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L’Homme Au Masque De Fer

Электронная книга - «L’Homme Au Masque De Fer». Краткое содержание книги:

Les médecins sont formels. Si Anne d'Autriche n'a pas encore donné d'héritier au trône de France, ce n'est pas de son fait, mais de celui de Louis XIII. Cette situation ne satisfait pas Richelieu qui redoute que son plus grand ennemi, Gaston d'Orléans, frère du roi, ne puisse accéder au trône. Or, un jour, un émissaire de Richelieu, M. Durbec, lui apprend que la reine est partie du Val-de-Grâce où elle s'était retirée pour quelques semaines. M. Durbec en connaît la raison: la reine va être mère. Richelieu comprend immédiatement que le père de l'enfant à naître ne peut être que Mazarin, alors confident de la reine. L'enfant naît et est secrètement confié au chevalier Gaëtan de Castel-Rajac, amant de Mme de Chevreuse, confidente de Mazarin et de la reine. Gaëtan n'aura de cesse de protéger cet enfant contre tous les complots visant à le faire disparaître, derrière lesquels on retrouve Richelieu, puis, bien des années après, Colbert, et toujours M. Durbec…
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Et, remontant en selle, il éperonna son cheval, tout en disant:

– Je crois que j’ai bien tenu mon serment! Ma chère Marie va être contente!…

* *

*

Au milieu de sa joie, Castel-Rajac conservait cependant une certaine inquiétude. En effet, il était sans nouvelles de M. de Durbec et il se demandait ce que celui-ci avait bien pu devenir. Comme il se doutait qu’il manigançait dans l’ombre quelques sombres intrigues, et bien qu’il fût tout à fait tranquille au sujet d’Henry, il se demandait si cet oiseau de malheur n’allait pas s’apercevoir de la substitution du prisonnier et chercher noise à cet excellent gouverneur que le Gascon avait entraîné un peu malgré lui dans cette aventure.

Gaëtan était d’un tempérament trop généreux et trop chevaleresque, pour ne pas se préoccuper du mal qui pouvait arriver par sa faute à un homme qui lui avait rendu un aussi grand service.

Aussi, dès son arrivée à Cannes, après avoir été rendre compte à la duchesse de Chevreuse et à sa charmante nièce, Mme de Lussey, du succès de son entreprise et délivrer lui-même le mouchard qu’il avait enfermé dans la cave, Castel-Rajac s’était embarqué pour l’île Sainte-Marguerite, et, après avoir parlementé avec le sous-officier de garde qui, les yeux troubles et la bouche pâteuse, ne semblait pas entièrement remis de ses libations de la veille, il avait réussi à se faire introduire auprès de M. de Saint-Mars.

Ainsi que nous allons le voir, les pressentiments de Castel-Rajac étaient fondés. En effet, dès que le gouverneur l’aperçut, il s’écria:

– Vous, chevalier, c’est la Providence qui vous envoie! Depuis votre départ, il s’est passé ici deux graves événements, qui vous placent, vous et moi, dans la posture la plus fâcheuse.

– Pas possible? fit le Gascon avec toutes les apparences de la plus parfaite sécurité.

– Tout d’abord, M. de Marleffe s’est énergiquement refusé à se laisser adapter le masque de fer. Comme je ne pouvais mettre personne dans la confidence, il m’a donc été impossible à moi seul de le contraindre.

– N’ayez aucun souci à ce sujet, déclara Castel-Rajac. Laissez-moi faire et je vous garantis que, dans un quart d’heure, l’opération sera terminée.

– Il y a plus grave encore!

– Quoi donc?

– Un émissaire de Colbert vient d’arriver.

– Est-ce que, par hasard, ce ne serait pas un certain M. de Durbec?

– Lui-même!… Muni de pleins pouvoirs du ministre, il m’a déclaré qu’il voulait voir l’homme au masque de fer en secret et hors de toute présence. J’ai pu gagner du temps, en prétextant que mon prisonnier était gravement malade et qu’à la suite d’une nuit d’insomnie, j’avais dû lui administrer un narcotique sous l’action duquel il était encore plongé. Mais, déjà par trois fois, M. de Durbec m’a fait demander si l’homme au masque de fer était réveillé et je crains qu’il ne finisse par exiger que je lui ouvre la porte de son cachot.

Castel-Rajac eut un sourire plein de finesse et d’ironie. Puis, il demanda:

– Où se trouve M. de Durbec?

