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Les trois veuves de Hong-Kong

Электронная книга - «Les trois veuves de Hong-Kong». Краткое содержание книги:

Hong-Kong est encore sous domination britannique lorsque Max, l’ordinateur surpuissant de la CIA publie un message extrêmement inquiétant : Action – Danger immédiat. Or, dans quelques jours, le porte-avions Coral Sea le plus grand bâtiment de la 7ème flotte, doit accoster à Hong-Kong.
Existe-t-il un rapport entre ce fait et le message alarmant de Max ? C’est précisément pour le savoir que la CIA expédie SAS dans la colonie anglaise.
Hong-Kong signifie en Chinois, Havre Paisible. Pas si paisible que cela à en croire Max, d’autant que l’endroit semble être surtout devenu le paradis des poseurs de bombes… Même les fillettes y transportent des explosifs ! Peu avant l’arrivée de Malko, l’avion qui transportait son principal informateur a explosé en vol. Où se trouve-t-il à présent ?
Est-il parmi les morts ou parmi les quelques rares survivants ? C’est en tentant de répondre à cette question que Malko fait une bien singulière rencontre : si Cheng Chang est réellement mort, il laisse derrière lui non pas une mais trois veuves affligées… Logiquement, au moins deux de ces éplorées mentent effrontément. Mais lesquelles ? Et jusqu’à quel point peuvent-elles s’avérer inquiétantes ?
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Malko examina l’aiguille d’or : elle semblait parfaitement normale. L’espace d’une seconde, il se dit que l’ambiance de Hong-Kong déteignait sur lui, que la dépression nerveuse commençait… Puis il observa le Chinois.

Il était verdâtre.

Malko pointa l’aiguille vers le poignet du Chinois.

— Qu’est-ce qu’elle a, cette aiguille ?

Tong poussa un cri, et fit un bond en arrière, renversant le tabouret. À peine relevé, il mit le bureau entre Malko et lui. Il ruisselait de panique. Cette fois, Malko n’avait plus de doutes. Jamais il n’aurait soupçonné le Chinois, si inoffensif !

Tout en l’observant, il enfila rapidement son pantalon, après avoir posé l’aiguille près de lui. Puis, l’ayant reprise, il se dirigea vers le Chinois.

Tong se recroquevilla contre le mur, comme un lapin pris dans les phares d’une voiture, mais ne chercha pas à fuir. Quand la pointe fut à un centimètre de son cou, Malko demanda :

— Tong, dites-moi la vérité ou je vais vous piquer avec cette aiguille.

La mâchoire inférieure du Chinois se décrocha. Sa voix était imperceptible :

— Lâchez-la, lâchez-la.

— Pourquoi ?

— Pourquoi ?

Il avança encore de quelques millimètres.

— Elle est empoisonnée, murmura Holy Tong.

Puis il glissa en petit tas contre le mur, sanglotant convulsivement. Il pleurait, la tête dans ses mains. Malko posa avec précaution l’aiguille d’or sur le bureau. Avec un frisson rétrospectif.

Il n’y avait plus dans le bureau que le bruit des sanglots de Tong. Malko se releva, tremblant d’excitation : il avait enfin en face de lui autre chose qu’un fantôme de la Bank of China. Ceux qui avaient donné l’ordre à Tong de le tuer étaient les mêmes qui avaient fait assassiner Po-yick.

Le Chinois se débattit mollement. Pour qu’il se sentît en état d’infériorité, Malko lui ôta ses lunettes et le fit asseoir par terre, devant lui. Cette fois, il était décidé à savoir. À n’importe quel prix. Il se pencha sur Holy Tong.

— Qui vous a donné l’ordre de me tuer ?

Le Chinois fut pris d’une nouvelle crise de sanglots. Malko le contemplait, perplexe. La douleur de Tong n’était pas feinte… Mais ce désespoir n’expliquait pas les remords. Il y avait autre chose. Malko répéta sa question sans élever le ton.

— Je ne peux pas vous le dire, bredouilla Holy Tong. Partez, partez.

Malko voulut tenter la douceur :

— Je ne vous en veux pas, dit-il gentiment, mais dites-moi qui est derrière tout cela, que nous puissions arrêter cette série de meurtres.

L’autre secoua la tête avec désespoir. Sa pomme d’Adam montait et descendait. Soudain, il paraissait très vieux et très vulnérable.

— Vous ne pouvez pas comprendre, murmura-t-il.

Il laissa retomber sa tête sur son menton, les yeux clos. Effectivement, Malko ne comprenait plus.

Le vieux Chinois lui faisait pitié. Pourtant il avait bel et bien tenté de l’assassiner. Et ce meurtre était le dernier d’une longue série. Dire qu’il avait fouillé Hong-Kong et Macao à la recherche de la vérité, alors qu’il voyait Holy Tong presque tous les jours. Mais comment soupçonner cet inoffensif vieil obsédé sexuel. Il n’avait vraiment rien d’un Fu-Manchu…

— Partez, répéta Holy Tong. Mais faites attention dehors. Ils sont deux…

— Deux quoi ?

