Monsieur Malaussène
- Автор: Пеннак Даниэль
- Серия: Saga Malaussène #4
- Год: 1997
- Язык: французский
- Год: Éditions Gallimard
- ISBN: 978-2070403004
- Жанр: Иронические детективы
Электронная книга - «Monsieur Malaussène». Краткое содержание книги:
Ma suite à moi c'est l'autre petit moi-même qui préparer ma relève dans le giron de Julie. Comme une femme est belle en ces premiers mois où elle vous fait l'honneur d'être deux! Mais, Julie, crois-tu que ce soit raisonnable? Julie, le crois-tu? Franchement… hein? Et toi, petit con, penses-tu que ce soit le monde, la famille, l'époque où te poser? Pas encore là et déjà de mauvaises fréquentations!
— La suite! La suite!
Ils y tenaient tellement à leur suite que moi, Benjamin Malaussène, frère de famille hautement responsable, bouc ressuscité, père potentiel, j'ai fini par me retrouver en prison accusé de vingt et un meurtres.
Tout ça pour un sombre trafic d'images en ce siècle Lumière.
Alors, vous tenez vraiment à ce que je vous la raconte, la suite?
Je suis allé le voir dans sa cellule, deux jours avant sa mort. Il était un peu amaigri, mais j'ai pensé que c'était la faute à Virgile… tous ces va-et-vient entre le latin et le cyrillique… Il avait les traits tirés et des dictionnaires partout. Il s'est accordé une récré. Nous avons déplié notre échiquier, mis les pièces en place… Il a tiré les blancs, et nous avons commencé à jouer. Je te reproduis mot pour mot notre conversation.
LUI: … (e2 — e4)
MOI: … (e7 — e5)
LUI: … (allume sa gitane)
MOI: Julie veut un enfant…
LUI: … (Cheval f3)
MOI: … (Cheval c7)
LUI: Tu aimes l'Australie?
MOI: L'Australie?
LUI: … (le Fou en c4)
MOI: … (le menton dans la main)
LUI: Le bush, le désert australien, tu aimes?
MOI: Connais pas.
LUI: Alors, documente-toi très vite. Seul le bush australien est assez profond pour fuir une femme qui veut un enfant de toi. Et encore…
MOI: … (f7 — f6)
LUI: … (réflexion)
MOI: … (méditation)
Voilà: tu viendras au monde et je n'entendrai plus jamais la voix de Stojilkovic. Si basse, la voix de l'oncle Stojil, c'était Big Ben dans notre brouillard intime. Un phare sonore. Une corne de déprime. Ça montait de si profond, ça comblait si pleinement notre espace, nous n'avions plus peur de nos ombres…
Plus de Stojil.
Il m'a dit:
— Suis mon conseil, c'est le dernier. Laisse faire Julie.
Et de m'annoncer sans broncher qu'il arrivait en fin de parcours.
— Les poumons.
Quand, après la radiographie fatale, le docteur lui avait interdit de fumer (tu verras, la mort s'annonce de loin, par ces petites interdictions de vivre), il s'était contenté de répondre:
— Docteur, pourquoi veux-tu que je fasse ça à mes gitanes?
Et il s'est mis à mourir doucement, la clope au bec, penché sur ses dicos.
— Oncle Stojil, ai-je dit assez stupidement, Stojil, Stojil, tu m'avais pourtant juré que tu étais immortel!
LUI: C'est vrai, mais je ne t'ai jamais juré que j'étais infaillible.
MOI: …
LUI: …
MOI: …
LUI: D'ailleurs, je ne meurs pas, je roque.
Voilà, tu n'es pas le produit du spermato véloce et du vorace ovule; tu es né de cette dernière visite à mon oncle Stojil.
Qui était l'honneur de la vie.
II
CISSOU LA NEIGE
La police? Depuis quand, la police?
4
L'huissier stagiaire Clément ne levait pas les yeux. Son stylo ne prenait aucune respiration. Il s'était immergé dans une lettre où coulait une écriture bleue, calme, d'une spontanéité parfaitement réfléchie.
21 juillet de ma première année
Chers parents,
J'ai deux nouvelles à vous annoncer: une bonne et une excellente. Commençons par la bonne: j'ai décroché haut la main mes UV de droit constitutionnel, de statistique et de comptabilité. Maintenant, l'excellente: j'abandonne le droit constitutionnel, les statistiques et la comptabilité. Et, plus généralement, toutes les ambitions que vous nourrissez à ma place depuis le jour de ma naissance.
Vous me trouverez sans doute un peu direct. Il était temps, voilà vingt-trois ans que je tourne autour de mon pot.
Il va sans dire que je lâche votre ami La Herse par la même occasion. Père pensait à juste titre qu'un stage de juillet chez le bon huissier serait formateur. Il l'a été. J'ai, suivant les conseils paternels, «ouvert les yeux sur la réalité» et «regardé le monde tel qu'il est». Un petit metteur en scène de sept ou huit ans avec des lunettes roses m'y a beaucoup aidé. D'où la présente.
A propos de mise en scène et pour que vous ne vous souciiez point de mon avenir, c'est au cinéma que je vais désormais me consacrer. En qualité de quoi? Je n'en ai pas la moindre idée. Tout m'y intéresse: je pourrais faire le scénariste, le metteur en scène, le monteur, le comédien, l'ingénieur du son, l'accessoiriste, le bruiteur, l'archiviste, l'exégète, l'ouvreuse ou le critique. Je crois même que je pourrais me mettre tout nu devant une caméra, bander comme un âne et faire l'amour à une jeune fonctionnaire pour que le foutre jaillisse et qu'un peu de paix s'installe.
Vulgaire, je sais.
Mais je profite de cet adieu pour vous rendre (avec les clefs de votre studio et mon emploi de fils modèle) les trois et uniques mots que votre éducation a su mettre à ma disposition en guise d'appareil critique: «vulgaire», «médiocre» et «remarkâble».
Voilà, je ne vous dois plus rien, si ce n'est la vie — ce que j'ai eu la délicatesse de ne jamais vous reprocher.