Angélique se révolte Part 2
- Автор: Голон Анна, Голон Серж
- Серия: Angelique #10
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Angélique se révolte Part 2». Краткое содержание книги:
Angélique, Honorine dans ses bras, prit le chemin de la falaise. De temps à autre, elle se retournait pour crier : « Pressez-vous !... » aux Manigault qui suivaient tout en tirant la charrette et en se disputant.
Ensuite, elle regardait du côté de la ville.
La Rochelle, allongée, éclatante de blancheur au-dessus des terres basses et grises, ressemblait plus que jamais à une couronne aux mille fleurons. Mais Angélique s'inquiétait surtout de ce flocon de poussière qui semblait naître au pied des remparts, du côté de la porte Saint-Nicolas.
Elle hâta le pas, rejoignit la famille du boulanger.
– Les Manigault ont pris une charrette, eux, dit la femme rancunière. Si j'avais su, j'aurais chargé ma brouette, moi aussi.
– Les Manigault peuvent causer notre perte avec leur charrette, dit sèchement Angélique.
Elle remonta en courant la colonne des fugitifs jusqu'à ce qu'elle eût rejoint maître Berne.
– Regardez là-bas, que voyez-vous ? demanda-t-elle essoufflée. Le marchand qui s'avançait rapidement, tenant la main de Laurier, suivit du regard la direction qu'elle lui indiquait.
– Je vois de la poussière soulevée par un groupe de cavaliers, répondit-il.
Il ajouta, après un instant d'observation.
– ... Des cavaliers en uniforme rouge. Ils viennent droit sur nous.
Le marin qui marchait en tête de la colonne les avait aperçus. Il se mit à courir, attrapant deux enfants sous chaque bras, pressant les gens d'aller mettre à l'abri derrière les dunes.
Angélique revint en arrière pour crier aux Manigault.
– Hâtez-vous ! Lâchez votre charrette. Les dragons nous poursuivent.
Ils couraient tous, trébuchant dans le chemin sablonneux. Les jupes des femmes s'accrochaient aux ajoncs. On commençait à entendre le martèlement sourd du galop des chevaux.
– Vite ! Vite ! mais lâchez votre charrette, pour l'amour du Seigneur.
Manigault arracha sa femme aux brancards qu'elle s'escrimait à ressaisir. Il la poussait criante et hurlante.
Angélique avait attrapé d'une main Jérémie qui, lui au moins, était agile comme un elfe et qui, décomposé par la peur, courait de toute la force de ses petites jambes. Joseph soutenait Jenny à bout de souffle. « Je ne peux plus », gémissait-elle...
En découvrant les fugitifs, les dragons poussèrent un cri sauvage. On leur avait dit que des Huguenots s'enfuyaient là-bas. C'était une présomption, mais maintenant, ils les apercevaient, dispersés, et courant vers la mer comme des lièvres affolés. Ventrebleu ! Cette engeance d'hérétiques n'allait pas leur échapper à eux, les « missionnaires bottés » ! Ils en avaient embroché bien d'autres, en Poitou et dans les Cévennes.
Ils mirent sabre au clair et le lieutenant sonna le galop de charge.
Au passage un sabre pointa et renversa la carriole abandonnée des Manigault. Les étoffes se répandirent, les belles faïences se brisèrent en éclats chatoyants sous les sabots des chevaux.
Angélique entendit ce galop de l'hallali.
« Cette fois, nous sommes bien perdus », se dit-elle.
Sa course folle lui rappelait celle qu'elle avait menée, avec Colin Paturel, sous les murs de Ceuta.
Jérémie trébucha, elle le traîna par le bras, réussit à le remettre sur pied. Contre son oreille, Honorine poussait des cris assourdissants. Elle riait, enchantée de la cohue. Angélique atteignait les dunes. Elle se jeta à l'abri de la première vague de sable.
Abri précaire !
Les dragons n'étaient plus qu'à quelques foulées. Ils allaient atteindre les deux couples gémissants et traînards formés par les Manigault.
