La Dame de Monsoreau Tome II
- Автор: Дюма Александр
- Год: 17
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «La Dame de Monsoreau Tome II». Краткое содержание книги:
Le duc, sans épée, se tenait dans son fauteuil entre ces deux hommes, qui ne le regardaient que pour surveiller ses mouvements, et qui ne lui parlaient que pour lui faire entendre des paroles désagréables.
En voyant Aurilly, il voulut s'élancer au-devant de lui.
– Tout doux, monseigneur, dit Maugiron, vous marchez sur mes images.
– Mon Dieu! s'écria le musicien, que vois-je là? on insulte mon maître!
– Ce cher monsieur Aurilly, dit d'Épernon tout en continuant de cambrer ses moustaches, comment va-t-il? Très bien, car il me paraît un peu rouge.
– Faites-moi donc l'amitié, monsieur le musicien, de m'apporter votre petite dague, s'il vous plaît, dit Maugiron.
– Messieurs, messieurs, dit Aurilly, ne vous rappelez-vous donc plus où vous êtes?
– Si fait, si fait, mon cher Orphée, dit d'Épernon, voilà pourquoi mon ami vous demande votre poignard. Vous voyez bien que M. le duc n'en a pas.
– Aurilly, dit le duc avec une voix pleine de douleur et de rage, ne devines-tu donc pas que je suis prisonnier?
– Prisonnier de qui?
– De mon frère. N'aurais-tu donc pas dû le comprendre, en voyant quels sont mes geôliers?
Aurilly poussa un cri de surprise.
– Oh! si je m'en étais douté! dit-il.
– Vous eussiez pris votre luth pour distraire Son Altesse, cher monsieur Aurilly, dit une voix railleuse; mais j'y ai songé: je l'ai envoyé prendre, et le voici.
Et Chicot tendit effectivement son luth au pauvre musicien; derrière Chicot, on pouvait voir Quélus et Schomberg qui bâillaient à se démonter la mâchoire.
– Et cette partie d'échecs, Chicot? demanda d'Épernon.
– Ah! oui, c'est vrai, dit Quélus.
– Messieurs, je crois que mon fou sauvera son roi; mais, morbleu! ce ne sera pas sans peine. Allons, monsieur Aurilly, donnez-moi votre poignard en échange de ce luth, troc pour troc.
Le musicien, consterné, obéit et alla s'asseoir sur un coussin, aux pieds de son maître.
– En voilà déjà un dans la ratière, dit Quélus; passons aux autres.
Et sur ces mots, qui donnaient à Aurilly l'explication des scènes précédentes, Quélus retourna prendre son poste dans l'antichambre, en priant seulement Schomberg de changer sa sarbacane contre son bilboquet.
– C'est juste, dit Chicot, il faut varier ses plaisirs; moi, pour varier les miens, je vais signer la Ligue.
Et il referma la porte, laissant la société de Son Altesse Royale augmentée du pauvre joueur de luth.
XXIII Comment le roi nomma un chef à la Ligue, et comment ce ne fut ni son altesse le duc d'Anjou ni monseigneur le duc de Guise.
L'heure de la grande réception était arrivée ou plutôt allait arriver; car, depuis midi, le Louvre recevait déjà les principaux chefs, les intéressés et même les curieux. Paris, tumultueux comme la veille, mais avec cette différence que les Suisses, qui n'étaient pas de la fête la veille, en étaient, le lendemain, les acteurs principaux; Paris, tumultueux comme la veille, disons-nous, avait envoyé vers le Louvre ses députations de ligueurs, ses corporations d'ouvriers, ses échevins, ses milices et ses flots toujours renaissants de spectateurs, qui, dans les jours où le peuple tout entier est occupé à quelque chose, apparaissent autour du peuple pour le regarder, aussi nombreux, aussi actifs, aussi curieux que s'il y avait à Paris deux peuples, et comme si, dans cette grande ville, en petit l'image du monde, chaque individu se dédoublait à volonté en deux parties, l'une agissant, l'autre qui regarde agir.
