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Catherine Il suffit d'un Amour Tome 2

Электронная книга - «Catherine Il suffit d'un Amour Tome 2». Краткое содержание книги:

Catherine Legoix, fille d'un orfèvre parisien au temps de la guerre de Cent Ans, est la victime d'une passion sans espoir pour Arnaud de Montsalvy, membre très en vue de l'aristocratie Armagnac, alors qu'elle est elle-même une favorite du Duc de Bourgogne, Philippe Le Bon. Il a arrangé son mariage avec son riche Trésorier, Garin de Brazey et toutes les forces en ces temps troublés dans lesquels ils vivent : la haine, la guerre, la vengeance; poussent à réunir Catherine et Philippe tandis qu'elles l'éloignent d'Arnaud.
Mais Catherine met au défit le gouffre qui sépare les Armagnacs des Bourguignons, menée par son amour aveugle, elle voyage sur les routes de la France et de Bourgogne : de Dijon à Bruges, puis en cette ville assiégée d d'Orleans, où Arnaud de Montsalvy fait parti des troupes qui la défendent. Là son chemin croise celui de la Pucelle, Jeanne d'Arc; et plus tard elle rencontre un ennemi d' enfance, le prétendu Boucher de Rouen...
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Les yeux de Catherine se rivèrent aux deux mains de Garin, emprisonnées dans la cangue de bois du cep. Elles donnaient une extraordinaire impression d'abandon et de fragilité.

La liberté ! murmura la jeune femme... la liberté, c'est une si belle chose !

Vous êtes encore jeune, plein de vie, riche si vous le voulez. Avec ce que j'ai sauvé vous referez une fortune, ailleurs... loin d'ici, vous aurez une nouvelle vie...

— Et qu'est-ce que j'en ferai ? Continuer à endurer ce délicieux et infernal supplice de Tantale que vous représentez ? Rester ce Prométhée enchaîné par l'impuissance et dévoré tout vif par le vautour du désir, interminablement, jusqu'à ce que vienne la vieillesse ? Non, Catherine, merci ! J'ai fait ma paix avec vous, du moins, je le crois, je peux mourir et, croyez-moi, je mourrai heureux !

Elle voulut tenter encore de le convaincre, désespérée maintenant de savoir sa fin si proche. Tout cela lui paraissait monstrueusement injuste !

Elle en oubliait de bon cœur que, par sa faute, elle avait connu des tourments plus cruels encore que ceux endurés par lui. Mais des bruits de pas se faisaient entendre dans l'escalier, puis le son de deux voix.

— On vient ! fit Garin qui avait entendu. Le geôlier et, sans doute, le père qui vient m'exhorter ! Il vous faut partir. Adieu, Catherine...

pardonnez-moi de n'avoir pas su vous rendre heureuse. Et pensez quelquefois à moi, dans vos prières. Moi, je mourrai en prononçant votre nom.

Son visage blessé s'était figé comme s'il était devenu de pierre. Des larmes jaillirent des yeux de Catherine. Elle tordit nerveusement ses mains l'une contre l'autre.

— Ne puis-je vraiment rien pour vous... rien ? Moi qui voudrais tellement...

Une lueur s'alluma brusquement dans l'œil unique de Garin.

Peut-être, chuchota-t-il très bas. Ecoutez ! je ne crains ni la potence ni la torture... mais la claie me fait horreur. Etre traîné comme une bête crevée dans la poussière, à la hauteur des pieds de la foule, sous les immondices et les crachats d'une populace imbécile... cela, oui, j'en ai très peur ! Si vous pouvez me l'épargner, je prierai Dieu de vous bénir...

— Mais comment ?

La porte du cachot s'ouvrait, livrant passage à Roussot et à un moine cordelier dont les mains disparaissaient sous les manches de bure brune de la robe, le visage sous le capuchon baissé.

— C'est l'heure ! fit le geôlier à l'adresse de Catherine. Je ne vous ai laissée que trop longtemps. Mais le bon père ne dira rien. Venez...

— Un moment encore ! s'écria Garin.

Puis, levant vers la jeune femme un regard qui suppliait qu'on lût en lui :

— Avant d'en finir avec la vie, je voudrais boire encore une fois une pinte de vin de Beaune... de celui que s'entend si bien à soigner mon sommelier Abou ! Demandez à cet homme de vous permettre de m'en faire parvenir un pot.

Roussot éclata d'un gros rire et se tapa sur les cuisses.

— Sacré Bourguignon, va ! Tu ne veux pas sauter le pas sans avoir bu un dernier coup ? C'est une chose que je comprends moi ! Le vin de Beaune, j'aime ça !

— Mon fils ! fit le moine scandalisé. Une telle préoccupation avant de paraître devant Dieu...

— Appelez cela, plutôt, un dernier adieu à la terre qu'il a faite si belle !

répliqua Garin avec un sourire.

