Les Pardaillan - Livre V - Pardaillan Et Fausta
- Автор: Зевако Мишель
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan - Livre V - Pardaillan Et Fausta». Краткое содержание книги:
La ronde passa.
Pardaillan eut un soupir de soulagement. Et comme le bruit des pas s’était perdu au loin, il voulut sortir et tira la porte à lui: elle résista. Il insista, chercha: la porte qu’il avait à peine poussée, actionnée par quelque ressort caché, s’était fermée d’elle-même et il lui était impossible de l’ouvrir.
– Diable! murmura-t-il, voilà qui se complique.
Sans s’obstiner, il abandonna la porte et inspecta le réduit qui l’avait abrité momentanément.
C’était une espèce de cul-de-sac. Il y faisait très sombre, mais le chevalier qui, depuis sa sortie du cabinet d’Espinosa, marchait presque constamment dans une demi-obscurité, y voyait suffisamment pour se rendre compte de la disposition des lieux. En face de la porte, il distinguait un petit escalier tournant.
«Bon! songea-t-il, je passerai par là… je n’ai d’ailleurs pas le choix.»
Résolument il s’engagea dans l’escalier fort étroit et monta lentement prudemment.
L’escalier émergeait du sol sans rampe, sans garde-fou et aboutissait à une sorte de vestibule. Sur ce vestibule, trois portes, une de face, l’autre à droite, la troisième à gauche de l’escalier.
D’un coup d’œil, Pardaillan se rendit compte de cette disposition. Il eut une moue significative et murmura:
– Si ces portes sont fermées, me voilà pris comme un rat dans une souricière.
Comme en bas, comme dans les couloirs, il se trouvait plongé dans une demi-obscurité qui, jointe à un silence funèbre, commençait à peser lourdement sur lui. Des sensations étranges l’assaillaient, un frisson parfois passait sur sa nuque. Confusément il se sentait pris dans il ne savait quel inextricable filet. Il regrettait presque d’avoir écouté l’homme qui lui avait conseillé d’éviter les rondes.
– J’aurais dû foncer, se dit-il rageusement. Je sais bien qu’il y avait les mousquets; mais bah!… ils m’auraient manqué!
Il se secoua pour faire tomber cette impression de terreur qui s’appesantissait sur lui. Il allait se diriger au hasard vers l’une des trois portes, lorsqu’il crut entendre un murmure étouffé sur sa gauche. Il changea de direction, s’approcha et entendit distinctement une voix qui disait:
– Eh bien! que fait-il?
«Espinosa! songea Pardaillan qui reconnut la voix. Voyons ce qui se trame là derrière.»
Et l’oreille collée contre la porte, il concentra toute son attention. Une deuxième voix inconnue répondait:
– Il erre dans le dédale des couloirs où il est perdu.
– Cornes du diable! gronda Pardaillan, ceci me concerne à n’en pas douter.
Et avec un sourire terrible:
– Si je me tire de ce mauvais pas, vous payerez cher votre trahison, M. d’Espinosa.
De l’autre côté de la porte, la voix d’Espinosa reprenait sur ce ton bref et impérieux qui lui était habitueclass="underline"
– Les troupes?
– Cinq cents hommes, tous armés de mousquets, occupent cette partie du palais. Des postes de cinquante hommes gardent toutes les issues. Des rondes de vingt à quarante hommes sillonnent les corridors dans tous les sens, fouillent toutes les pièces. Si l’homme se heurte à l’une de ces rondes ou à l’un de ces postes, une décharge générale le foudroie… Il est irrémissiblement perdu; c’est comme si vous le teniez dans votre main, monseigneur. Fermez la main, l’homme est broyé!
– Tête et ventre! rugit Pardaillan exaspéré, c’est ce qu’il faudra voir!