Il y avait donc autour du Louvre une masse considérable de populaire; mais qu'on ne tremble pas pour le Louvre. Ce n'est pas encore le temps où le murmure des peuples, changé en tonnerre, renverse les murailles avec le souffle de ses canons et renverse le château sur ses maîtres; les Suisses, ce jour-là, ces ancêtres du 10 août et du 27 juillet, les Suisses souriaient aux masses de Parisiens, tout armées que fussent ces masses, et les Parisiens souriaient aux Suisses: le temps n'était pas encore venu pour le peuple d'ensanglanter le vestibule de ses rois.
Qu'on n'aille pas croire toutefois que, pour être moins sombre, le drame fût dénué d'intérêt; c'était, au contraire, une des scènes les plus curieuses que nous ayons encore esquissées, que celle que présentait le Louvre. Le roi, dans sa grande salle, dans la salle du trône, était entouré de ses officiers, de ses amis, de ses serviteurs, de sa famille, attendant que toutes les corporations eussent défilé devant lui, pour aller ensuite, en laissant leurs chefs dans ce palais, prendre les places qui leur étaient assignées sous les fenêtres et dans les cours du Louvre.
Il pouvait ainsi, d'un seul coup, d'un seul bloc, en masse, embrasser d'un coup d'œil et presque compter ses ennemis, renseigné de temps en temps par Chicot, caché derrière son fauteuil royal; averti par un signe de la reine mère, ou réveillé par quelques frémissements des infimes ligueurs, plus impatients que leurs chefs, parce qu'ils étaient moins avant qu'eux dans le secret.
Tout à coup M. de Monsoreau entra.
– Tiens, dit Chicot, regarde donc, Henriquet.
– Que veux-tu que je regarde?
– Regarde ton grand veneur, pardieu! il en vaut bien la peine; il est assez pâle et assez crotté pour mériter d'être vu.
– En effet, dit le roi, c'est lui-même.
Henri fit un signe à M. de Monsoreau; le grand veneur s'approcha.
– Comment êtes-vous au Louvre, monsieur? demanda Henri. Je vous croyais à Vincennes, occupé à nous détourner un cerf.
– Le cerf était, en effet, détourné à sept heures du matin, sire; mais, voyant que midi était prêt à sonner et que je n'avais aucune nouvelle, j'ai craint qu'il ne vous fût arrivé malheur, et je suis accouru.
– En vérité? fit le roi.
– Sire, dit le comte, si j'ai manqué à mon devoir, n'attribuez cette faute qu'à un excès de dévouement.
– Oui, monsieur, dit Henri, et croyez bien que je l'apprécie.
– Maintenant, reprit le comte avec hésitation, si Votre Majesté exige que je retourne à Vincennes, comme je suis rassuré…
– Non, non, restez, notre grand veneur; cette chasse était une fantaisie qui nous était passée par la tête, et qui s'en est allée comme elle était venue; restez, et ne vous éloignez pas; j'ai besoin d'avoir autour de moi des gens qui me sont dévoués, et vous venez de vous ranger vous-même parmi ceux sur le dévouement desquels je puis compter.
Monsoreau s'inclina.
– Où Votre Majesté veut-elle que je me tienne? demanda le comte.
– Veux-tu me le donner pour une demi-heure? demanda tout bas Chicot à l'oreille du roi.
– Pourquoi faire?
– Pour le tourmenter un peu. Qu'est-ce que cela te fait? Tu me dois bien un dédommagement pour m'obliger d'assister à une cérémonie aussi fastidieuse que celle que tu nous promets.
– Eh bien, prends-le.
– J'ai eu l'honneur de demander à Votre Majesté où elle désirait que je prisse place? demanda une seconde fois le comte.
– Je croyais vous avoir répondu: «Où vous voudrez.» Derrière mon fauteuil, par exemple. C'est là que je mets mes amis.