Catherine ne dit rien. Elle avait compris ce que voulait Garin. Elle se dirigea vers la porte, escortée du geôlier, mais, sur le seuil, se retourna. Elle vit que le regard de son mari était toujours rivé à elle et, cette fois, avec une telle expression d'amour et de désespoir qu'un sanglot s'étrangla dans sa gorge.

— Adieu, Garin !... murmura-t-elle les larmes aux yeux.

Du fond du caveau, la réponse de l'homme enchaîné lui parvint.

— Adieu, Catherine...

Elle se jeta hors de la geôle, courut vers l'escalier mais s'arrêta sur la première marche et fit face au geôlier qui l'avait suivie.

Pour lui donner cette ultime joie qu'il demande, combien veux-tu ?

L'homme n'hésita pas. La cupidité flambait au fond de son regard morne. ;

— Dix ducats d'or !

Et tu jures qu'il aura son vin ? Prends garde de ne pas me tromper !

Sur mon âme éternelle, je jure de le lui donner !

C'est bien. Tiens : voilà l'or ! Une femme, celle qui m'attend dans la cour, va revenir dans quelques instants avec un pot de vin.

Dix pièces d'or passèrent de la main de Catherine dans celle du geôlier puis elle se hâta de remonter le dangereux escalier. Dans la cour, elle retrouva Sara qui attendait en faisant les cent pas.

— Viens, dit-elle seulement.

À peine rentrée chez Ermengarde, et sans même prendre le temps d'ôter sa mante sombre, Catherine fit appeler Abou-al-Khayr et lui fit part de la dernière volonté de Garin.

Il a demandé du vin de Beaune. Mais c'est du poison qu'il veut pour éviter la honte d'être traîné sur la claie. Pouvez-vous lui en donner ?

Le médecin maure avait écouté la jeune femme sans qu'un muscle bougeât dans son visage. Il hocha la tête.

J'avais compris. Fais-moi donner une pinte de vin de Beaune. Je n'en ai que pour peu d'instants.

Sara s'en alla chercher le vin qu'elle remit à l'Arabe. Il se retira dans sa chambre, revint au bout d'un moment, portant toujours le pot d'étain que Sara lui avait donné. Il le mit dans les mains de Catherine.

Tiens ! fit-il. Voilà ce que tu m'as demandé. Fais-le-lui porter immédiatement.

Catherine considérait avec un mélange de curiosité et d'horreur le liquide rouge sombre qui emplissait le pichet.

Et... il ne souffrira pas ? demanda-t-elle d'une voix mal assurée.

Abou-al-Khayr hocha la tête et sourit tristement.

Il s'endormira... et ne s'éveillera plus. La moitié du vin contenu dans ce pot suffirait. Va !...

D'un geste brusque, Sara enleva le récipient des mains de Catherine.

Donne ! fit-elle. Ces choses ne doivent point passer par tes mains...

Cachant le pot d'étain sous sa cape noire, la gitane disparut dans l'escalier de l'hôtel. Catherine et le médecin restèrent seuls, face à face. Au bout d'un instant, Abou s'approcha de la jeune femme et toucha ses yeux d'un doigt léger.

Tu as pleuré ! constata-t-il. Et les larmes ont entraîné le fiel qui emplissait ton cœur. Tu retrouveras la paix et le calme, un jour.

Je ne crois pas ! s'écria Catherine. Comment oublier tout cela ? Tout est tellement affreux... tellement injuste !

Abou-al-Khayr haussa les épaules et se dirigea vers la porte au seuil de laquelle il s'arrêta.

Le temps fait oublier les douleurs, éteint les vengeances, apaise la colère et étouffe la haine ; alors le passé est comme s'il n'eût jamais existé.

Quand le jour du 6 avril 1424 se leva, Catherine, qui avait passé en prières le reste de la nuit, se leva et alla se poster à une étroite fenêtre donnant sur la rue. La lumière était d'un gris sale et un rideau de pluie fine enveloppait la ville comme un voile de brume. Mais, malgré le temps et l'heure matinale, des gens s'attroupaient déjà devant la maison du Singe, avides du spectacle sanglant qui leur était promis. La prière avait fait beaucoup de bien à la jeune femme. Elle y avait puisé un réconfort, un calme perdu depuis bien longtemps. De tout son cœur elle avait imploré la clémence divine pour l'homme dont, enfin, elle avait déchiffré l'énigme. Une lamentable énigme, un mystère de souffrance et de honte ! Elle savait que, maintenant, elle pourrait songer à lui avec une sorte de tendresse. En lui devenant accessible, Garin lui était devenu cher. Une seule inquiétude demeurait en elle : le geôlier avait-il bien rempli sa mission ?

Un remous dans la foule la tira de sa méditation. Un piquet d'archers de la Prévôté, fauchard à l'épaule, le visage caché sous des salades luisantes d'eau, s'approchait, escortant un homme déjà âgé mais vigoureux en qui elle reconnut avec un frisson Joseph Blaigny, le bourreau... Il venait prendre livraison du condamné...

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