Le vicomte de Bragelonne Tome III
- Автор: Дюма Александр
- Серия: les trois mousquetaires #3
- Год: 11
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le vicomte de Bragelonne Tome III». Краткое содержание книги:
– Que vous avez tardé, comte! dit le roi.
– J’apportais la réponse, Sire, répondit le comte.
– C’est donc bien long pour elle de répondre à ce que je lui écrivais?
– Sire, Votre Majesté avait daigné faire des vers; Mlle de La Vallière a voulu payer le roi de la même monnaie, c’est-à-dire en or.
– Des vers, de Saint-Aignan!… s’écria le roi ravi. Donne, donne.
Et Louis rompit le cachet d’une petite lettre qui renfermait effectivement des vers que l’histoire nous a conservés, et qui sont meilleurs d’intention que de facture.
Tels qu’ils étaient, cependant, ils enchantèrent le roi, qui témoigna sa joie par des transports non équivoques; mais le silence général avertit Louis, si chatouilleux sur les bienséances, que sa joie pouvait donner matière à des interprétations.
Il se retourna et mit le billet dans sa poche; puis, faisant un pas qui le ramena sur le seuil de la porte auprès de ses hôtes:
– Monsieur du Vallon, dit-il, je vous ai vu avec le plus vif plaisir, et je vous reverrai avec un plaisir nouveau.
Porthos s’inclina, comme eût fait le colosse de Rhodes, et sortit à reculons.
– Monsieur d’Artagnan, continua le roi, vous attendrez mes ordres dans la galerie; je vous suis obligé de m’avoir fait connaître M. du Vallon. Messieurs, je retourne demain à Paris, pour le départ des ambassadeurs d’Espagne et de Hollande. À demain donc.
La salle se vida aussitôt.
Le roi prit le bras de Saint-Aignan, et lui fit relire encore les vers de La Vallière.
– Comment les trouves-tu? dit-il.
– Sire… charmants!
– Ils me charment, en effet, et s’ils étaient connus…
– Oh! les poètes en seraient jaloux; mais ils ne les connaîtront pas.
– Lui avez-vous donné les miens?
– Oh! Sire, elle les a dévorés.
– Ils étaient faibles, j’en ai peur.
– Ce n’est pas ce que Mlle de La Vallière en a dit.
– Vous croyez qu’elle les a trouvés de son goût?
– J’en suis sûr, Sire…
– Il me faudrait répondre, alors.
– Oh! Sire… tout de suite… après souper… Votre Majesté se fatiguera.
– Je crois que vous avez raison: l’étude après le repas est nuisible.
– Le travail du poète surtout; et puis, en ce moment, il y aurait préoccupation chez Mlle de La Vallière.
– Quelle préoccupation?
– Ah! Sire, comme chez toutes ces dames.
– Pourquoi?
– À cause de l’accident de ce pauvre de Guiche.
– Ah! mon Dieu! est-il arrivé un malheur à de Guiche?
– Oui, Sire, il a toute une main emportée, il a un trou à la poitrine, il se meurt.
– Bon Dieu! et qui vous a dit cela?
– Manicamp l’a rapporté tout à l’heure chez un médecin de Fontainebleau, et le bruit s’en est répandu ici.
– Rapporté? Pauvre de Guiche! et comment cela lui est-il arrivé?
– Ah! voilà, Sire! comment cela lui est-il arrivé?
– Vous me dites cela d’un air tout à fait singulier, de Saint-Aignan. Donnez-moi des détails… Que dit-il?
– Lui, ne dit rien, Sire, mais les autres.
– Quels autres?
– Ceux qui l’ont rapporté, Sire.
– Qui sont-ils, ceux-là?
– Je ne sais, Sire; mais M. de Manicamp le sait, M. de Manicamp est de ses amis.
– Comme tout le monde, dit le roi.
– Oh! non, reprit de Saint-Aignan, vous vous trompez, Sire; tout le monde n’est pas précisément des amis de M. de Guiche.
– Comment le savez-vous?
– Est-ce que le roi veut que je m’explique?
– Sans doute, je le veux.
– Eh bien! Sire, je crois avoir ouï parler d’une querelle entre deux gentilshommes.
– Quand?
– Ce soir même, avant le souper de Votre Majesté.
– Cela ne prouve guère. J’ai fait des ordonnances si sévères à l’égard des duels, que nul, je suppose, n’osera y contrevenir.
– Aussi Dieu me préserve d’accuser personne! s’écria de Saint-Aignan. Votre Majesté m’a ordonné de parler, je parle.
– Dites donc alors comment le comte de Guiche a été blessé.
– Sire, on dit à l’affût.
– Ce soir?
– Ce soir.
– Une main emportée! un trou à la poitrine! Qui était à l’affût avec M. de Guiche?
– Je ne sais, Sire… Mais M. de Manicamp sait ou doit savoir.
– Vous me cachez quelque chose, de Saint-Aignan.
– Rien, Sire, rien.
– Alors expliquez-moi l’accident; est-ce un mousquet qui a crevé?
– Peut-être bien. Mais, en y réfléchissant, non, Sire, car on a trouvé près de de Guiche son pistolet encore chargé.
– Son pistolet? Mais, on ne va pas à l’affût avec un pistolet, ce me semble.
– Sire, on ajoute que le cheval de de Guiche a été tué, et que le cadavre du cheval est encore dans la clairière.
– Son cheval? De Guiche va à l’affût à cheval? De Saint-Aignan, je ne comprends rien à ce que vous me dites. Où la chose s’est-elle passée?
– Sire, au bois Rochin, dans le rond-point.
– Bien. Appelez M. d’Artagnan.
De Saint-Aignan obéit. Le mousquetaire entra.
– Monsieur d’Artagnan, dit le roi, vous allez sortir par la petite porte du degré particulier.
– Oui, Sire.
– Vous monterez à cheval.
– Oui, Sire.
– Et vous irez au rond-point du bois Rochin. Connaissez-vous l’endroit?
– Sire, je m’y suis battu deux fois.
– Comment! s’écria le roi, étourdi de la réponse.
– Sire, sous les édits de M. le cardinal de Richelieu repartit d’Artagnan avec son flegme ordinaire.
– C’est différent, monsieur. Vous irez donc là, et vous examinerez soigneusement les localités. Un homme y a été blessé, et vous y trouverez un cheval mort. Vous me direz ce que vous pensez sur cet événement.
– Bien, Sire.
– Il va sans dire que c’est votre opinion à vous, et non celle d’un autre que je veux avoir.
– Vous l’aurez dans une heure, Sire.
– Je vous défends de communiquer avec qui que ce soit.
– Excepté avec celui qui me donnera une lanterne, dit d’Artagnan.
– Oui, bien entendu, dit le roi en riant de cette liberté, qu’il ne tolérait que chez son capitaine des mousquetaires.
D’Artagnan sortit par le petit degré.
– Maintenant, qu’on appelle mon médecin, ajouta Louis.
Dix minutes après, le médecin du roi arrivait essoufflé.
– Monsieur, vous allez, lui dit le roi, vous transporter avec M. de Saint-Aignan où il vous conduira, et me rendrez compte de l’état du malade que vous verrez dans la maison où je vous prie d’aller.