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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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— Faisons quelques pas, proposa Egwene.

Alors que les deux jeunes gens s’éloignaient dans le couloir, des murmures déçus coururent dans la foule de femmes.

Mal à l’aise dans son grand corps, Rand semblait chercher ses mots sans beaucoup de succès.

— J’ai entendu parler de tes exploits, dit Egwene. Courir dans les couloirs des quartiers des femmes avec une épée au poing. Te rendre à une audience de la Chaire d’Amyrlin avec ton arme… (Rand ne moufta toujours pas.) Elle ne t’a pas… maltraité, j’espère ?

Par la Lumière ! qu’il était dur de prononcer le mot « apaisé » ! Rand ne semblait pas le moins du monde plus calme, mais comment savoir de quoi devait avoir l’air un homme après la mystérieuse intervention des Aes Sedai ?

— Non, elle ne m’a… Eh bien, la Chaire d’Amyrlin… Non, ne t’inquiète pas… Elle ne m’a rien fait.

Egwene aurait juré qu’il mentait – en tout cas, qu’il brûlait d’envie de lui dire quelque chose. D’habitude, elle n’avait aucun mal à lui tirer les vers du nez, mais quand il se fermait comme une huître, il n’y avait plus moyen de lui arracher un mot. Et à le voir serrer les mâchoires, il était dans un grand jour, niveau entêtement.

— Que te voulait-elle, Rand ?

— Rien d’important… Une histoire de ta’veren. Elle veut nous voir tous les trois. (L’expression du jeune homme s’adoucit un peu.) Et toi, Egwene ? Moiraine m’a affirmé que tu allais bien, mais tu ne bougeais pas, et j’ai cru que tu étais morte…

— Eh bien, tu te trompais !

Egwene se souvenait d’avoir demandé à Mat de l’accompagner dans les entrailles de la forteresse. Ensuite, c’était le trou noir jusqu’à son réveil, le lendemain matin. Et, d’après ce qu’elle avait entendu dire de cette terrible nuit, avoir tout oublié n’était peut-être pas si mal…

— Moiraine m’aurait bien laissé une terrible migraine, si elle avait pu ne pas guérir tous mes maux, mais ça n’a pas été possible…

— Je t’ai dit de te méfier de Fain. Comme de juste, tu ne m’as pas écouté.

— Si tu prends les choses comme ça, nous allons retourner voir Nisura. Elle sera moins bienveillante que moi, n’en doute pas. Le dernier homme qui a tenté de s’introduire dans les quartiers des femmes a passé un mois entier au lavoir, les mains plongées dans l’eau savonneuse. Une corvée punitive, alors qu’il essayait simplement de voir sa fiancée pour se réconcilier avec elle après une dispute. Et ce garçon-là était assez finaud pour ne pas avoir d’arme sur lui. Seule la Lumière sait ce que ces dames te réservent !

— Tout le monde veut me faire du mal, marmonna Rand, ou m’utiliser contre mon gré. Eh bien, je ne me laisserai pas faire. Dès que nous aurons retrouvé le Cor et la fichue dague de Mat, je ne permettrai plus à personne de me manipuler.

Egwene grogna d’agacement, puis elle prit le jeune homme par les bras et le força à lui faire face.

— Si tu continues à raconter n’importe quoi, Rand al’Thor, je vais te frictionner les oreilles !

— On croirait entendre Nynaeve ! (Rand sourit, mais il se rembrunit dès que son regard croisa celui d’Egwene.) Je suppose que je ne te reverrai jamais… Je sais que tu dois aller à Tar Valon, et que tu veux devenir une Aes Sedai. Moi, j’en ai terminé avec ces femmes. Je ne serai pas le pantin de Moiraine, ni d’une autre de ses sœurs…

Devant l’air perdu de Rand, Egwene eut envie de l’inviter à pleurer sur son épaule. En même temps, son obstination la poussait à lui frictionner pour de bon les oreilles.

— Écoute-moi, gros benêt ! Je vais devenir une Aes Sedai, et je trouverai un moyen de t’aider. C’est promis !

— Si nous nous revoyons, tu voudras m’apaiser, c’est couru…

Egwene s’assura que personne ne les épiait, puis elle souffla :

— Si tu ne tiens pas ta langue, je ne pourrai rien pour toi. Tu veux que tout le monde soit au courant ?

