La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]
- Автор: Мартин Джордж Рэймонд Ричард
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Pygmalion
- ISBN: 2-85704-620-0
- Переводчик: Jean Sola
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «La Bataille des rois [A Clash of Kings (part 1) - fr]». Краткое содержание книги:
Grâce à son pouvoir d’évocation sans égal, George R.R. Martin nous entraîne dans un fabuleux univers de complots, de vengeances et de combats, de poison et de magie. Ses personnages ont la force des plus grandes créations romanesques : une fois le livre refermé, quel lecteur pourra oublier Sansa, la princesse sentimentale qui se découvre le jouet d’intrigues machiavéliques, Arya, sa sœur casse-cou qui se déguise en garçon pour échapper à la mort, ou leur frère Bran, l’étrange infirme à demi loup-garou ?
Audacieux, imaginé avec un luxe inouï de détails, nourri par une invention débridée, La Bataille des Rois est un roman éblouissant. Il a la puissance des contes anciens qui hantent toutes les mémoires.
« Votre frère est sire d’Accalmie depuis treize ans. Ces derniers sont ses bannerets liges, et…
— Ses, coupa Stannis, quand ils devraient être les miens. Je n’ai jamais demandé Peyredragon. Je ne l’ai jamais désiré. Je m’en suis emparé parce que les ennemis de Robert s’y cramponnaient et qu’il m’a ordonné de les en extirper. J’ai armé sa flotte et fait sa besogne, en cadet respectueux de ses devoirs vis-à-vis de l’aîné – Renly me devrait la pareille –, et comment Robert me remercie-t-il ? En me faisant sire de Peyredragon et en donnant Accalmie et ses revenus à Renly. Voilà trois siècles qu’Accalmie est l’apanage de notre maison ; il me revenait de plein droit, quand Robert s’est adjugé le Trône de Fer. »
Un vieux grief, jamais digéré, et pour l’heure moins que jamais. La faiblesse actuelle de lord Stannis prenait en effet sa source dans le fait que, tout vénérable et fort qu’était Peyredragon, de son allégeance ne relevait qu’une poignée de noblaillons dont les possessions insulaires quasi désertes offraient plus de rocaille que de combattants. Stannis avait eu beau recruter des reîtres dans les cités libres de Myr et de Lys, l’armée qu’il faisait camper sous ses murs était beaucoup trop maigre pour abattre la puissance des Lannister.
« Robert vous a lésé, rétorqua posément mestre Cressen, mais pour des motifs judicieux. Peyredragon avait été longtemps le siège de la maison Targaryen. Il lui fallait là, comme gouverneur, un homme énergique, et Renly n’était qu’un gamin.
— Il est toujours un gamin, trancha Stannis avec une colère qui fit tonner la pièce vide, un gamin chapardeur qui n’aspire qu’à m’escamoter la couronne. De quels exploits peut-il se prévaloir pour briguer le trône ? Il siège au Conseil, blague avec Littlefinger et, dans les tournois, n’endosse sa superbe armure que pour s’offrir le luxe d’être démonté par meilleur que lui. Voilà sur quel bilan mon cher frère fonde ses prétentions à la royauté. Je te le demande, pourquoi les dieux m’ont-ils affligé de deux frères ?
— Je ne saurais répondre à la place des dieux.
— Tu me sembles fort à court de réponses, ces temps-ci. Qui sert donc de mestre à Renly ? je l’enverrais chercher, ses conseils me conviendraient mieux. Qu’a dit ce mestre, à ton avis, quand mon frère se mit en tête de me voler ma couronne ? Quel conseil ce collègue à toi donna-t-il à ce traître de mon sang à moi ?
— Je serais surpris que lord Renly demande conseil à quiconque, Sire. » Pour hardi que fut devenu le dernier des trois fils de lord Steffon, il agissait à l’étourdie, de manière plus impulsive que calculée. En quoi il ressemblait, comme à tant d’autres égards, à Robert et différait absolument de Stannis.
« Sire…,répéta ce dernier d’un ton aigre. C’est te ficher de moi que me régaler de ce style royal. Sur quoi régné-je ? Peyredragon et quelques écueils du détroit, voilà mon royaume. » Dévalant de son siège, il vint se camper devant la table où son ombre barra l’embouchure de la Néra et les forêts peintes qu’avait supplantées Port-Réal. Et il couvait du regard, là, debout, le royaume qu’il entendait revendiquer, ce royaume à portée de main qui se trouvait au diable. « Ce soir, je dois souper avec mes bannerets – ce qui m’en tient lieu. Celtigar, Velaryon, Bar Emmon, enfin toute cette pitoyable clique. Du petit bétail, pour ne rien celer, les rogatons, bref, qu’ont daigné me laisser mes frères. Sladhor Saan, le pirate de Lys, m’y harcèlera de sa dernière ardloise, tandis que Morosh de Myr m’assommera en me chapitrant sur les tempêtes et les marées d’automne, et que ce cagot de lord Solverre me marmottera la volonté des Sept. Celtigar voudra savoir quels seigneurs de l’orage se joignent à nous. Velaryon menacera de plier armes et bagages si nous ne frappons tout de suite. Que leur répondre ? Que faire, maintenant ?
