Ces femmes du Grand Siècle
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Ces femmes du Grand Siècle». Краткое содержание книги:
Agent secret de Louis XIV, femme de lettres et de pouvoir, aventurière, rebelle, épouse bafouée, intrigante ou favorite... toutes les femmes réunies par Juliette Benzoni évoluent dans l'ombre du Roi-Soleil. Toutes sont des figures emblématiques et incontournables du Grand Siècle.
Alliant le souffle de l'aventure à la rigueur de l'histoire, Juliette Benzoni redonne vie à ces figures de femmes exceptionnelles, qu'elles soient espionnes, maîtresses ou courtisanes, qu'il s'agisse des sœurs Mancini, de la princesse des Ursins, de la Grande Mademoiselle, d'Henriette d'Angleterre, de la marquise de Sévigné, de Louise de La Vallière ou encore de Ninon de Lenclos...
Pourtant, elle n’était pas si jolie, cette princesse Marguerite. Marie trouvait qu’elle n’avait ni charme, ni grâce et quand, le soir, le Roi vint saluer les dames, elle lui souffla à mi-voix, avec une fureur dont elle ne fut pas maîtresse :
— N’êtes-vous pas honteux qu’on veuille vous donner une si laide femme ?
Louis ne répondit rien. Mais tandis que Marie renouait avec les larmes et que Louis coquetait avec sa cousine, quelqu’un ne tenait guère en place, et ce quelqu’un, c’était le cardinal Mazarin.
Ce mariage savoyard, il n’y tenait nullement. Il l’avait mis en train dans le seul but de piquer au jeu le roi Philippe IV d’Espagne, car la seule femme qu’il jugeait digne d’épouser le roi de France, c’était l’infante sa fille. Mais Philippe ne semblait pas réagir beaucoup, et Mazarin guettait en vain l’arrivée d’un de ces personnages « qui ne sont rien et qui sont tout », moines mendiants, marchands, astrologues, bref, d’un des agents secrets de l’époque. Et le temps passait, et le mariage savoyard semblait bien près de se conclure, au grand désespoir de Marie et à la grande fureur de son oncle, mais pour des raisons différentes.
Toutefois, tandis qu’au grand bal donné par les échevins de la ville Louis XIV dansait avec celle que déjà l’on considérait comme sa fiancée, on vint avertir discrètement Colbert, le secrétaire de Mazarin, qu’un étranger discret et dépourvu de passeport demandait à lui parler. Colbert sortit très vite, revint plus vite encore, s’approcha de Mazarin et chuchota :
— Vous avez gagné, Monseigneur. L’émissaire est arrivé. Et il ne s’agit pas d’un moine mendiant mais de don Antonio Pimentel, l’un des ministres de Philippe IV.
— Alors, l’infante est à nous ?
— Je le crois.
Dans un grand envol de simarre pourpre, Son Éminence quitta le bal… et le soir même le jeune Roi apprenait qu’il était inutile de faire plus longtemps des frais envers sa cousine. D’ailleurs, tout compte fait, elle était vraiment laide !
Marie en pleura, mais de soulagement. L’affreux mariage tant redouté s’éloignait.
— De toute façon, il faudra bien qu’il se marie un jour, lui dit la jeune Hortense. Et je te rappelle que s’il n’épouse pas celle-ci, c’est parce qu’il devra épouser l’infante…
Marie eut un geste d’insouciance.
— L’infante est loin encore. Un tel mariage va nécessiter de nombreuses discussions. Les ambassadeurs ont encore du travail devant eux avant qu’elle soit ici.
L’attitude de Louis semblait lui donner pleinement raison. Puisqu’il n’était plus obligé de s’occuper uniquement de sa cousine, Louis revint à Marie avec d’autant plus d’ardeur que cette fois, il osait donner son nom réel au sentiment qu’elle lui inspirait.
Le retour vers Paris fut pour les deux jeunes gens un enchantement. Comme par un fait exprès, tous ceux qui pouvaient gêner leur amour semblèrent se donner le mot pour les laisser à eux-mêmes. La reine Anne d’Autriche, le cardinal, la comtesse de Soissons ou même la jeune Hortense empruntèrent qui un bateau, qui un carrosse, mais les deux amoureux eurent tout loisir de chevaucher côte à côte et Marie, toute vêtue de velours noir avec des plumes multicolores à son toquet, était charmante.