— Trop de gens le savent déjà… Egwene, j’aimerais que les choses soient différentes, mais ce n’est pas le cas… Je voudrais… Prends soin de toi. Et jure-moi de ne pas choisir l’Ajah Rouge.

Des larmes perlant à ses paupières, Egwene jeta les bras autour du cou de Rand.

— Toi, prends soin de toi ! Si tu ne m’obéis pas, je… je…

La jeune fille crut entendre Rand murmurer un timide « je t’aime », puis il l’écarta de lui, dénouant ses bras sans violence mais avec une grande fermeté.

Se détournant, il s’éloigna à grandes enjambées.

Egwene sursauta quand Nisura lui tapota l’épaule.

— On dirait que tu viens de lui confier une mission qui ne lui plaît pas… Mais il ne faut pas lui laisser voir tes larmes. C’est contre-productif… Viens, Nynaeve te demande.

Après s’être séché les joues, Egwene suivit sa compagne.

Prends soin de toi, espèce de grand idiot têtu comme une mule ! Et toi, Lumière, veille sur lui, je t’en supplie…

9

Les adieux

Une effervescence très organisée régnait dans la cour extérieure lorsque Rand y déboula avec ses sacoches de selle et un unique baluchon contenant la harpe et la flûte. Alors que le soleil atteignait son zénith, des hommes s’affairaient à vérifier une ultime fois les harnais des selles et des chevaux de bât. Dans une cacophonie de cris, d’autres arrivaient avec des ajouts de dernière minute aux bagages, croisant des camarades partis chercher quelque précieux équipement qu’ils avaient failli oublier. Il y avait place pour une certaine improvisation, donc, mais pas tant que cela, car chaque acteur semblait savoir très exactement ce qu’il devait faire et où il devait aller. Le chemin de ronde et les perchoirs des archers étaient de nouveau pleins à craquer, l’excitation des uns et des autres presque palpable en cette fin de matinée clémente pour la saison.

Le bruit des sabots sur les pavés devenait assourdissant. Dans un coin, un des chevaux de bât rua nerveusement, comme s’il ne supportait plus ce vacarme. Des garçons d’écurie vinrent aussitôt le calmer afin d’éviter un affolement général des équidés. Pris à la gorge par l’odeur de fumier, Rand se fraya un chemin tant bien que mal entre les chevaux. Le vent qui faisait claquer les bannières au Faucon, en haut des tours, tenta de s’engouffrer dans sa cape, mais la corde de l’arc qu’il portait en travers des omoplates la fermait trop hermétiquement pour cela.

Dehors, sur la place d’honneur, les piquiers et les archers de la Chaire d’Amyrlin se mettaient déjà en formation. Sortis par une porte secondaire, ils avaient fait quasiment le tour de la forteresse pour rejoindre leur point de départ. Un des joueurs de trompette qui les accompagnaient avait entrepris de vérifier le bon fonctionnement de son instrument.

Plusieurs Champions suivirent Rand du regard tandis qu’il traversait la cour. Quelques-uns froncèrent les sourcils en voyant l’épée au héron, mais pas un seul n’émit l’ombre d’un commentaire. Une bonne partie de ces hommes portaient une cape aux nuances de gris fluctuantes qui leur permettait de devenir presque invisibles dans certaines circonstances. Le grand étalon noir de Lan, Mandarb aux yeux de braises, était déjà là, mais son maître brillait encore par son absence à l’instar des Aes Sedai. Les autres femmes ne s’étaient pas encore montrées non plus.

Près de l’étalon, Rand reconnut Aldieb, la jument blanche de Moiraine.

Rouquin, son cheval bai, était de l’autre côté de la cour, avec celui d’Ingtar, déjà en selle à côté d’un porte-bannière qui exhibait fièrement l’étendard au Hibou Gris. Vingt guerriers en armure, leur lance terminée par un long fer pointu, se tenaient en formation derrière leur chef. Le visage dissimulé par la grille de leur casque, tous ces hommes portaient une cape couleur or ornée d’un Faucon Noir sur la poitrine, à l’emplacement du cœur. Ingtar seul arborait un casque à crête : un croissant de lune, pointes en l’air, qui semblait dominer son front pour mieux le mettre en valeur.

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