Toi, Marianne
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Марианна #4
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Toi, Marianne». Краткое содержание книги:
Cependant, Jason passait l’inspection de son navire. Les dégâts étaient assez peu graves et aisément réparables à terre. Quelques blessés seulement étaient étendus sur le tillac et déjà John Leighton s’en occupait. Passant près de la jeune femme qui s’agenouillait auprès d’un jeune marin touché à l’épaule par un éclat de mitraille, le corsaire se pencha un instant pour examiner la blessure :
— Ce ne sera pas grand-chose, mon gars ! En mer, les blessures guérissent vite. Le Dr Leighton va s’occuper de toi.
— Avons-nous... des morts ? demanda Marianne qui, occupée à étancher le sang avec son mouchoir ne releva pas les yeux, mais eut conscience du regard qui pesait sur elle.
— Non. Aucun ! C’est une chance ! Cependant j’aimerais bien connaître le misérable qui vous a dénoncée... ou bien avez-vous bavardé inconsidérément, ma chère princesse ?...
— Moi ? Bavarder ?... Vous êtes fou ! Je vous rappelle que l’Empereur n’a pas coutume de s’adresser à des gens qui sèment des paroles à tout vent !
— Alors, je ne vois qu’une solution.
— Laquelle ?
— Votre mari ! Vous lui avez échappé, il vous a dénoncée aux Anglais pour vous récupérer. Dans un sens, je le comprends ; j’aurais été capable, moi aussi, de faire quelque chose d’analogue pour vous empêcher d’aller dans ce damné pays !
— C’est impossible !
— Pourquoi ?
— Parce que le prince est...
Se rendant compte, brusquement, de ce qu’elle allait dire, Marianne s’arrêta, rougit puis, détournant la tête et revenant à son blessé, acheva :
— ... incapable d’une action aussi basse ! C’est un gentilhomme !
— Et moi je suis une brute, n’est-ce pas ? grimaça Jason. Parfait, restons-en aux conjectures ! Maintenant, si vous le permettez, je vais accueillir nos sauveurs et leur annoncer que nous allons relâcher à Corfou pour réparer nos avaries.
— Graves, ces avaries ?
— Non, mais il faut réparer tout de même. On ne sait jamais : entre ici et Constantinople, nous rencontrerons certainement encore un ou deux navires de mon ami Georgie !
Quelques instants plus tard, le capitaine de vaisseau Montfort, chef d’escadre, mettait le pied sur le tillac de la « Sorcière », salué par les coups de sifflet du maître d’équipage et par Jason qui, pour le recevoir, avait remis son habit. En quelques phrases courtoises et brèves, il s’assura que le navire américain n’avait pas subi d’avarie sérieuse ni de pertes humaines et invita le corsaire à le suivre à Corfou, où les quelques dégâts subis par la superstructure de la « Sorcière » pourraient être réparés facilement. En échange, il reçut les remerciements de Jason pour son intervention aussi rapide qu’inattendue.
— C’est le ciel, en vérité, qui vous a envoyé, Monsieur ! Sans votre aide nous aurions eu quelque peine à nous tirer de ce mauvais pas.
— Le ciel n’y est pour rien ! Nous avions connaissance du passage de votre navire dans le canal d’Otrante et nous devions veiller à ce que ce passage s’effectuât sans incident. Les croisières anglaises sont toujours à l’affût.
— Vous étiez... avertis ? Mais par qui ?
— Un messager spécial du comte Marescalchi, ministre des Relations Extérieures du royaume d’Italie, qui se trouve actuellement à Venise, nous a avisés de la présence à bord d’un navire américain d’une grande dame italienne, la princesse Sant’Anna, amie personnelle de Sa Majesté l’Empereur et Roi. Nous devions vous guetter et vous escorter jusqu’au-delà du canal de Cythère afin de vous protéger jusqu’à votre arrivée dans les eaux turques. Vous l’ignorez, peut-être, mais le danger que vous courez est double.
— Double ? En dehors de la base anglaise de Santa Maura[9] qu’il nous faudra doubler...
Montfort se raidit. Il avait à dire des choses désagréables pour son orgueil national.
