Dans l'oeil du cyclone [=Avis de tempГЄte / Storm Front - fr]
- Автор: Батчер Джим
- Год: 2007
- Язык: французский
- Год: Brangelonne
- ISBN: 978-2-35294-037-1
- Переводчик: Gregory Bouet
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Dans l'oeil du cyclone [=Avis de tempГЄte / Storm Front - fr]». Краткое содержание книги:
Au même moment, Karrin et moi fûmes propulsés vers le haut, rencontrant ainsi le suc magique à mi-parcours. Je protégeai Murph avec mon corps et le choc contre le plafond me coupa le souffle. Nous retombâmes en tas sur le plancher de la cabine et Murphy laissa échapper un grognement.
Je restai immobile. La bête était morte. Écrabouillée entre le sommet de l’immeuble et l’ascenseur. Elle en avait quand même profité pour nous couvrir d’humeur translucide.
Incroyable, j’avais sauvé nos peaux !
Pourtant, j’avais l’impression d’oublier quelque chose.
La cabine émit un crissement léger, puis elle vibra avant de retomber dans le conduit, son coussin d’air ayant disparu.
Nous redescendions à toute vitesse et mon instinct me souffla que nous n’allions pas tarder à ressembler au scorpion.
Le moment était venu d’utiliser mon bracelet. Tirant Karrin près de moi, je rétablis le bouclier autour de nous. Je n’eus que quelques instants pour me concentrer et réfléchir. Il fallait concevoir un champ très résistant mais assez souple pour que nous ne nous écrasions pas dessus lors de la collision. Je devais lui donner assez de flexibilité pour absorber le choc monstrueux.
Il faisait sombre et il ne me restait plus que quelques secondes. Je soulevai Karrin en déployant ma bulle, emplissant la cabine de fines couches d’air presque solides, tissées selon des réseaux d’énergie conçus pour répartir la force cinétique de l’impact. Je sentis une forme de pression autour de nous, comme si nous étions emballés dans de la mousse de polystyrène.
Nous tombions toujours plus vite. Le moment M arriverait vite, et il y eut un bruit assourdissant tandis que je me concentrais sur le bouclier.
Quand j’ouvris de nouveau les yeux, j’étais assis dans une cabine en ruine, Karrin Murphy inconsciente dans les bras. Les portes de l’ascenseur grincèrent un instant, puis tombèrent dans le hall.
Deux ambulanciers, bouche bée, contemplaient les restes de la cabine. Il y avait de la poussière partout.
J’étais en vie.
Je n’y croyais pas. J’étais vivant. J’examinai mon corps, puis je me pliai en deux en éclatant de rire.
— Prends ça, Victor des Ombres ! hurlai-je. Ha ! Ha ! Envoie la sauce, espèce de fumier ! Je vais t’enfoncer ma crosse dans la gorge !
J’étais toujours en train de me marrer quand les secouristes nous transportèrent à l’extérieur, trop ébahis pour me poser des questions. Je surpris leurs regards inquiets et compris qu’ils préméditaient de me donner un sédatif à la première occasion.
— Le champion ! exultai-je en levant le poing au ciel. Je surfais toujours sur une vague d’adrénaline de la taille des chutes du Niagara, remarquant à peine que mon bracelet de boucliers d’argent n’était plus qu’une gourmette noircie et à moitié fondue, brûlée par la somme d’énergie que j’avais canalisée.
— Je suis le meilleur ! Prends garde, Sells ! J’arrive !
Les grosses gouttes de pluie me ramenèrent à la réalité en quatrième vitesse. Je remarquai soudain que j’étais toujours menotté à Karrin et que je n’avais pas le fameux talisman censé m’aider à triompher de l’Homme de l’Ombre. Victor était bien au chaud dans sa propriété de Providence, il détenait toujours une boucle de mes cheveux et il planifiait de l’utiliser pour m’arracher le cœur dès que l’orage serait à sa portée.
Même si Murphy et moi étions vivants, ma joie était un peu prématurée. Je n’avais pas grand-chose à célébrer pour l’instant.
Je sondai le ciel.
Le tonnerre était proche. La foudre se promenait de nuage en nuage, éclairant l’horizon d’un nimbe spectral.
