Naufrage aux Seychelles
- Автор: Де Вилье Жерар
- Серия: SAS (fr) #49
- Год: 1978
- Язык: французский
- Год: Plon
- ISBN: 2-259-00345-1
- Жанр: Шпионские детективы
Электронная книга - «Naufrage aux Seychelles». Краткое содержание книги:
L’Israélien l’avait vue aussi.
— C’est ça ? demanda-t-il.
— C’est ça, dit Malko.
Il coupa les diesels et le Koala se rapprocha doucement du récif. Jusqu’à ce qu’on puisse apercevoir le corail jaunâtre, au ras de l’eau. Le Derviche regardait, fasciné. Malko tendit la main vers la gauche.
— Le Laconia B est là.
— Je veux aller le voir.
Malko haussa les épaules.
— C’est trop tard pour aujourd’hui, il va bientôt faire nuit. Il y a seulement une bouteille. Allons mouiller à Denis. Nous coucherons là-bas et nous ferons recharger les bouteilles. Demain, nous reviendrons tôt et vous pourrez plonger.
Ils étaient partis plus tard que prévu et leurs recherches avaient pris pas mal de temps. L’Israélien accepta à regret.
— Très bien, allons à Denis.
Malko remettait déjà en route. Pour la bonne réalisation de son plan, il était indispensable qu’il mouille à Denis. Mais cela, le Derviche ne le savait pas… À 15 nœuds, le Koala mit le cap sur la bande de terre de la petite île. Le Derviche suivit la bouée des yeux tant qu’elle fut visible. Il serait bien resté dans le youyou. Malko remarqua qu’il ne quittait pas une sorte de saharienne avec de grandes poches. Dans l’une d’elles se dessinait à travers le tissu la forme d’un revolver à canon court.
À la moindre alerte, le Derviche agirait le premier. Un professionnel de sa classe ne restait vivant qu’avec de bons réflexes. Malko se dit qu’il allait avoir besoin de beaucoup de chance.
Pour la cargaison du Laconia B, l’agent Israélien était prêt à tuer.
Même Malko.
Chapitre XX
— À gauche… Doucement… Tout droit. Attention, il y en a un gros à droite.
Debout à l’avant du Koala, le Derviche guidait Malko à travers les têtes de corail hérissant la passe menant au mouillage de Denis. Le paysage n’avait guère changé depuis leur dernier passage. Rhonda souffrait beaucoup, prostrée sur le divan du carré. Malko, en sueur, luttait pour ses hélices et sa coque. Enfin, le Derviche fit un grand geste.
— C’est clair devant, annonça-t-il. Plus que du sable.
Ils se trouvaient à cent mètres du rivage. Déjà, une pirogue venait vers eux. Le Derviche revint vers l’arrière après avoir jeté l’ancre et commença à sortir les bouteilles à recharger. C’étaient les mêmes Noirs. Ravis de la perspective d’une caisse de bière, ils chargèrent les bouteilles dans leur esquif avec enthousiasme.
— Je vais avec eux, dit Malko. Pour leur montrer. Ils reviendront vous chercher avec Rhonda.
Cette fois, il y avait peu de chances que l’on vienne les déranger. Malko sauta à bord. Tandis que la pirogue s’éloignait vers le rivage en roulant, il se demanda s’il n’avait pas trop présumé de ses forces, s’il ne s’était pas embarqué dans une aventure impossible. Il se tourna vers un des Noirs et demanda :
— Pourquoi on ne fait pas sauter les coraux pour rendre la passe plus facile ?
L’autre éclata de rire.
— Moi pas savoi’. Demande bou’geois quand là.
— Na pas explosifs ?
— Si, na tant… fit le Noir.
Visiblement, cela dépassait sa compétence.
Malko écrasa un moustique et se leva. La lueur jaunâtre d’une lampe à pétrole éclairait faiblement la véranda. On entendait le teuf-teuf du compresseur rechargeant les bouteilles. Rhonda essayait de trouver le sommeil, sous les palmes d’un grand ventilateur.
— Je vais voir si tout se passe bien avec les bouteilles, dit-il. Si possible, je vais les faire monter à bord ce soir. Sinon, nous serons retardés pour partir demain matin.