Et dans sa tête, avec l’instantanéité de l’éclair, le plan d’évasion se dessinait net et précis, d’une simplicité remarquable: entrer brusquement, saisir Espinosa, lui mettre la pointe de l’épée sur la gorge et lui dire:
– Vous allez me conduire à l’instant hors de ce coupe-gorge ou sinon, foi de Pardaillan, je vous étripe avant que d’être broyé moi-même.
Tout cela n’était qu’un jeu pour lui, mais pour l’accomplir il fallait que la porte ne fût pas fermée à clef.
Et comme, chez lui, l’exécution suivait de près la pensée, il chercha aussitôt à ouvrir sans bruit.
– Tripes du diable! clama Pardaillan en lui-même, la porte est fermée!… L’enfoncer?… Peut-être!… Mais cela n’ira pas sans quelque bruit et, pendant ce temps, le noble Espagnol ne restera pas là à m’attendre stupidement.
Cependant Espinosa donnait ses ordres:
– Il faut l’acculer à la salle des tortures et l’obliger à y pénétrer.
– La torture! frissonna Pardaillan.
– C’est facile, monseigneur, fit la voix inconnue; l’homme est bien obligé de passer par les voies que nous laissons libres devant lui. Sans qu’il s’en doute, on l’y conduira comme avec la main et il ira se livrer de son chef.
– La torture! répéta Pardaillan flamboyant de colère, la pensée est digne de ce prêtre doucereux et félon. Mais, par Pilate! il ne me tient pas encore!
Et en disant ces mots, il appuya l’épaule contre la porte, s’arc-bouta solidement et, comme il allait pousser de toutes ses forces, il étouffa une clameur de joie et de triomphe.
La porte qu’il avait crue fermée ne l’était pas. Il n’eut qu’à la pousser et se rua dans la pièce.
Elle était vide.
D’un coup d’œil rapide, il en fit le tour: il n’y avait pas de porte, pas de fenêtre, aucune issue visible autre que celle par où il venait de pénétrer. Elle était sans meubles, nue, froide, obscure. Et de cette nudité, de ce froid, de cette ombre et de ce silence subit, il se dégageait on ne sait quoi de sinistre et de menaçant.
Dès qu’il vit la pièce absolument vide, Pardaillan se rappela avec quelle facilité la porte du bas s’était si énigmatiquement et si mal à propos fermée sur lui.
«Si celle-ci se ferme toute seule sur moi je suis perdu! songea-t-il.»
Et en même temps, d’un bond, il sortit plus vite qu’il n’était entré Et dès qu’il fut revenu dans le vestibule, la porte, mue par un mécanisme invisible, se referma d’elle-même.
– Il était temps! murmura Pardaillan en passant la main sur son front où pointait la sueur de l’angoisse.
Il appuya contre la porte pour se rendre compte. Elle était bien close et paraissait assez solide pour résister à un assaut.
Machinalement, il jeta les yeux autour de lui et demeura stupéfait: il ne se reconnaissait plus.
L’escalier tournant avait disparu. Le trou béant par où il était entré était comblé. L’instant d’avant il y avait trois portes, maintenant il n’y en avait plus que deux: celle sur laquelle il s’appuyait encore et celle qui aurait dû se trouver en face de l’escalier.
Si solide que fût le cerveau de Pardaillan, il commençait à sentir l’affolement le gagner. Il avait beau se raidir, il sentait peu à peu l’horreur le pénétrer.
Ajoutez qu’il était à jeun, et que depuis des heures, peut-être, il errait ainsi, pourchassé et traqué de couloir en couloir.
S’il y avait danger de mort, il n’y avait pas à en douter, et ce n’est pas cela qui était fait pour l’effrayer. Mais où était ce danger? En quoi consistait-il? Il se voyait sur un terrain machiné, en tout pareil à la mouche se débattant au milieu de la toile tissée par l’araignée, invisible, tapie dans quelque trou obscur, d’où elle guette sournoisement, prête à fondre sur sa proie quand elle la verra déprimée.