L'âge de diamant [The Diamond Age - fr]
- Автор: Стивенсон Нил Таун
- Год: 1996
- Язык: французский
- Год: Rivages
- ISBN: 2-7436-0063-2
- Переводчик: Jean Bonnefoy
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «L'âge de diamant [The Diamond Age - fr]». Краткое содержание книги:
Entre Jules Verne et William Gibson, voici une épopée délirante qui allie les inventions du cyberpunk et les images des clips vidéo avec la tradition du roman-feuilleton et le charme suranné des poèmes victoriens.
Malmenant les genres, mêlant science-fiction, théâtre, poésie, récit d’aventures et conte pour enfants, dans cet hommage irrévérencieux à Samuel Coleridge, Lewis Carroll et Edgar Poe, voire Michael Moorcock ou Georges Perec, Neal Stephenson s’affirme avec ce roman dense et foisonnant comme l’étoile montante du nouveau fantastique américain.
Le troisième jour, rien ne se passa, et j’en vins à me demander si je ne ferais pas mieux d’entrer dans la caverne et de chercher Dojo. Jusqu’ici, le seul être vivant que j’avais aperçu dans les parages était un souriceau noir qui jaillissait parfois de sous les roches à l’entrée de la caverne pour aller quérir de la nourriture. Dès que je le revis, je lui demandai (tout doucement, pour ne pas l’effrayer) : « Dis donc, souriceau ! Y a-t-il quoi que ce soit au fond de cette caverne ? »
Le souriceau noir se cala sur ses pattes arrière, tenant une myrtille entre ses petites mains pour la grignoter. « Rien de spécial, c’est juste mon petit logis. Un être, quelques ustensiles de cuisine, quelques baies séchées, et le reste est rempli de squelettes.
— De squelettes ? D’autres souris ?
— Il y a plusieurs squelettes de souris, mais, principalement, il s’agit de dinosaures de diverses espèces, pour l’essentiel carnivores.
— Décédés à cause de la comète, suggérai-je.
— Oh, je vous prie de m’excuser, monsieur, mais, sauf votre respect, je me dois de vous informer que le décès de ces dinosaures est sans aucun lien avec la comète.
— De quoi sont-ils morts, alors ?
— Je suis au regret de vous dire que c’est moi qui les ai tous tués, en état de légitime défense.
— Ah ! fis-je, un rien incrédule, dans ce cas, vous devez être…
— Dojo le Souriceau, confirma-t-il. Pour vous servir.
— Je suis terriblement confus de vous avoir dérangé, monsieur », dis-je, usant de mes meilleures manières, car je voyais bien que ce Dojo était du genre excessivement poli, « mais votre réputation de guerrier s’étend jusque fort loin, et je suis venu ici en toute humilité pour quémander vos conseils afin moi-même de devenir un meilleur guerrier ; car il n’a pas échappé à mon attention que, dans cet environnement post-cométaire, des dents aiguisées comme des coutelas et six tonnes de muscles peuvent en un certain sens se révéler passés de mode. »
S’ensuivit une assez longue histoire, car Dojo avait bien des choses à m’enseigner et il prenait tout son temps. Un jour, Nell, je t’enseignerai tout ce que j’ai appris de Dojo ; tu n’auras qu’à demander. Mais au troisième jour de mon apprentissage, alors que je n’avais encore rien appris, sinon l’humilité, les bonnes manières, et savoir balayer la caverne, je demandai à Dojo s’il avait envie de faire une partie de morpion. C’était un jeu fort pratiqué chez les dinosaures. On dessinait les ronds et les croix dans la boue. (Bien des paléontologues ont été fort déconcertés par la quantité de grilles de morpion qu’ils trouvaient dessinées dans leurs chantiers préhistoriques et en ont attribué l’origine aux ouvriers engagés sur place pour procéder aux fouilles et à l’extraction.)
Toujours est-il que j’en expliquai les règles à Dojo, qui accepta de faire un essai. Nous descendîmes vers la vasière la plus proche, et là, sous les yeux d’une grande quantité de musaraignes, je fis un morpion avec Dojo le Souriceau et gagnai la partie, même si je dois confesser que le résultat fut un certain temps indécis. Mais c’était fait : j’avais vaincu Dojo en combat singulier.
Le lendemain matin, je me permis de quitter la caverne de Dojo pour redescendre vers la plage, où les trois autres dinosaures s’étaient déjà réunis, en assez piteux état, comme tu peux l’imaginer. Le Roi des Musaraignes, le Roi des Oiseaux et la Reine des Fourmis convergèrent sur nous, suivis de toutes leurs armées, et me couronnèrent Roi des Reptiles, ou Tyrannosaurus Rex, comme nous disions entre nous. Puis ils dévorèrent les trois autres dinosaures, comme convenu. À part moi, les seuls reptiles survivants étaient quelques rares serpents, lézards et tortues, qui restent toujours mes sujets dévoués.
J’aurais pu vivre dans le luxe comme un Roi, mais Dojo m’avait désormais appris l’humilité, aussi retournai-je aussitôt dans sa caverne où je passai plusieurs millions d’années à étudier son enseignement. Tu n’as qu’à me demander, Nell, et je te transmettrai ce savoir à mon tour.