL y ont été formés.

— Vraiment ?

— Vraiment. L'université a un bon programme de sport-étude.

Patrick nous expliqua être lui-même un fanatique de football et y avoir joué à l'université. L'un de ses anciens camarades, avec qui il avait gardé contact, était l'un des directeurs sportifs des Giants de New York.

— On adore tous les trois les Giants, lui dit Woody. Vous allez voir des matchs ?

— Oui, aussi souvent que je le peux. J'ai même eu l'occasion de visiter les vestiaires. Nous n'en revenions pas.

— Vous avez rencontré les joueurs ? demanda Hillel.

— Je connais bien Danny Kanell, nous assura-t-il.

— Je ne vous crois pas, le défia Woody.

Patrick s'absenta un instant et revint avec deux cadres dans lesquels il y avait des photos de lui et des joueurs des Giants sur la pelouse de leur stade à East Rutherford, dans le New Jersey.

Ce soir-là, à la table des Baltimore, Woody raconta à Oncle Saul et Tante Anita notre discussion avec Patrick Neville au sujet du football universitaire. Il espérait que Patrick pourrait l'aider à décrocher une bourse.

Woody voulait pouvoir rejoindre une équipe universitaire non pas tellement pour financer ses études, mais surtout parce que c'était la porte d'entrée vers la NFL. Il s'entraînait sans relâche pour cela. Il se levait le matin avant nous et partait pour de longues courses. Je l'accompagnais parfois. Il était beaucoup plus lourd que moi, pourtant il courait plus vite et plus longtemps. Je l'admirais faire des exercices de pompes et de tractions pendant lesquels il soulevait le poids de son propre corps comme s'il ne pesait rien. Il m'avait confié quelques matins plus tôt, alors que nous trottions le long de l'océan, que le football était ce qu'il y avait de plus important pour lui.

— Avant le football, je n'étais rien. Je n'existais pas. Depuis que je joue, les gens me connaissent, me respectent…

— Ce n'est pas vrai que tu n'existais pas avant le football, lui avais-je dit.

— L'amour des Baltimore, ils me l'ont donné. Ou prêté, si tu veux. Ils peuvent me le reprendre. Je ne suis pas leur fils. Je ne suis qu'un gamin qui leur a fait pitié. Qui sait, un jour ils me tourneront peut-être le dos.

— Comment peux-tu penser des choses pareilles ! T'es comme un fils pour eux.

— Le nom de Goldman ne me revient ni de droit, ni de sang. Je ne suis que Woody, le gamin qui gravite autour de vous. Je dois construire ma propre identité et pour cela, je n'ai que le football. Tu sais, quand Hillel a été viré de l'équipe de Buckerey, j'ai voulu arrêter le football moi aussi. Pour le soutenir. Saul m'en a dissuadé. Il m'a dit que je ne devais pas faire ça sur un coup de tête. Lui et Anita m'ont trouvé un nouveau lycée, une nouvelle équipe. Je me suis laissé convaincre. Aujourd'hui je m'en veux. J'ai l'impression de ne pas avoir assumé mes responsabilités. C'était injuste qu'Hillel paie les pots cassés.

— Hillel était l'entraîneur adjoint. Il aurait dû empêcher Scott de rentrer sur le terrain. Il savait qu'il était malade. C'était sa responsabilité en tant qu'entraîneur. Je veux dire : tu ne peux pas te comparer à lui. Il aimait bien être avec toi sur le terrain et crier sur des types plus gros que lui, c'est tout. Toi, le football c'est ta vie. C'est peut-être ta carrière.

Il avait eu une moue.

— Je m'en veux quand même.

— Il n'y a pas de quoi.

Oncle Saul n'était pas aussi convaincu par Madison que nous l'étions. À table, après que Woody eut parlé de ses éventuelles opportunités là-bas, Oncle Saul lui dit :

— Je ne dis pas que ce n'est pas une bonne université, je dis qu'il faut choisir en fonction de ce que tu veux y faire.

— Pour le football, en tout cas, c'est formidable, répéta Woody.

— Peut-être pour le football, mais si vous voulez faire du droit par exemple, vous devriez commencer votre cursus dans une université qui dispose d'une faculté de droit. C'est plus logique. Georgetown, par exemple, est une bonne université. Et puis, c'est proche de la maison.

— Patrick Neville dit qu'il ne faut pas limiter ses possibilités, rétorqua Hillel.

Oncle Saul leva les yeux au ciel.

— Si Patrick Neville le dit…

Parfois, j'avais l'impression qu'Oncle Saul était un peu agacé par Patrick. Je me souviens d'un soir où nous avions tous été invités à dîner au Paradis. Patrick avait organisé les choses en grand : il avait fait venir un chef pour cuisiner et du personnel pour servir. En rentrant à la maison, Tante Anita avait loué la qualité du repas. Cela avait déclenché une petite dispute avec Oncle Saul, sans conséquence, mais qui, sur le moment, me mit mal à l'aise car c'était la première fois que je voyais mon oncle et ma tante se chamailler.

— Évidemment que c'était bon, lui avait rétorqué Oncle Saul, il a fait venir un cuisinier. Il aurait pu faire un barbecue, ça aurait été plus sympa.

— Enfin, Saul, c'est un homme seul, il n'aime pas cuisiner. En tout cas, la maison est magnifique.

— Trop tape-à-l'oeil.

— Ce n'est pas ce que tu disais du temps des Clark…

— Du temps des Clark, ça avait du charme. Il a tout redécoré façon nouveaux riches.

— Est-ce que ça te dérange qu'il gagne beaucoup d'argent ? demanda Tante Anita.

— Je suis très content pour lui.

— Ce n'est pas l'impression que tu donnes.

— Je n'aime pas les nouveaux riches.

— Est-ce que nous ne sommes pas des nouveaux riches nous aussi ?

— On a plus de goût que ce type, ça c'est certain.

— Oh, Saul, ne sois pas mesquin.

— Mesquin ? Vraiment, est-ce que tu trouves que ce type a du goût ?

— Oui. J'aime la façon dont il a décoré la maison, j'aime son style vestimentaire. Et arrête de l'appeler ce type, il s'appelle Patrick.

— Son style vestimentaire est ridicule : il veut faire jeune et branché, mais il fait vieux beau avec sa peau tirée. Je ne peux pas dire que New York lui fasse du bien.

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