Évidemment, il fallait bien s’accommoder de la présence de Madame de Venel, la gouvernante de Marie, une sorte de dragon dans le style des duègnes espagnoles, mais l’amour que Louis portait maintenant à Marie était si grand qu’il ne cherchait même pas à lui faire oublier qu’elle était une jeune fille. Il lui suffisait d’être auprès d’elle, de toucher sa main et, parfois, de lui demander un baiser. C’étaient des amours chastes et charmantes mais qui, très certainement, n’allaient pas manquer de devenir bientôt plus exigeantes. Or, Marie, ivre autant d’orgueil que d’amour, gardait cependant assez de sang-froid pour s’en tenir à ce qu’elle avait décidé : jamais elle ne serait la maîtresse de Louis. S’il voulait l’avoir, il faudrait qu’il y mît un prix… royal. Et peu à peu, dans la tête de l’ambitieuse jeune fille, un plan germa, qui, à mesure que le temps coulait, lui semblait de moins en moins fou. Vaincre l’infante, lui être préférée, devenir reine de France… Quel rêve ! Quand Louis lui fit présent du célèbre collier de perles de la reine douairière d’Angleterre, la veuve du malheureux Charles Ier, Marie crut bien que la partie était gagnée. C’était compter sans son oncle.
Lorsque le Roi vint lui annoncer qu’il souhaitait épouser sa nièce, le cardinal Mazarin eut un éblouissement. Il fut à la fois abasourdi, subjugué… peut-être tenté, mais en fin de compte épouvanté. Pimentel était à Paris. Les négociations pour le mariage espagnol se poursuivaient activement. S’il fallait les rompre, ce serait à nouveau la guerre, sans aucun doute, car Philippe IV n’accepterait pas l’affront sanglant de voir sa fille dédaignée au profit d’une petite Italienne sans naissance. Mazarin connaissait son devoir de ministre.
— Ayant été choisi par le Roi votre père et, depuis, par la Reine votre mère pour vous assister de mes conseils et vous ayant servi avec une fidélité inviolable, je n’ai garde d’abuser de la confidence que vous me faites de votre faiblesse, ni de l’autorité que vous me donnez dans vos états pour souffrir que vous fassiez une chose si contraire à votre gloire. Je suis le maître de ma nièce et je la poignarderais plutôt que de la voir s’élever par une si grande trahison !
Mais Louis ne voulut rien entendre. Il alla implorer sa mère de lui donner le bonheur. Anne d’Autriche, si elle avait pour Marie une certaine sympathie et si elle pouvait comprendre les tourments de l’amour, était trop reine pour se laisser fléchir. Le jeune Roi eut beau prier, supplier, pleurer même, en s’agenouillant devant elle pour mieux l’implorer, elle demeura ferme sur ses positions.
— Entre l’amour de cette fille et l’infante, un roi de France ne saurait choisir. Songez que si vous rompez l’alliance espagnole, c’est la guerre. Vos peuples ne vous seront guère reconnaissants d’avoir préféré votre bonheur à leur tranquillité !
Hélas, apparemment, aucun raisonnement ne pouvait vaincre la passion de Louis. Pour avoir si longtemps attendu, Marie ne l’en tenait que mieux. Il eût renoncé à sa couronne sans hésiter pour la garder.
Mazarin, d’ailleurs, s’en aperçut bien quand il fit venir sa nièce pour l’engager à faire son devoir et à renoncer à cet impossible amour. Hautaine, narquoise, sûre d’elle, Marie se moqua ouvertement de son oncle. Il n’était que ministre et elle, elle allait être reine. Qu’importait sa mercuriale ? Qu’importait l’avenir de la France ? Elle était la plus forte.
Ce que voyant, le cardinal, toujours si plein d’onction et d’amabilité, se fâcha. Sa belle main blanche, toujours si admirablement soignée, s’abattit brutalement sur sa table.
— Vous n’êtes qu’une insolente, Mademoiselle, et vous n’êtes pas encore reine. Je peux même vous assurer que, moi vivant, vous ne le serez jamais, car j’aimerais mieux vous tuer de mes propres mains. Prochainement, la Cour va se rendre à Saint-Jean-de-Luz, où le Roi rencontrera sa future. Mais vous, qui êtes toujours ma nièce et sur qui j’ai tout pouvoir, vous partirez demain matin pour Brouage avec vos sœurs, et Madame de Venel aura ordre de vous y garder à vue !
Subitement dégrisée, Marie poussa un cri de douleur :
— Non, mon oncle, je vous en supplie, pas cela ! Ne m’éloignez pas ! Je ne pourrais pas le supporter !