— Vos véritables ennemis sont les Lannister, messire, opina Cressen. Si vous et votre frère faisiez cause commune contre eux…
— Je ne traiterai pas avec Renly, rétorqua Stannis d’un ton à interdire toute discussion. Aussi longtemps qu’il usurpera le titre de roi.
— Pas de Renly, alors », concéda le mestre. Il le savait aussi têtu qu’orgueilleux et, une fois résolu, incapable de la moindre concession. « D’autres seraient aussi à même de vous seconder. Depuis qu’on l’a proclamé roi du Nord, le fils d’Eddard Stark dispose des forces conjointes de Winterfell et de Vivesaigues.
— Un godelureau, lâcha Stannis, et un faux roi de plus. Me faut-il accepter l’éclatement du royaume ?
— Un demi-royaume vaut à coup sûr mieux qu’aucun, suggéra Cressen, et si vous aidez le garçon à venger le meurtre de son père…
— Pourquoi devrais-je venger Eddard Stark ? Il ne m’était rien. Oh, certes, Robert l’aimait. L’aimait comme un frère, combien de fois l’ai je entendue, cette rengaine ? Son frère était moi, pas Ned Stark, mais qui l’eût cru, vu la manière dont il me traitait ? Pendant que je tenais Accalmie pour lui et regardais mes braves crever de faim, Mace Tyrell et Paxter Redwyne se gobergeaient sous mon nez. M’en remercia-t-il ? Nenni. C’est Stark qu’il remercia pour avoir fait lever le siège, alors que nous grignotions, nous, des racines et des rats. Sur les ordres de Robert, j’armai une flotte et, en son nom, m’emparai de Peyredragon. Me prit-il la main en disant : Bravo, mon frère, que pourrais-je faire sans toi ? Nenni. Il me blâma de m’être laissé filouter Viserys et sa nouveau-née de sœur par Willem Darry – comme si l’avais pu l’en empêcher. J’ai siégé à son Conseil quinze ans durant, aidé Jon Arryn à gouverner le royaume pendant que Robert courait la pute et se soûlait, mon frère me nomma-t-il sa Main ? Nenni. Il partit au triple galop retrouver son bien-aimé Ned Stark et lui en décerna l’honneur. Dont leur advint à tous deux grand bien.
— Soit, messire, convint Cressen par diplomatie. On vous a repu de couleuvres, mais poussière que le passé. Une alliance avec les Stark peut vous assurer l’avenir. Vous pourriez du reste en sonder d’autres. Lady Arryn, par exemple. Si la reine a assassiné son mari, sûrement brûle-t-elle d’en obtenir réparation. Elle a un fils, l’héritier du Val. Des fiançailles avec Shôren…
— Il est débile, égrotant, objecta Stannis. En me priant de le prendre pour pupille à Peyredragon, son père lui-même en était conscient. Le service de page aurait pu améliorer son état, la maudite Lannister a tout flanqué par terre en faisant empoisonner lord Arryn et, maintenant, la Lysa nous embusque le môme aux Eyrié. Jamais, je t’en fiche mon billet, jamais elle ne se séparera de lui.
— Dans ce cas, que ne lui expédiez-vous Shôren ? insista le mestre. Peyredragon est lugubre pour un enfant. Que son fou l’accompagne, ce visage familier lui adoucira le dépaysement.
— Familier et hideux. » L’effort de réflexion lui laboura le front. « Toutefois… Cela vaut peut-être la peine d’essayer…
— Hé quoi ! s’indigna une voix acerbe, le maître légitime des Sept Couronnes devrait mendier l’appui de veuves et d’usurpateurs ? »
Mestre Cressen se retourna, s’inclina. « Madame », dit-il, fort marri de ne l’avoir pas entendue entrer.
Lord Stannis s’était renfrogné. « Je ne mendie pas. Auprès de personne. Veille à t’en souvenir, femme.
— Je suis charmée de l’apprendre, messire. » Aussi grande que son mari, maigre de corps comme de visage, lady Selyse avait d’immenses oreilles et, sous son nez pointu, le spectre d’une moustache. Elle avait beau le plumer tous les jours en le maudissant, le poil s’obstinait à lui orner la lèvre dès le lendemain. Elle avait des yeux délavés, la bouche sévère, une voix de fouet qu’elle fit claquer derechef : « Lady Arryn te doit allégeance, ainsi que les Stark et ton frère et tous les autres. Toi seul es leur authentique souverain. Il serait messéant de chicaner, marchander avec eux quant à ce qui te revient légitimement par la grâce du dieu. »