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Les Contemplations

Электронная книга - «Les Contemplations». Краткое содержание книги:

Les 11 000 vers des Contemplations furent écrits dès 1834, mais surtout pendant l'exil à Jersey, puis à Guernesey, en particulier à partir de 1853 alors que Hugo composait les Châtiments. Mettant fin au silence lyrique qu'il observait depuis les Rayons et les Ombres (1840), le recueil, sommet de sa production poétique, somme de sa vie, de sa sensibilité et de sa pensée, se présente comme «les Mémoires d'une âme» (Préface). Si «une destinée est écrite là jour à jour», le recueil s'érige aussi en expression d'une expérience, celle d'un homme qui se veut comme les autres: «Quand je vous parle de moi, je vous parle de vous.»
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Qui sont là ce qu’ailleurs nous sommes,

Comme, eux et nous, nous frémirions!

Rencontre inexprimable et sombre!

Nous nous regarderions dans l’ombre

De monstre à monstre, fils du nombre

Et du temps qui s’évanouit;

Et, si nos langages funèbres

Pouvaient échanger leurs algèbres,

Nous dirions: «Qu’êtes-vous, ténèbres?»

Ils diraient: «D’où venez-vous, nuit?»

*

Sont-ils aussi des cœurs, des cerveaux, des entrailles?

Cherchent-ils comme nous le mot jamais trouvé?

Ont-ils des Spinosa qui frappent aux murailles,

Des Lucrèce niant tout ce qu’on a rêvé,

Qui, du noir infini feuilletant les registres,

Ont écrit: Rien, au bas de ses pages sinistres;

Et, penchés sur l’abîme, ont dit: «L’œil est crevé!»

Tous ces êtres, comme nous-même,

S’en vont en pâles tourbillons;

La création mêle et sème

Leur cendre à de nouveaux sillons;

Un vient, un autre le remplace,

Et passe sans laisser de trace;

Le souffle les crée et les chasse;

Le gouffre en proie aux quatre vents,

Comme la mer aux vastes lames,

Mêle éternellement ses flammes

À ce sombre écroulement d’âmes,

De fantômes et de vivants!

L’abîme semble fou sous l’ouragan de l’être.

Quelle tempête autour de l’astre radieux!

Tout ne doit que surgir, flotter et disparaître,

Jusqu’à ce que la nuit ferme à son tour ses yeux;

Car, un jour, il faudra que l’étoile aussi tombe;

L’étoile voit neiger les âmes dans la tombe,

L’âme verra neiger les astres dans les cieux!

*

Par instants, dans le vague espace,

Regarde, enfant! tu vas la voir!

Une brusque planète passe;

C’est d’abord au loin un point noir;

Plus prompte que la trombe folle,

Elle vient, court, approche, vole;

À peine a lui son auréole,

Que déjà, remplissant le ciel,

Sa rondeur farouche commence

À cacher le gouffre en démence,

Et semble ton couvercle immense,

Ô puits du vertige éternel!

C’est elle! éclair! voilà sa livide surface

Avec tous les frissons de ses océans verts!

Elle apparaît, s’en va, décroît, pâlit, s’efface,

Et rentre, atome obscur, aux cieux d’ombre couverts,

Et tout s’évanouit, vaste aspect, bruit sublime… -

Quel est ce projectile inouï de l’abîme?

Ô boulets monstrueux qui sont des univers!

Dans un éloignement nocturne,

Roule avec un râle effrayant

Quelque épouvantable Saturne

Tournant son anneau flamboyant;

La braise en pleut comme d’un crible;

Jean de Patmos, l’esprit terrible,

Vit en songe cet astre horrible

Et tomba presque évanoui;

Car, rêvant sa noire épopée,

Il crut, d’éclairs enveloppée,

Voir fuir une roue, échappée

Au sombre char d’Adonaï!

Et, par instants encor, – tout va-t-il se dissoudre? -

Parmi ces mondes, fauve, accourant à grand bruit,

Une comète aux crins de flamme, aux yeux de foudre,

Surgit, et les regarde, et, blême, approche et luit;

Puis s’évade en hurlant, pâle et surnaturelle,

Traînant sa chevelure éparse derrière elle,

Comme une Canidie affreuse qui s’enfuit.

Quelques-uns de ces globes meurent;

Dans le semoun et le mistral

Leurs mers sanglotent, leurs flots pleurent;

Leur flanc crache un brasier central.

Sphères par la neige engourdies,

Ils ont d’étranges maladies,

Pestes, déluges, incendies,

Tremblements profonds et fréquents;

Leur propre abîme les consume;

Leur haleine flamboie et fume;

On entend de loin dans leur brume

La toux lugubre des volcans.

*

Ils sont! ils vont! ceux-ci brillants, ceux-là difformes,

Tous portant des vivants et des créations!

Ils jettent dans l’azur des cônes d’ombre énormes,

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