– Dans la chambre dite du prince, qui est réservée aux visiteurs de marque.

– Voulez-vous m’y conduire, mon cher gouverneur? Je vous assure que c’est indispensable.

– Cependant…

– Je vais vous rassurer d’un mot. Je vous donne ma parole que, lorsque j’en sortirai, M. de Durbec aura renoncé à son projet de visiter l’homme au masque de fer et se gardera même de vous poser aucune question au sujet de votre prisonnier.

Si formidable que lui apparût cette double assertion, M. de Saint-Mars n’adressa aucune objection à son interlocuteur, tant celui-ci, qu’il avait vu à l’œuvre, lui inspirait une confiance illimitée. Aussi s’empressa-t-il de le conduire dans la pièce que M. de Durbec, qui commençait à soupçonner que quelque chose de louche se passait dans le château, s’était mis à arpenter nerveusement.

Pour la quatrième fois, Durbec allait mander le gouverneur, lorsque la porte s’ouvrit toute grande. Le chef de la police secrète de M. Colbert reconnut, sous sa défroque de pêcheur, M. de Castel-Rajac qui, les mains derrière le dos, la figure resplendissante de bonne humeur, s’avançait vers lui, en disant:

– Ce cher monsieur de Durbec!…

La porte s’était refermée et le Gascon, qui continuait toujours à s’avancer vers son adversaire, les mains toujours derrière le dos, lui lançait:

– Comme on se retrouve! C’était d’ailleurs fatal, car, mon cher de Durbec, depuis vingt-trois ans, nous avions un compte à régler. Avouez que je ne vous ai pas beaucoup tracassé. J’ai attendu mon heure, elle a sonné, allons-y!

– Ah çà! monsieur, s’exclama Durbec, je ne comprends pas.

Castel-Rajac continua:

– Je sais bien qu’au bout de vingt-trois ans il est permis d’avoir des défaillances de mémoire. Eh bien, moi, je vais la rafraîchir, votre mémoire. L’affaire du château de Montgiron, vous vous rappelez?…

– Oui, je me souviens… en effet, de cette nuit où, après avoir failli me tuer, vous avez massacré, vous et vos amis, une dizaine des gardes du cardinal.

Et, tout en plongeant ses yeux dans ceux de son interlocuteur, M. de Castel-Rajac martela:

– Et vous avez voulu faire assassiner lâchement la duchesse de Chevreuse!

Instinctivement, Durbec recula d’un pas. Castel-Rajac fit:

– Si je ne vous ai pas demandé raison plus tôt de cette infamie, c’est parce que, pour des raisons que vous n’avez pas à connaître, cela m’était interdit. Mais je m’étais bien promis que, tôt ou tard, vous me paieriez cette canaillerie et plusieurs autres sur lesquelles je n’ai besoin d’insister. Comme par exemple celle de vous acharner après un malheureux enfant qui n’a commis qu’un crime, celui de naître. Vous saisissez, n’est-ce pas, monsieur de Durbec?

D’un geste brusque, l’ancien espion de Richelieu tirait son épée du fourreau. Mais Castel-Rajac, qui prévoyait ce mouvement, d’un bond se jeta de côté et, brandissant un couteau de chasse assez long qu’il cachait derrière lui, il s’écria:

– À nous deux, monsieur l’assassin!

Et, tout en fonçant sur son adversaire, il lui dit:

– Tu me croyais sans arme, bandit, mais tu vas voir si mon couteau ne vaut pas ton épée.

Après avoir paré le premier coup que Durbec cherchait à lui porter, Castel-Rajac, d’un coup sec d’une force irrésistible, le désarma. Et, d’une voix retentissante, il lui cria:

– Papillon de malheur, je vais te clouer à la muraille!

Mais, au moment où il allait transpercer la poitrine de l’espion, celui-ci s’écroula comme une masse sur le sol, où il demeura inanimé. Gaëtan se pencha vers lui et, constatant qu’il était mort, grommela:

– Mordious, le diable me l’a pris avant que j’aie eu le temps de l’occire!

Courant à la porte, il appela le gouverneur, qui était resté derrière la porte.

– Ce n’est pas moi, fit-il, qui l’ai mis à mal, c’est lui qui vient de mourir tout seul et probablement de peur. Voilà comment nous sommes, en Gascogne… Tandis qu’il refroidit, allons nous occuper de notre faux monnayeur!

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