Les paroles du Chinois étaient presque inintelligibles.

— Deux hommes, murmura-t-il, ils devaient emmener votre corps.

La vision de la dépouille torturée de Po-yick passa devant les yeux de Malko. Il devait savoir. Surmontant sa répugnance, il ramassa l’aiguille d’or et revint vers Holy Tong. Il lui releva la tête, le tirant par ses derniers cheveux gris et lui mit l’aiguille sous le nez.

— Tong, dit-il, si vous ne me dites pas qui vous a donné cette aiguille, je vous pique avec.

Malko s’attendait à un sursaut, à des supplications. Mais le Chinois ne bougea pas. Il ouvrit seulement les yeux et Malko éprouva un choc. Ils étaient vides, sans aucune expression. Holy Tong était déjà mort, plus rien ne pouvait l’atteindre, il avait touché le fond du désespoir. Pour une raison que Malko ignorait. Celui-ci avait déjà rencontré un cas identique une fois, au cours de ses missions : un médecin nazi au bord de la folie[14]. On n’avait plus aucune prise sur un homme dans cet état, puisqu’il ne tenait plus à la vie. D’ailleurs la voix de Tong confirma la pensée de Malko :

— Tuez-moi, si vous voulez, dit-il. Cette aiguille contient un poison instantané.

Malko regarda l’aiguille. Aucune trace n’était visible.

— Qu’est-ce que c’est ? demanda-t-il.

— Je ne sais pas.

— Qui vous l’a donnée ?

— Je ne peux pas vous le dire.

De nouveau le mur. Et il n’avait pas la ressource de mettre Holy vivant dans un cercueil… Totalement désarmé, il s’accroupit près du Chinois.

— Holy, ils ont tué une petite fille de quatorze ans, hier, uniquement parce qu’elle me connaissait. D’une manière horrible.

Holy semblait réfléchir. Tout à coup, il murmura :

— Allez au Victoria Pier. Là d’où part le Star Ferry. Il y a un ferry spécial qui va partir. Il faut l’arrêter.

— Le Coral-Sea ? demanda Malko. Le Chinois inclina la tête.

— Oui.

Les paroles de Po-yick étaient gravées dans sa mémoire. Elle avait rendez-vous à six heures. Pour attaquer les Américains.

Malko regarda sa montre. Il lui restait une demi-heure pour redescendre à Victoria City.

Il faillit téléphoner à Whitcomb, puis se ravisa. Le temps de mettre en route une réaction officielle, il serait trop tard.

Donc, il fallait agir directement. Prostré, Holy Tong ne bougeait plus. Il serait toujours temps de s’occuper de lui. En voiture, il lui fallait un quart d’heure pour parvenir au pier. Il se précipita hors du bureau, dévala le perron et claqua la grille.

Sa voiture avait disparu.

Il l’avait garée juste devant la villa. Il pensa à un vol. Mais c’était quand même une trop grande coïncidence. En plus, on ne volait pas de voitures à Hong-Kong. Puis il se rappela ce que lui avait dit le Chinois : on l’attendait pour ôter son corps ! On avait déjà fait disparaître sa voiture…

Il regarda autour de lui : une voiture japonaise était arrêtée un peu plus loin. Les rayons du soleil couchant empêchaient de distinguer à travers le pare-brise qui se trouvait à l’intérieur.

Malko hésita, puis partit en courant dans la direction opposée. Dans ce quartier, il ne trouverait jamais de taxi, sa seule chance était d’atteindre le funiculaire qui aboutissait à côté du Hilton.

Il se retourna au moment de tourner le coin de Mount Road, et eut un petit choc au cœur : la voiture avait démarré et venait dans sa direction. La gare du funiculaire se trouvait à cent mètres, heureusement.

Essoufflé, Malko dévala l’escalier qui menait au quai. Une voiture du funiculaire était là, dans la petite gare déserte. Un couple d’amoureux flirtaient sur la petite plate-forme dominant Hong-Kong. Pas un Blanc en vue et, d’ailleurs, à quoi cela eût-il servi ?

Malko paya ses soixante cents et s’assit sur une des banquettes en bois de l’antique véhicule. Il était le seul voyageur. Le funiculaire ne servait vraiment qu’aux heures de pointe, mais c’était une curiosité folklorique de Hong-Kong comme le Jardin du Baume-du-Tigre. Le receveur, sec comme une vieille mangue, lui donna un ticket et se rendormit debout.

Une sonnerie aigrelette annonça le départ. Puis, aussitôt, un bruit de pas précipités, dévalant l’escalier. Au moment où les portes allaient se fermer, deux Chinois sautèrent à l’avant du wagon.

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14

Voir: À l’Ouest de Jérusalem.

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