Le Derviche bâilla, il n’était pas habitué à la mer et la fatigue se lisait sur ses traits tirés.
— Je vous laisse faire, dit-il. Je vais me coucher. À demain.
— À demain, dit Malko.
Il descendit les marches de bois et traversa la pelouse. Il était tout aussi fatigué que l’Israélien, mais ne pouvait pas encore se coucher. La machine infernale était en route et il ne pouvait plus l’arrêter. Sauf en se suicidant. Lui et Rhonda occupaient une des chambres du bungalow, le Derviche l’autre. Il se retourna pour vérifier que l’Israélien ne le suivait pas, mais ce dernier avait déjà disparu dans le bungalow. Malko contourna le grand hangar plat où on faisait sécher les noix de coco et fila vers le compresseur.
Le tranchant du poignard entama facilement le caoutchouc noir du tuyau reliant la bouteille d’oxygène à l’embout. Avec un léger crissement, il enfonça dans la matière noire et les deux parties retombèrent, séparées.
Malko tourna la tête, surveillant la porte du carré, mais ne rencontra que le sourire de Rhonda, étendue à sa place habituelle, ils se trouvaient depuis une dizaine de minutes au-dessus du Laconia B. Il était encore très tôt et ils auraient bien un peu prolongé leur repos à Denis, mais le Derviche ne tenait pas en place. Il voulait plonger, aller contempler le Laconia B de ses propres yeux. En ce moment, il se trouvait sur le flying-deck, attendant que Malko ressorte avec le matériel de plongée.
Celui-ci essuya son front brusquement couvert d’une sueur froide. Dans l’étroite cabine avant chahutée par la houle, il avait presque le mal de mer. Il en était à la partie la plus délicate de son plan. Si l’agent israélien avait le moindre soupçon, il l’abattait sur-le-champ.
Rapidement, il dissimula sous une toile le tuyau qu’il venait de sectionner et commença à enfiler la combinaison. Il restait un seul appareillage de plongée en état de fonctionnement. Celui qu’il allait passer sur son dos. Deux bouteilles accolées afin de se donner une autonomie de soixante minutes.
Le caoutchouc sur le dos, il se mit à transpirer abondamment. Il acheva de s’équiper ; la montre, le profondimètre, le poignard attaché à la jambe, le masque, les palmes. Il essaya la grosse lampe jaune et enfin, enfila le harnais des bouteilles, titubant à cause du roulis.
Cela aurait été plus facile si Rhonda l’avait aidé, mais elle en était incapable. Pourvu que le Derviche ne s’impatiente pas. Les bouteilles arrimées, Malko fouilla dans un sac qu’il avait rapporté de Denis, la veille, avec les bouteilles, et en sortit six pains de plastic de 200 grammes, équipés chacun d’un détonateur pouvant fonctionner sous l’eau. Le fil qui les reliait mesurait plus de cent mètres et c’est ce qui était le plus lourd. Malko accrocha le sac contenant le tout à sa ceinture et sortit de la cabine, marchant tant bien que mal sur ses palmes. Impossible de les enfiler au dernier moment.
Il ne pouvait pas se permettre de rater : le Derviche ne lui donnerait sûrement pas une seconde chance…
Il traversa le carré, la lampe jaune dans la main gauche et sourit au passage à Rhonda. Il ne l’avait pas mise dans le secret. Dans quelques minutes il allait savoir si son plan était une chimère ou une réalité. Il émergea sur le pont arrière, s’arrêta pour reprendre son souffle et fit glisser le masque sur son visage.
De la dunette, le Derviche l’aperçut. Aussitôt, l’Israélien descendit l’échelle. Malko vit la surprise dans son regard et tout de suite la méfiance.
— Où est mon équipement ? demanda-t-il. Pourquoi ne m’attendez-vous pas ? Où allez-vous ?
Malko réussit à s’extraire un sourire innocent.
— Avec cet équipement, je ne peux aller qu’à un seul endroit, fit-il. Sous l’eau. Le vôtre vous attend. Mais je crois que vous feriez mieux de vous équiper ici, dehors. Dans la cabine ce n’est pas facile…