Tout à coup, alors qu'elle croyait voir s'abattre sur elle et sur les enfants les sabres meurtriers, Angélique entendit rouler le crépitement de plusieurs coups de mousquet. L'odeur de la poudre piqua les narines. La fumée, âcre, monta autour d'eux.
On entendit la voix de Nicolas Perrot s'adressant aux fugitifs :
– Ne restez pas là. Reculez-vous doucement en arrière, jusqu'au bord de la falaise, on va vous descendre sur la plage.
Une main la toucha à l'épaule. C'était le matelot basané qui s'était attaché à ses pas, restant avec elle, l'arrière-garde, sans doute sur l'ordre du marin parlant français. Bizarrement, elle devina à quelle race il appartenait alors qu'elle se l'était demandé en vain depuis la veille.
« J'y suis. C'est un Maltais ! »
Pensée fort incongrue, en un tel moment. Il lui faisait signe de reculer, elle aussi, tout en rampant.
Angélique dressa légèrement la tête au-dessus des herbes. Elle aperçut, des chevaux hennissants dans la fumée, et à terre des uniformes rouges foudroyés.
Arrêtés dans leur élan par le feu roulant des mousquets, dissimulés derrière les maigres dunes, les dragons avaient reculé et se regroupaient un peu plus loin.
Le cœur d'Angélique s'emplit d'enthousiasme. Il avait aussi pensé à cela, qu'on pourrait les poursuivre ! Il avait posté ses pirates armés derrière chaque repli de terrain, pour défendre l'accès de la plage d'embarquement.
Elle commença alors à reculer, encourageant les petits à la suivre. Maintenant, en se retournant, elle devinait le navire dans la crique, les voiles tendues. Le sentier descendant vers la grève était proche.
– Dame Angélique, vous n'êtes pas blessée !
Maître Berne se glissait à ses côtés. Il avait un pistolet en main.
– ... Pourquoi êtes-vous restée en arrière ?
– À cause de ces empotés, fit-elle avec un geste de rancune vers les Manigault.
Ceux-ci rampaient lourdement, entraînés par le sable fluide.
– Je suis blessée ! Je suis blessée, geignait Mme Manigault.
C'était peut-être vrai. Elle se laissait aller de tout son poids, et son mari la tirait et la soutenait en jurant comme un corsaire.
– Où est Laurier ? demanda Angélique.
– Les matelots ont commencé à descendre les enfants dans la chaloupe. Mais j'étais inquiet à votre sujet. Je suis remonté. Dieu soit loué. Le capitaine de ce navire a pensé à nous faire protéger par des armes !... Il est en bas sur la plage à diriger l'embarquement.
– Il est là ! répéta Angélique. Oh ! c'est un homme extraordinaire, n'est-ce pas ?
– Ouais ! Un homme masqué, à ce que j'ai cru voir, et chef d'un équipage de forbans.
Un nouveau feu roulant de détonations éclata. Les dragons regroupés avaient essayé de charger de nouveau et leur élan était, une fois de plus, coupé net.
Mais certains se jetèrent à bas de leur monture et commencèrent, eux aussi, à ramper vers les dunes afin d'affronter au corps à corps leurs adversaires.
Les matelots du Gouldsboro, en éclaireurs sur la falaise, essayaient de se replier afin de rejoindre les leurs.
Tant qu'ils demeureraient sur la falaise, protégeant l'embarquement des réfugiés protestants, les dragons auraient du mal à s'approcher. Mais lorsque les derniers mousquets des pirates auraient gagné la grève, les soldats du Roi pourraient les massacrer du haut des rochers.
Déjà certains ébauchaient un mouvement enveloppant et les abords se garnissaient d'uniformes rouges. Heureusement, les dragons avaient peu de mousquets avec eux, étant surtout armés de pistolets et de sabres. Sur un ordre du lieutenant, deux des plus forcenés essayèrent de sauter directement sur la grève. Mais ils se brisèrent proprement les jambes en arrivant en bas et leurs hurlements de douleur refroidirent l'enthousiasme de leurs camarades pour persister dans une telle stratégie.