La tempête arrivait.
Chapitre 23
La pluie s’écrasait autour de moi. Le genre de bonnes grosses gouttes qu’on ne voit qu’au printemps. L’atmosphère se fit épaisse, et plus chaude encore en dépit de l’averse.
Il fallait réfléchir à toute vitesse en gardant mon calme. J’étais toujours menotté à Murphy et nous étions couverts de poussière transformée en bouillasse par l’ectoplasme. La substance disparaîtrait au bout de quelques minutes, pour retourner dans son plan d’origine. Pour l’instant, ce n’était qu’une gêne poisseuse et dégoûtante.
Mais j’en aurais peut-être l’usage…
À l’inverse des miennes, les mains de Karrin étaient assez fines, en dépit des cals laissés par la pratique des arts martiaux et du tir. Si je lui avais dit ça en face, elle m’aurait cassé la gueule en me traitant de « porc misogyne ».
Un des secouristes parlait dans sa radio, pendant que l’autre s’occupait de Murph en la transportant avec moi. Je n’aurais pas d’autre occasion. Je me penchai sur Murph essayant de dissimuler mes activités avec mon manteau. Je dépliai sa main et compressai ses doigts pour faire glisser le bracelet métallique.
Au prix de griffures accompagnées de gémissements, je parvins à libérer la menotte juste au moment où nous arrivions derrière l’ambulance. Le deuxième secouriste se précipita pour nous ouvrir avant d’entrer dans le véhicule. Des sirènes de pompiers et de police convergeaient dans notre position.
Rien n’est jamais simple quand je suis dans le coin.
— Elle a été empoisonnée, dis-je au secouriste. Vous trouverez la piqûre sur le haut de son bras droit ou dans l’épaule. C’est une dose massive de venin de scorpion brun. Il doit y avoir du sérum antipoison quelque part. Un tourniquet aussi, et…
— Mec, coupa l’ambulancier excédé, je connais mon boulot. Qu’est-ce qui s’est passé ?
— Ne me le demandez pas…, lâchai-je en me tournant vers l’immeuble.
L’averse redoublait de violence. Avais-je encore du temps ? Ou serais-je mort avant d’arriver à la maison du lac ?
— Vous saignez, dit le secouriste sans quitter Karrin des yeux.
Je regardai ma jambe. Elle ne m’avait pas fait mal jusqu’au moment où je compris enfin ce qui venait de m’arriver. La pince avait déchiré le survêtement sur une quinzaine de centimètres – pareil pour la chair en dessous. Une belle entaille.
— Asseyez-vous, continua le secouriste. Je suis à vous dans une minute. Mais dans quoi vous êtes-vous roulé ?
Je m’essuyai la tête, profitant de l’occasion pour ramener mes cheveux en arrière. L’autre type revint avec une bouteille d’oxygène et ils se remirent au travail pour soigner Murphy. Elle ressemblait à une pizza. Le visage pâle par endroits et rouge ailleurs, elle était aussi molle qu’une frite McDonald’s, sauf quand des spasmes tétanisaient ses muscles. La souffrance l’envahissait, puis disparaissait.
Tout était ma faute ! Si je n’avais pas refusé de lui dire ce que je savais, elle n’aurait jamais dû fouiller mon bureau ! Si j’avais été plus honnête, elle ne serait peut-être pas en train de mourir sur une civière. Je ne pouvais pas l’abandonner. La laisser seule une fois de plus et partir…
Et pourtant, c’est ce que je fis, forcé de fuir avant que le reste des secours arrive, que la police commence à poser des questions et que les infirmiers se mettent à ma recherche et donnent ma description aux autorités.
Tout en moi m’écœurait. Je ne supportais pas de partir sans être certain que Murphy survivrait à la piqûre. Je me détestais d’avoir laissé des insectes et des démons ravager mon appartement et mon bureau – sans compter mes propres pouvoirs. Je répugnais à fermer les yeux, car je voyais les corps mutilés de Tommy Tomm, de Jennifer Stanton et de Linda Randall. Je maudis la peur sournoise qui me tordait le ventre quand je pensais à mon propre cœur, expulsé hors de ma poitrine.