— Vous l’ignorez peut-être, mais les Anglais tiennent également Céphalonie, Ithaque, Zante et Cythère elle-même. Nous n’avions pas assez de forces pour défendre toutes les îles Ioniennes que la Russie nous a cédées au traité de Tilsit. Mais, outre les Anglais, nous devons craindre les flottilles du pacha de Morée.
Jason se mit à rire.
— Je crois avoir une puissance de feu suffisante pour faire face à des barques de pêche !
— Ne riez pas, Monsieur. Vali pacha est fils du redoutable maître de l’Epire, Ali de Tebelen, pacha de Janina, un homme puissant, retors et astucieux dont nous ne savons jamais s’il est pour nous ou contre nous, et qui se taille un empire sur le dos des Turcs. Pour lui aussi la princesse serait une prise de choix et, si par hasard elle est belle...
Du geste, Jason fit approcher Marianne qui, dissimulée par Jolival et Gracchus, avait observé l’arrivée du chef d’escadre.
— Voici la princesse ! Souffrez, Madame, que je vous présente le capitaine de vaisseau Montfort à qui nous devons sinon la vie, du moins la liberté.
— Le danger est plus grand encore que je ne le craignais, fit celui-ci en saluant la jeune femme. Aucune rançon ne pourrait arracher Madame à Ali !
— Merci de votre galanterie, commandant, mais ce pacha est turc, j’imagine... et je suis cousine de la sultane Validé. Il n’oserait...
— Il n’est pas turc, mais épirote, Madame, et il oserait parfaitement car il agit sur cette terre en seigneur indépendant qui ne connaît d’autre loi que la sienne ! Quant aux flottilles de son fils, ne les dédaignez pas, Monsieur ; elles sont montées par des démons qui, s’ils viennent à l’abordage, et ils y viennent facilement grâce à leurs petits navires qui échappent sans peine au feu des canons, donneront un assaut que votre équipage aura le plus grand mal à soutenir. Acceptez donc notre aide... à moins que l’esclavage ne vous tente ?...
Deux heures plus tard, précédée de la « Pauline » et escortée des deux autres frégates, la « Sorcière des Mers » embouquait le canal nord de Corfou, étroit passage entre la côte sauvage de l’Epire et la grande île verte que couronnait, à sa pointe nord-est, la masse ensoleillée du mont Pantocrator. Vers la fin du jour les quatre navires entraient au port et venaient mouiller à l’ombre de la Fortezza Vecchia, la vieille citadelle vénitienne transformée par les Français en un vigoureux camp retranché.
Debout sur la dunette, entre Jason et Jolival, Marianne, vêtue d’une fraîche robe de jaconas jaune citron et coiffée d’une capote en paille d’Italie garnie de fleurs des champs, regarda approcher l’île de Nausicaa.
Tête nue, sanglé dans son meilleur habit bleu et dans une chemise neigeuse qui faisait ressortir sa peau couleur de pain d’épice, Jason, les mains au dos, remâchait visiblement une mauvaise humeur qui avait repris de la vigueur en constatant que Napoléon ne lui avait pas laissé le choix : qu’il le voulût ou non, il était bien forcé de conduire Marianne à Constantinople. Et quand, avec un regard plein de tendresse et d’espoir, elle avait murmuré :
— Tu vois bien que je n’y pouvais rien ! L’Empereur sait prendre ses mesures, on ne lui échappe pas !...
Il avait grogné entre ses dents :
— Si ! Quand on le veut vraiment ! Mais oserais-tu me dire que tu le souhaites ?
— De tout mon cœur !... dès que j’aurai rempli ma mission !
— Tu es plus têtue qu’une mule corse !
Le ton était encore agressif mais l’espérance était tout de même revenue dans le cœur de Marianne. Elle savait Jason trop honnête envers lui-même et envers les autres pour ne pas faire la part exacte de l’inéluctable. Dès l’instant où la volonté de Marianne disparaissait derrière des forces extérieures, il pouvait imposer silence à son orgueil masculin et revenir vers elle sans perdre la face à ses propres yeux. D’ailleurs, quand la main de la jeune femme, timidement, avait frôlé la sienne, il ne l’avait pas retirée.